Share

Les absents

Author: Livi015
last update publish date: 2026-06-24 10:02:25

Une semaine après les fiançailles. Villa des Vane – 3 janvier, 19h30.

Le dîner est intime. Julian, Alex, Eleanor, Charles. Sophia est absente – « encore avec son Français », a grommelé Charles. Marcus est à l'hôpital, comme chaque soir.

Alex observe Charles. Il est fatigué, préoccupé. Pas seulement par l'accident de son neveu.

— Des nouvelles de Richard ? demande-t-elle doucement.

Charles lève les yeux, surpris qu'elle connaisse ce nom.

— Mon frère est reparti à Londres hier. Patricia l'a accompagné.

— Ils ne restent pas auprès de Marcus ?

Eleanor secoue la tête, amère.

— Richard n'a jamais su être père. Il préfère ses affaires. Et Patricia… disons que Marcus a toujours été plus proche de nous que de ses propres parents.

— C'est pour ça qu'il a grandi ici, ajoute Julian. Avec moi. Comme un frère.

Alex hoche la tête, compatissante.

— C'est triste. Mais au moins, il a vous.

Ils l'ont abandonné, pense-t-elle. Comme Clara a été abandonnée.

---

Ce soir-là, elle note dans son carnet : « Marcus – parents absents. Ne viendront pas à son chevet. Parfait. »

---

Hôpital de Newport Beach – Chambre 412. 15 janvier.

Marcus a reçu la visite d'un médecin. Un nouveau. Il ne l'avait jamais vu.

— Monsieur Vane, dit l'homme, nous avons découvert des anomalies dans vos analyses.

— Quelles anomalies ?

— Des traces d'un produit sédatif. Dans votre sang. Au moment de l'accident.

Marcus se fige.

— Du GHB, précise le médecin. Vous en avez déjà entendu parler ?

Marcus n'entend plus la suite.

GHB. On lui a versé du GHB. Ce n'était pas un accident.

Sa tête tourne. Sa première pensée va à son père. Pas Richard – son père biologique est loin. Il pense à Charles. À l'empire Vane. Aux concurrents. À tous ceux qui voudraient voir la famille s'effondrer.

— Qui est au courant ? demande-t-il, la voix rauque.

— Personne. J'ai cru bon de vous le dire à vous d'abord.

Marcus serre les poings.

— Mon oncle Charles… il est au courant ?

— Non.

— Et Julian ?

— Non plus.

Marcus se tait. Il réfléchit. Dans son monde, les accidents n'existent pas. Il y a toujours quelqu'un derrière.

Un associé. Un concurrent. Peut-être même quelqu'un de la famille.

Il pense à son père. À Richard. Son propre géniteur, qui n'est jamais là. Qui n'a jamais été là. Et qui hériterait d'une belle part si Marcus disparaissait.

Non, se dit-il. Pas lui. Trop lâche pour ça.

Alors qui ?

Le médecin sort. Il va rédiger son rapport. Il ne sait pas que la veille, Alex a glissé une enveloppe dans sa boîte aux lettres. 10 000 dollars. Pour qu'il parle à Marcus.

Mais pas à la police, a-t-elle précisé. Juste à lui. Qu'il vive avec cette peur. Qu'il soupçonne tout le monde sauf moi.

Marcus ne dort pas cette nuit-là.

Il fixe le plafond. Il passe en revue tous les noms. Tous les ennemis potentiels. Tous les traîtres.

Alex ne traverse même pas son esprit. Pourquoi le ferait-elle ? Une fille douce, discrète, amoureuse de Julian. Une consultante en art sans histoire. Rien. Une ombre.

C'est exactement ce qu'elle veut.

---

Quelques jours plus tard – Newport Beach, 10 janvier.

Sophia rentre plus tard que prévu.

Ses yeux brillent. Elle est surexcitée. Elle tient un carnet à la main.

— J'ai signé ! dit-elle en entrant dans le salon.

— Signé quoi ? demande Eleanor, méfiante.

— Mon contrat avec Marc. On lance la marque ensemble. Il met 200 000 euros. Moi, je mets 50 000.

— 50 000 ? Tu n'as pas 50 000.

— J'ai pioché dans le compte que papa avait mis de côté pour moi.

Eleanor se lève. Sa chaise tombe en arrière.

— Tu as fait quoi ?

— Maman, c'est un investissement. Je vais gagner trois fois plus.

— Sans nous en parler ? Sans consulter un avocat ?

— Marc est mon partenaire. Je lui fais confiance.

Eleanor éclate. Les insultes fusent. Sophia pleure. Charles rentre et se retrouve au milieu de la tempête.

Alex observe depuis l'entrée. Elle est venue chercher Julian. Elle tombe au bon moment.

Elle s'avance doucement.

— Eleanor, dit-elle, peut-être que Sophia a raison. Parfois, il faut saisir sa chance.

Eleanor la regarde, choquée.

— Tu la soutiens, toi ?

— Je la soutiens, elle. Pas son choix. Mais elle a besoin de croire en elle. Pas qu'on l'enfonce.

Sophia lui jette un regard reconnaissant. Eleanor serre les mâchoires.

— Tu es bien naïve, Alexandra. Mais c'est ton problème.

Elle sort de la pièce. Charles la suit.

Sophia se jette au cou d'Alex.

— Merci. Merci. T'es la seule qui me comprenne.

Alex lui rend son étreinte.

— Je serai toujours là pour toi, Sophia. Toujours.

Jusqu'à ta chute, pense-t-elle.

---

Ce soir-là, elle écrit un message au Français via un numéro jetable.

« Elle a pioché dans l'argent de son père. Maintenant, fais-lui signer un papier qui l'engage personnellement. Pour qu'elle soit seule responsable. »

La réponse arrive dix minutes plus tard.

« Elle signera tout ce que je veux. Elle est amoureuse. »

« Amoureuse et bête. Parfait. »

Alex éteint le téléphone. Elle se regarde dans le miroir.

Sophia, tu viens de signer ton arrêt de mort. Tu ne le sais pas encore.

---

Villa des Vane – 12 janvier.

Julian est au téléphone avec son père. Alex écoute, cachée derrière la porte.

— Marcus est devenu paranoïaque, dit Charles. Il pense que quelqu'un a trafiqué sa voiture.

— Il a des preuves ?

— Des traces de GHB dans son sang. Mais ça peut venir d'ailleurs. Il buvait beaucoup, cette nuit-là. Peut-être qu'il s'est lui-même drogué sans le savoir.

— Tu le crois ?

— Je crois qu'il a besoin de se raccrocher à quelque chose. La vérité est trop dure à accepter.

Julian soupire.

— Je vais aller le voir. Le calmer.

— Fais attention à toi, mon fils. Et à Alexandra. Elle est bonne pour toi. Ne la laisse pas partir.

Alex s'éloigne de la porte. Un sourire flotte sur ses lèvres.

Marcus soupçonne, pense-t-elle. Mais il soupçonne les mauvaises personnes. Tant mieux.

Elle sort son téléphone. Elle envoie un message à Ours.

« Marcus a découvert le GHB. Il est paranoïaque. C'est parfait. Mais il ne faut pas qu'il aille trop loin. Accélère le processus. »

« Le Français aussi ? »

« Oui. Sophia doit tomber avant le mariage. Je veux que la famille soit déjà fragilisée quand je deviendrai une Vane. »

« Tu es impitoyable. »

« Merci. »

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Vengeance sans moyen de rédemption   Épilogue - Un an plus tard

    Une grande ville: Tokyo — une ville où personne ne connaît personne, où on peut disparaître à visage découvert au milieu de millions d'inconnus.Alex marche.Elle n'a plus de faux objectif. Plus de mission. Plus de liste de noms à rayer un par un. Plus de caméra cachée dans un mur, plus de dossier codé dans un garage, plus personne à surveiller depuis l'ombre.Elle porte son propre visage, aujourd'hui — celui de la clinique suisse, celui que personne au monde ne relie encore à un nom précis. Elle ne porte plus de lentilles. Ses yeux, ceux de Clara, restent visibles à qui voudrait les regarder d'assez près. Personne ne regarde jamais d'assez près, dans une ville comme celle-ci.…Elle s'arrête à un passage piéton, parmi la foule qui attend le feu vert.Autour d'elle, des voix se croisent, indifférentes à sa présence. Une femme raconte à son amie des vacances ratées en Italie. Un homme, au téléphone, négocie un rendez-vous professionnel reporté. Deux adolescents rient d'une blague qu'el

  • Vengeance sans moyen de rédemption   Ce qu'il en reste

    Bar routier, à la sortie de Bakersfield - Cette même nuit.Ours l'attend dans la voiture, garée à distance de l'entrepôt, le moteur tournant au ralenti. Elle monte sans un mot, referme la portière, reste immobile un long moment avant qu'il ne se décide à parler.— Et maintenant ? demande-t-il enfin, en démarrant doucement.— C'est fini.— Qu'est-ce que tu ressens ?Elle regarde par la fenêtre, les lumières du parking qui défilent lentement, cherchant en elle quelque chose à quoi donner un nom.— Rien, dit-elle enfin. Pas de joie. Pas de peine. Juste... rien. Un néant, Ours. Comme si quinze ans de tension venaient de se relâcher d'un coup, et qu'il ne restait plus rien derrière pour tenir debout.Il ne dit rien, la laisse avec ce silence, conduit encore quelques kilomètres avant de s'arrêter devant un petit bar routier, presque vide à cette heure, une enseigne au néon clignotant faiblement dans la nuit.— Viens boire un verre avec moi, dit-il. Juste un. Avant qu'on reprenne la route po

  • Vengeance sans moyen de rédemption   Ce qu'on lui doit

    Entrepôt isolé, en dehors de Bakersfield - Nuit.Julian se réveille attaché à une chaise, dans une pièce qu'il ne reconnaît pas, la tête lourde — le dernier souvenir clair qu'il a, c'est un homme d'affaires rencontré dans un bar, une offre d'emploi qui semblait presque trop belle pour un type comme lui, sans nom, sans passé présentable. Il avait accepté un verre pour fêter ça.Quatre hommes l'entourent, cagoulés, silencieux. Une caméra est fixée sur un trépied, face à lui.— Qu'est-ce que vous voulez ? Je n'ai pas d'argent, je n'ai plus rien !Personne ne répond. L'un des hommes s'approche et coupe les liens à ses chevilles, pas pour le libérer — pour le déplacer.Ce qui suit, Julian le vivra pendant des heures qu'il ne saura jamais compter avec précision, entre la douleur et l'humiliation qui finissent par se confondre en une seule sensation continue, sans début ni fin identifiable. Il suppliera, au début. Puis il cessera de supplier, quand il comprendra que ni les cris ni le silence

  • Vengeance sans moyen de rédemption    Sa propre médecine

    Chalet loué, quelque part dans les montagnes - Le soir. Après la clinique de Ventura.Ours prépare du café dans la petite cuisine, pendant qu'Alex reste assise près de la fenêtre, le regard perdu sur les sapins qui se découpent contre le ciel qui s'assombrit.- Qu'est-ce que tu comptes faire, pour Julian ? demande-t-il enfin, posant deux tasses sur la table.- Je ne sais pas encore.- Tu as toujours su, Alex. Depuis le début. Chaque étape, chaque détail, planifié des mois à l'avance.- Pas pour lui.Elle prend la tasse sans la boire, la fait tourner lentement entre ses mains.- Avec les autres, c'était simple. Marcus savait qu'il se taisait par lâcheté. Charles savait exactement ce qu'il enterrait. Daniel a fini par comprendre, à sa manière. Mais Julian... je ne suis même pas certaine qu'il ait jamais vraiment compris ce qu'il a fait, Ours. Pas seulement à Clara. À qui que ce soit.- Comment ça ?- Il a passé sa vie à confondre le fait qu'on l'aime avec le fait de mériter d'être aimé.

  • Vengeance sans moyen de rédemption   Ce que Julian ne dira jamais à personne

    Motel de Bakersfield - Chambre 14. Un soir, seul.Julian est assis sur le bord du lit, une bière tiède à la main qu'il ne boit pas vraiment. Dehors, les camions passent sur l'autoroute avec ce bruit régulier qui, avec le temps, a fini par ressembler à une sorte de silence.Il se demande, ce soir comme tant d'autres, à quel moment exactement tout a basculé. Ce n'est pas une question qu'il se pose pour se trouver des excuses — enfin, pas seulement. C'est une question qu'il n'arrive plus à éviter, maintenant qu'il n'a plus rien d'autre à faire de ses soirées que de la retourner dans tous les sens.…Il pense d'abord à son enfance, comme toujours. La grande maison silencieuse. Charles absent, en réunion, en voyage, en négociation, toujours en train de bâtir quelque chose de plus grand que la présence qu'il aurait pu offrir à son fils. Eleanor, aimante à sa façon, mais occupée à maintenir les apparences d'une famille parfaite plutôt qu'à en construire une vraie.Personne ne lui a jamais di

  • Vengeance sans moyen de rédemption   Noëlle

    Clinique privée, Comté de Ventura - Premier jour de bénévolat. Elle se présente sous le nom de Noëlle Aubry, trente-deux ans, ancienne infirmière reconvertie dans le bénévolat après "une pause de plusieurs années à l'étranger" — une histoire simple, vérifiable en apparence, fabriquée avec le même soin que chacune de ses vies précédentes.La directrice de l'établissement l'accueille avec soulagement — le service manque cruellement de personnel pour les activités occupationnelles.- Vous serez surtout avec les patients en soins de longue durée, explique-t-elle. Lecture, promenades dans le jardin, un peu de compagnie. Certains n'ont presque plus de visites.- J'aimerais beaucoup, dit Noëlle avec un sourire doux.On lui montre une liste de patients. Elle s'arrête sur un nom, comme si elle le découvrait pour la première fois.*Eleanor Vane.*- Celle-ci est particulière, prévient l'infirmière Dolores. Délires persistants. Elle vous parlera probablement d'un complot, d'une femme qui aurait

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status