ANMELDENTrois semaines après l'emménagement. Newport Beach, 22 décembre, 19h00.
La vie chez Julian a pris son rythme.
Alex se lève la première. Elle prépare le café. Elle sort les dossiers qu'il doit lire. Elle répond aux messages auxquels il n'a pas le temps de répondre. Il ne lui a rien demandé. Elle a deviné ses besoins avant qu'il ne les formule.
Le matin, il part au bureau. Elle reste. Elle ouvre ses tiroirs. Elle photographie ses comptes. Elle copie ses mots de passe. Elle apprend.
L'après-midi, elle va à l'hôpital. Pas pour Marcus. Pour Julian. Pour qu'il la voie, là, discrète, dévouée. Pour que les infirmières disent : « Quelle fille bien. » Pour que la famille pense : « Elle mérite d'être des nôtres. »
Le soir, elle cuisine. Il mange. Il parle. Il se confie. Elle écoute. Elle hoche la tête. Elle ne le juge jamais.
Ce soir-là, Julian rentre plus tôt que prévu.
— Devine quoi, dit-il en posant ses clés sur la table.
— Quoi ?
— Daniel m'a parlé de toi.
Alex marque une micro-seconde. Daniel. L'avocat. Celui qui tenait Clara.
— En bien, j'espère.
— Il dit que tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. Que je ne te mérite pas.
— Il a raison sur un point. Tu ne me mérites pas. Personne ne mérite personne. On se choisit.
Julian sourit. Il s'approche. Il prend son visage entre ses mains.
— Je veux t'épouser, Alex.
Elle ne bronche pas. Elle a attendu ces mots. Elle les a préparés. Mais elle doit faire semblant d'être surprise.
— Julian…
— Je sais. C'est tôt. On se connaît depuis deux mois. Mais j'ai jamais été aussi sûr de rien.
Il sort une petite boîte de sa poche. Un diamant. Pas trop gros. Pas trop petit. Exactement ce qu'elle attendait.
— Dis oui.
Elle regarde la bague. Elle pense à Clara. À sa lettre. À la corde.
« Tu me protégeras, petite sœur ? »
Oui, pense-t-elle. Je te protège. En épousant ton bourreau.
Elle lève les yeux vers Julian. Elle laisse une larme couler. Une seule.
— Oui, dit-elle.
Il l'embrasse. Elle ferme les yeux. Elle pense à autre chose.
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Le lendemain, elle appelle Ours.
— Il m'a demandée. J'ai dit oui.
— Félicitations. La mariée est magnifique.
— Tais-toi. Marcus ? Toujours à l'hôpital ?
— Toujours. Il commence à faire de la rééducation. Mais ça avance mal.
— J'ai besoin que ça avance plus mal.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Il est allergique aux cacahuètes, non ? Julian me l'a dit au début.
— Oui. Allergie sévère.
— Alors trouvons quelqu'un à la cafétéria de l'hôpital. Un plat préparé. Une sauce qui en contient. Pas assez pour le tuer. Assez pour qu'il fasse une réaction.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux qu'il enchaîne. L'accident. L'allergie. La pneumonie. Tout ce qui peut lui arriver, doit lui arriver. Il faut qu'il croie qu'il est maudit. Qu'il ne sache plus quoi penser.
— Et quand est-ce que tu l'achèves ?
— Quand il aura touché le fond. Pas avant.
Ours marque un silence.
— Je m'en occupe.
— Je sais.
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Hôpital de Newport Beach – Chambre 412. 25 décembre, jour de Noël.
Marcus est seul.
Sa mère est repartie pleurer à la maison. Son père préfère oublier. Julian vient moins souvent, trop pris par son nouveau bonheur. Les amis ont disparu. Les vrais amis n'existent pas, dans ce milieu. Juste des intérêts.
Marcus fixe le plafond. Il compte les fissures. Il y en a quatre. Il les connaît par cœur.
L'infirmière entre avec son plateau-repas.
— Joyeux Noël, Monsieur Vane.
— Joyeux Noël, répond-il sans conviction.
Il mange sans goût. Purée, légumes, un peu de viande. Et une sauce. Une sauce brune, un peu épicée. Il ne demande pas ce qu'il y a dedans. Pourquoi le ferait-il ?
Dix minutes plus tard, sa gorge se serre.
Sa peau le démange. Des plaques rouges apparaissent sur ses bras. Il a du mal à respirer.
— À l'aide…, souffle-t-il.
L'infirmière accourt. Elle appelle les urgences. On lui injecte de l'adrénaline. On le stabilise.
Il a eu une réaction allergique. La sauce contenait des traces de cacahuètes. Une erreur de la cafétéria. Un accident.
C'est ce que tout le monde croit.
Personne ne remarque le jeune homme de la plonge qui a reçu cinq cents dollars pour ajouter un peu de pâte d'arachide dans un seul plat. Celui de Marcus.
Lui, il commence à se poser des questions.
L'accident. Maintenant l'allergie. Ça fait beaucoup, non ?
Il n'a pas de réponse. Il n'en aura pas. Pas avant longtemps.
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Villa des Vane – 27 décembre.
L'ambiance est morose.
Marcus a failli mourir deux fois en un mois. La famille est à cran. Eleanor boit plus que de raison. Charles ne parle presque plus. Sophia n'est jamais là – elle passe tout son temps avec son "investisseur français".
Julian est le seul qui semble aller bien. Et il le doit à Alex.
Eleanor l'observe, ce soir, alors qu'elle aide à débarrasser la table.
— Alexandra, dit-elle soudain.
— Oui, Eleanor ?
— Julian m'a dit qu'il voulait vous épouser.
— C'est vrai.
— Vous l'aimez ?
Alex soutient son regard. Elle ne cligne pas des yeux.
— Je l'aime plus que tout.
Un mensonge. Mais ses yeux sont secs. Sa voix ne tremble pas. Elle a appris.
Eleanor hoche la tête.
— Alors soyez digne de lui. Protégez-le. Il est fragile, même s'il ne le montre pas.
— Je le protégerai. Contre tout. Contre tous.
Contre vous-même ?, pense-t-elle. Non. Je ne le protégerai pas de moi.
Eleanor s'éloigne. Alex reste seule dans la cuisine. Elle regarde ses mains. Les mains qui ont versé le GHB dans le whisky de Marcus. Les mains qui paieront un homme pour empoisonner son repas.
Quinze ans, pense-t-elle. Quinze ans à attendre. Encore un peu. Encore un peu, et tout s'effondrera.
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Elle sort son téléphone. Un message d'un numéro inconnu.
« Sophia a signé le deuxième contrat. 100 000 euros. Elle ne sait pas qu'elle rembourse une dette qu'elle n'a pas. Le Français la tient. »
Alex sourit.
Elle répond : « Parfait. Maintenant, qu'il lui propose d'investir dans un projet commun. Qu'il lui demande de piocher dans l'argent de sa mère. »
« Elle va se faire prendre. »
« C'est le but. »
Elle range le téléphone. Elle remonte dans la chambre de Julian. Il dort. Elle se glisse à côté de lui.
Elle ne dort pas. Elle regarde le plafond. Elle pense à Clara.
Tu vois, petite sœur ? Je tiens ma promesse. Un par un. Ils tombent.
Newport Beach – 8 février, 23h00.Thomas Whitmore est ivre.Il est affalé sur le canapé de Julian, une bouteille de whisky entre les jambes. Ses yeux sont rouges, gonflés. Il ne pleure plus, il n'en a plus la force. Il fixe le plafond, comme Marcus à l'hôpital. Comme tous ceux qui touchent le fond.Julian est assis en face de lui, gêné. Il n'a jamais vu son ami dans cet état.— Thomas, dit-il doucement. Il faut que tu rentres.— Je peux pas. Mon père est convoqué demain chez le procureur. Ma mère ne parle plus. Nicolas… Nicolas a disparu depuis deux jours.— Disparu ?— Il a dû reprendre de la coke. Quand il est comme ça, on ne le retrouve pas avant qu'il soit en PLS dans un squat.Julian serre les mâchoires. Il ne sait pas quoi dire. Alex est dans la cuisine, dos à eux, elle prépare du café. Elle écoute. Elle savoure.— Tout est tombé d'un coup, continue Thomas. Quelqu'un a balancé des dossiers. Des trucs qui auraient dû rester enterrés.— Tu sais qui ?— Non. Mais je le tuerai. Quan
Newport Beach – 25 janvier, 14h00.Le juge Whitmore habite une maison blanche au bout d'une impasse privée. Grille électrique, caméras, jardinier mexicain qui fait semblant de ne pas voir les allées et venues.Alex ne mettra jamais les pieds là.Elle est dans un café, à vingt kilomètres, un ordinateur portable devant elle. Pas le sien – un modèle jetable acheté cash dans un magasin d'électronique de seconde main. La connexion Wi-Fi est celle du café, ouverte, sans mot de passe. Rien ne peut être relié à elle.Sur l'écran, une cascade de dossiers. Certains sont publics. D'autres non. Ceux qui ne le sont pas, elle les a obtenus par Ours, qui les a obtenus par un contact au greffe du tribunal. Un greffier endetté. Cinquante mille dollars. Une transaction propre, sans nom, sans visage.Le juge Harold Whitmore, 67 ans. Célèbre pour sa sévérité envers les mineurs délinquants. Moins célèbre pour ce qu'il fait dans l'ombre.Alex lit. Elle note. Elle cherche.---Comptes offshore.Le juge Whit
Un mois avant le mariage. Newport Beach – 20 janvier, 22h00.La maison de Julian est calme. Une bouteille de vin rouge ouverte sur la table. Un feu dans la cheminée.Ils sont allongés sur le tapis, face au plafond. Julian a posé sa tête sur l'épaule d'Alex. Il fait tourner l'alliance qu'elle portera bientôt – il l'a glissée à son doigt pour rire, et il n'ose plus l'enlever.— Tu ne vas pas me la voler, si je m'endors ? demande-t-elle en souriant.— Si. Je vais te la voler et te la redemander demain. Comme ça, je t'aurai demandée deux fois.— Tu es idiot.— Je suis amoureux.Il dit ça simplement, sans emphase. Comme une évidence. Alex détourne le regard. Parfois, ces mots-là lui font mal. Pas parce qu'elle hait Julian – elle le hait. Mais parce qu'une partie d'elle, au fond, aurait aimé entendre ça de quelqu'un d'autre. Dans une autre vie.Flashback – Portland, Oregon. Il y a seize ans.L'été. La cour derrière la maison. Alex a douze ans. Clara en a quinze.Elles sont allongées sur l'h
Une semaine après les fiançailles. Villa des Vane – 3 janvier, 19h30.Le dîner est intime. Julian, Alex, Eleanor, Charles. Sophia est absente – « encore avec son Français », a grommelé Charles. Marcus est à l'hôpital, comme chaque soir.Alex observe Charles. Il est fatigué, préoccupé. Pas seulement par l'accident de son neveu.— Des nouvelles de Richard ? demande-t-elle doucement.Charles lève les yeux, surpris qu'elle connaisse ce nom.— Mon frère est reparti à Londres hier. Patricia l'a accompagné.— Ils ne restent pas auprès de Marcus ?Eleanor secoue la tête, amère.— Richard n'a jamais su être père. Il préfère ses affaires. Et Patricia… disons que Marcus a toujours été plus proche de nous que de ses propres parents.— C'est pour ça qu'il a grandi ici, ajoute Julian. Avec moi. Comme un frère.Alex hoche la tête, compatissante.— C'est triste. Mais au moins, il a vous.Ils l'ont abandonné, pense-t-elle. Comme Clara a été abandonnée.---Ce soir-là, elle note dans son carnet : « Mar
Trois semaines après l'emménagement. Newport Beach, 22 décembre, 19h00.La vie chez Julian a pris son rythme.Alex se lève la première. Elle prépare le café. Elle sort les dossiers qu'il doit lire. Elle répond aux messages auxquels il n'a pas le temps de répondre. Il ne lui a rien demandé. Elle a deviné ses besoins avant qu'il ne les formule.Le matin, il part au bureau. Elle reste. Elle ouvre ses tiroirs. Elle photographie ses comptes. Elle copie ses mots de passe. Elle apprend.L'après-midi, elle va à l'hôpital. Pas pour Marcus. Pour Julian. Pour qu'il la voie, là, discrète, dévouée. Pour que les infirmières disent : « Quelle fille bien. » Pour que la famille pense : « Elle mérite d'être des nôtres. »Le soir, elle cuisine. Il mange. Il parle. Il se confie. Elle écoute. Elle hoche la tête. Elle ne le juge jamais.Ce soir-là, Julian rentre plus tôt que prévu.— Devine quoi, dit-il en posant ses clés sur la table.— Quoi ?— Daniel m'a parlé de toi.Alex marque une micro-seconde. Dani
Deux semaines après l'emménagement. Villa des Vane – 15 décembre, 20h00.Eleanor a insisté pour organiser un dîner.« Il faut que la famille se serre les coudes. Marcus va mal. Julian va mal. Nous allons mal. Alors on dîne ensemble, et on arrête de se morfondre. »Alex a été invitée, bien sûr. Officiellement, elle vit désormais avec Julian. Officieusement, Eleanor veut la jauger. La toiser. Voir si cette fille mérite de porter le nom des Vane, un jour.Ce soir, il n'y aura pas que la famille proche.Daniel est là. L'avocat. Trente-quatre ans, costard sur mesure, cheveux gominés, sourire de requin. Il est l'un des meilleurs amis de Julian. Il a géré les aspects juridiques de l'empire Vane pendant des années. Il connaît tous les secrets. Toutes les failles.Thomas est là aussi. Le fils du juge. Trente-trois ans, beau comme un mannequin, vide comme une page blanche. Il n'a jamais travaillé de sa vie. Son père lui paye tout. Il passe son temps entre les soirées, les yachts, et les cuisses







