LOGINLucien de Laroche retira sa main de celle de Clara plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité. Le contact, bien que fugace, avait été un choc à la fois chimique et archaïque, une résonance dont la violence l'avait averti : cette femme n'était pas une simple mortelle, elle était une cible vitale, ou pire, un destin.
Marius, le valet aux manières de concierge austère, se fondit dans l'ombre du hall, visiblement contrarié par l'échec de sa mission d'éloignement. « Veuillez excuser Marius. Il est l'ombre de la maison, et les ombres n'apprécient guère les lumières imprévues, » expliqua Lucien, son ton se faisant plus mesuré. Il cherchait à minimiser l'intensité du premier contact et cette retenue ne fit qu'aiguiser la prudence de Clara. Elle traversa le hall en silence. Son esprit, malgré le trouble causé par le coup de foudre, restait en alerte maximale. Elle analysait l'environnement : le silence était antinaturel, le marbre sans trace de pas, le luxe ostentatoire, mais dénué d'âme. Elle réalisa que cette demeure n'était pas seulement riche, elle était ancienne et s'apparentait davantage à un mausolée qu'à une habitation chaleureuse. Lucien la guida vers un petit salon, l'épargnant des pièces les plus vastes. Il lui indiqua un téléphone à cadran. « Vous pouvez procéder. Appelez votre assistance. Notre souhait le plus ardent est que votre problème soit résolu au plus vite, » dit-il, l'expression de son visage contredisant l'empressement de ses paroles. Clara s'exécuta. Elle composa le numéro avec une précision professionnelle, utilisant les mots justes pour l'opératrice, conservant un détachement forcé. Elle obtint deux heures d'attente. Ce délai était une obligation, mais aussi une chance d'observer cet homme singulier dont l'attraction était si dangereusement puissante. Lucien ne s'assit pas immédiatement. Il resta debout, observant la scène avec une intensité qui rendait l'air palpable. « Deux heures d'attente. Le sort est donc farceur ce soir, » commenta-t-il, un léger soupçon d'amusement dans la voix. Il s'assit enfin, ses mouvements lents, calculés, ne trahissant aucune hâte ni tension. « Pourquoi une femme de votre intelligence laisse-t-elle le hasard d'une panne sèche définir son destin ? » Clara perçut le piège dans la question, l'amorce d'un interrogatoire. Elle devait être très prudente. Elle choisit d'ancrer la conversation dans le monde réel, celui de son ancienne profession. « La vie est faite de contingences, Monsieur de Laroche. Celles qui concernaient ma carrière de Chargée de Recrutement ont été balayées par un facteur économique. Le hasard d'une panne est la moindre de mes préoccupations. La seule urgence, c'est de m'assurer une stabilité pour mes enfants qui dépendent entièrement de moi. » Elle insista sur le mot enfants et responsabilité, utilisant ses propres liens comme une barrière protectrice, un rappel qu'elle était indissociable d'une vie complexe de mère. Lucien hocha la tête, mais son intérêt s'aiguisait. « Vos enfants sont donc l'unique raison de ce nouveau départ. Une mère est un lien sacré, un attachement puissant. Vous parlez d'eux avec une gravité admirable. » Il se pencha légèrement, ses saphirs froids capturant la lumière vacillante du salon. « Avoir de tels moteurs doit rendre votre existence... plus bruyante que la mienne. » Il ne s'agissait pas d'une plainte, mais d'une constatation clinique. Clara remarqua sa façon de parler du temps, de la vie, comme s'il observait l'humanité de loin. « Votre silence, Monsieur de Laroche, n'est pas celui de la paix, mais celui de l'accumulation, » répliqua Clara, testant ses limites. « Vous portez le fardeau d'une histoire longue. Je le sens. » Lucien eut un rictus. L'identité cachée du vampire était effleurée mais il etait impossible qu'elle l'usse deviné sa vrai nature. Il ne pouvait pas confirmer, mais il ne pouvait pas non plus nier la vérité qu'il voyait dans ses yeux. « Vous voyez ce que vous cherchez, Clara Tour. Et votre regard est... trop pénétrant. » Son ton devint autoritaire, presque une menace. « Certaines histoires sont mieux gardées dans l'ombre. » La tension grandit, nourrie par leur duel verbal. Elle était repoussée par la menace voilée et attirée par la puissance de cet homme. Le coup de foudre initial se transformait en une dangereuse fascination, une promesse d'amour interdit qui exigeait une exploration prudente. La séduction ne serait pas rapide ; elle serait un lent empoisonnement de la méfiance, un jeu de stratégie complexe. Lucien se leva, cassant l'intensité de l'échange. « En attendant, le dîner. Vous avez besoin de forces. Et j'ai besoin de réfléchir à la présence inattendue d'une femme si... dérangeante. »Alors qu'ils atteignaient le seuil du grand salon, la silhouette austère de Marius apparut subitement, barrant leur passage.« Maître, » dit le valet, sa voix basse et tendue. Il ignora Clara, mais l'urgence dans ses yeux était palpable. « Je vous prie de me laisser vous parler. Seul. »Lucien se raidit, un éclair d'irritation dans le regard. Il détestait cette rébellion, surtout devant Clara. « Ce n'est pas le moment, Marius. »« Si, Maître. Permettez-moi d'insister. Il s'agit d'une affaire des plus importante. 》.Ils se retirairent dans un bureau.《 Maître, elle a vu ce qu'elle n'aurait pas dû voir. Vous avez cédé à la fureur devant les enfants. Le risque que vous prenez est inacceptable. L'alliance de sang ne peut pas se faire avec des témoins ! Vous devez la renvoyer. La prudence est notre survie. » Marius s'inclina, un geste de respect forcé, mais son corps était inflexible.La révélation fut un électrochoc pour Clara.
Clara se réveilla dans une chambre d’une splendeur éteinte, après une nuit de sommeil hachée par l'anxiété. La veille, elle avait été conduite à cet endroit. L’air était frais, le silence absolu. Lucien avait agi avec une efficacité et une galanterie dénuées de toute tentative d'intimité, ce qui augmentait sa frustration et son désir. L'homme étrange était omniprésent dans ses pensées, défiant toute logique et toute prudence. Elle passa le premier matin à tenter désespérément de contacter d’autres dépanneurs ou taxis. L'absence de réseau était tenace, comme si la nature elle-même conspirait pour la maintenir captive. Lucien était absent, laissant la maison aux bons soins de Marius et de la domestique. Cherchant un moyen de canaliser son hyper-vigilance, Clara se rendit dans le petit bureau attenant à sa chambre, espérant y trouver une simple feuille de papier. Au lieu de cela, sur le grand secrétaire antique, elle découvrit une installation qui la laissa bouche bée. Une toi
L'entrée d'Ambre, Opale et Jasper dans la salle à manger suspendit le temps. Les trois enfants, encadrés par l'austère Marius, affichaient une prudence et une curiosité palpables. Les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, avaient immédiatement passées au crible l'atmosphère, leurs regards vifs et intelligents balayant l'opulence figée de la pièce. Jasper, six ans, était plus subjugué par le silence étrange et les hauts plafonds.Clara se leva prestement, sa carapace maternelle reprenant le dessus sur l'attraction. Elle se précipita vers eux, ignorant le regard fixe de Lucien.« Mes amours ! Ça va ? Vous n'avez pas eu froid ? » Les questions fusèrent, sa voix redevenant celle d'une mère inquiète.Lucien intervint alors, sa voix douce et chaleureuse, dénuée de l'autorité qu'il avait utilisée contre Clara. Il se rapprocha des enfants, évitant le geste physique, s'imposant plutôt par sa stature et son charisme. La peur de les blesser se mêlait déjà à une a
Lucien se tenait debout, imposant, après avoir mis fin à leur duel verbal. Clara sentait la chaleur de la colère monter face à l'arrogance de son hôte, mais le coup de foudre restait une force de gravité. « Un dîner, dites-vous ? » commença Clara, retrouvant le ton mesuré d'une diplomate. Elle devait tenter de s'échapper immédiatement. « C’est une courtoisie excessive, Monsieur de Laroche. Je vous en remercie, mais c'est absolument inutile. Mes enfants m’attendent dans le Van. Je ne peux pas les laisser plus longtemps. Je préfère attendre le dépanneur près de mon véhicule. » Lucien ne bougea pas, mais ses yeux de saphirs froids s'adoucirent légèrement, adoptant une expression de sollicitude calculée. Il avait saisi l'importance vitale des enfants. « Clara, vous plaisantez ? Il fait un froid saisissant dehors, et votre dépanneur annonce deux heures de délai, » objecta Lucien, sa voix empreinte d'une chaleur feinte. « Votre van, bien que confortable, ne peut pas rivaliser avec le
Lucien de Laroche retira sa main de celle de Clara plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité. Le contact, bien que fugace, avait été un choc à la fois chimique et archaïque, une résonance dont la violence l'avait averti : cette femme n'était pas une simple mortelle, elle était une cible vitale, ou pire, un destin. Marius, le valet aux manières de concierge austère, se fondit dans l'ombre du hall, visiblement contrarié par l'échec de sa mission d'éloignement. « Veuillez excuser Marius. Il est l'ombre de la maison, et les ombres n'apprécient guère les lumières imprévues, » expliqua Lucien, son ton se faisant plus mesuré. Il cherchait à minimiser l'intensité du premier contact et cette retenue ne fit qu'aiguiser la prudence de Clara. Elle traversa le hall en silence. Son esprit, malgré le trouble causé par le coup de foudre, restait en alerte maximale. Elle analysait l'environnement : le silence était antinaturel, le marbre sans trace de pas, le luxe ostentatoire, mais dénué d'â
Clara Tour, quarante-deux ans, n’était plus qu’une silhouette spectrale dans le rétroviseur d’une existence désintégrée. La route vers Toulouse n’était qu’une ligne droite vers un futur incertain, l'unique échappatoire après le triple coup de massue qui l’avait anéantie. Le divorce s’était révélé non pas une fin, mais une amputation douloureuse, suivie de près par un licenciement économique qui avait balayé sa carrière de Chargée de Recrutement en entreprise. Sa compétence n'avait été d'aucune aide face à la restructuration froide et impersonnelle. Enfin, le deuil de son père l’avait laissée dans un vide existentiel que rien ne parvenait à combler. Le silence pesant du Font-Vendôme, son unique possession conséquente, était la toile de fond de ses pensées. Ses enfants – les jumelles de seize ans, Ambre et Opale, et le jeune Jasper de six ans – occupaient chaque parcelle de son esprit. Ils étaient son moteur, et l'impératif de leur offrir un nouveau cadre de vie digne était la seule c







