L'épouse qui n'existait pas
Evelyn
Je reste immobile, les yeux ouverts dans l’obscurité, et je feuillette mentalement ma propre vie comme on tourne les pages d’un album qu’on n’a jamais eu le courage de regarder en entier, parce qu’on sait d’avance qu’entre les sourires figés et les instants présentés comme précieux se cachent des amputations silencieuses, des renoncements qu’on a rebaptisés preuves d’amour, des absences qu’on a maquillées en maturité, et plus je remonte le fil des années, plus je comprends que je n’ai pas seulement aimé Arnaud, j’ai disparu pour lui, morceau après morceau, sans bruit, avec une docilité qui me révolte aujourd’hui, parce que je revois la jeune femme que j’étais, cette femme vive, avide,