เข้าสู่ระบบ(Point de vue d'Imelda)
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Deux semaines. Il s'était écoulé deux semaines depuis la librairie.
Imelda avait compté les jours sans se l'avouer. Quatorze matins au Café des Lilas, quatorze lattes noisette, quatorze fois où ses yeux avaient balayé la salle en entrant, cherchant une silhouette en manteau noir qui n'était jamais là. Chloé avait remarqué son trouble sans en identifier la cause.
« T'es ailleurs, Mel. »
Imelda avait haussé les épaules, prétexté la fatigue, changé de sujet. Elle n'allait pas parler d'un inconnu croisé deux fois. D'un homme qui ne lui avait même pas demandé son numéro.
Ce soir-là, elle était au Musée d'Art Moderne.
Pas par choix. Sa collègue du service éditorial, Marianne, l'avait traînée à un vernissage. « Ça te fera du bien de voir du monde, » avait-elle dit. « Tu vis comme une nonne. » Imelda avait cédé, enfilé une robe noire toute simple qu'elle portait depuis trois ans, passé un coup de mascara, et suivi Marianne dans la foule bruyante et parfumée du MOMA.
La galerie était vaste, blanche, inondée de lumière. Des cimaises immaculées présentaient des toiles abstraites – grands aplats de couleur, lignes brisées, formes qui ne représentaient rien et tout à la fois. Les invités déambulaient, coupes de champagne à la main, rires trop forts, regards qui glissaient sur les œuvres sans vraiment les voir. Imelda se sentait déplacée, anonyme dans sa robe noire, les cheveux relevés en un chignon approximatif d'où s'échappaient des mèches folles.
Elle s'était réfugiée devant un tableau, à l'écart du flux principal. Une toile immense, presque trois mètres de large, entièrement recouverte d'un bleu profond qui tirait sur le gris. La couleur exacte de l'océan en hiver.
La couleur de ses yeux.
Elle chassa cette pensée, agacée contre elle-même.
« Vous aussi, vous fuyez la foule ? »
La voix venait de sa gauche. Grave, posée, avec cette texture de velours qui hantait sa mémoire depuis deux semaines.
Imelda tourna la tête, le cœur brutalement projeté contre ses côtes.
Jordan Taylor se tenait à un mètre d'elle, une coupe de champagne à la main. Il portait un costume bleu nuit cette fois, une chemise blanche sans cravate, le col ouvert juste assez pour laisser deviner la base de sa gorge. Ses cheveux châtain foncé étaient coiffés en arrière, une mèche rebelle retombant légèrement sur son front. Ses yeux gris-bleu la regardaient avec une intensité tranquille, et au coin de ses lèvres flottait l'ombre d'un sourire.
« Jordan, » souffla-t-elle.
« Imelda. » Il inclina légèrement la tête. « Le hasard semble décidément avoir un faible pour nous. »
Elle resta muette quelques secondes. Son cerveau refusait de produire une phrase cohérente. Elle le regardait, debout dans son costume parfait, au milieu de ce musée où elle n'aurait jamais dû être, devant ce tableau qui avait exactement la couleur de ses yeux.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » finit-elle par demander.
« Un ami artiste expose. » Il désigna vaguement une autre salle. « Je suis venu par politesse. Je repars par ennui. »
Il fit une pause, ses yeux ne quittant pas les siens.
« Et vous ?
— Une collègue m'a traînée ici. Je... je ne suis pas très vernissage.
— Moi non plus. »
Il regarda le tableau bleu devant eux. Le silence s'installa, confortable. Ils étaient côte à côte, face à cette immensité marine figée sur la toile.
« C'est beau, » dit-elle doucement.
« Oui. » Mais il ne regardait pas le tableau. Il regardait son reflet dans la vitre de protection, ou peut-être autre chose. « C'est beau. »
Il se tourna vers elle.
« Vous voulez vous échapper ? »
La question était simple, directe, sans sous-entendu. Juste une porte ouverte.
Imelda pensa à Marianne, quelque part dans la foule, occupée à réseauter. Elle pensa à son appartement vide. À ce tableau bleu océan. À cet homme qui apparaissait dans sa vie comme par magie, trois fois en trois semaines, sans jamais forcer, sans jamais rien demander.
« D'accord, » dit-elle.
Il sourit.
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Ils marchèrent dans les rues de Manhattan, côte à côte, sans direction précise. La nuit était fraîche mais pas froide. Les lumières de la ville se reflétaient dans les flaques laissées par une averse récente. Jordan avait enlevé sa veste de costume et l'avait posée sur ses épaules sans lui demander. Le tissu était chaud, imprégné d'une odeur de cèdre et d'ambre et de quelque chose de plus froid, comme la neige à venir.
Ils parlèrent longtemps.
De tout. De rien. De l'enfance. Il raconta qu'il avait grandi dans l'Upper East Side, enfant unique, élevé par des parents aimants mais exigeants. Elle parla de Brooklyn, de sa mère silencieuse, de la maison trop grande pour deux personnes après le départ de son père. Il écoutait. Il écoutait vraiment, sans l'interrompre, sans donner de conseils, sans ramener la conversation à lui. Il posait juste des questions, douces et précises, qui ouvraient des portes qu'elle croyait fermées.
Ils s'arrêtèrent devant un food truck qui vendait des gaufres. Il insista pour lui en offrir une, au Nutella, parce qu'elle avait mentionné une fois – une seule fois, au café – que c'était son péché mignon. Elle nota qu'il s'en souvenait. Elle nota aussi que ses propres mains tremblaient légèrement en prenant la gaufre, et que les siennes étaient parfaitement stables.
Ils s'assirent sur un banc, face à la nuit. Le ciel était dégagé maintenant, et quelques étoiles perçaient la pollution lumineuse, minuscules et obstinées.
« J'ai l'impression de vous connaître depuis longtemps, » dit-elle soudainement.
Les mots étaient sortis avant qu'elle ne puisse les retenir. Elle se mordit la lèvre, regrettant déjà.
Jordan tourna la tête vers elle. La lumière du réverbère découpait son profil – la ligne nette de sa mâchoire, la légère cicatrice sur l'arête du nez, la courbe ferme de ses lèvres.
« Moi aussi, » dit-il doucement.
Il leva la main. Lentement. Comme s'il lui laissait le temps de reculer. Ses doigts effleurèrent la mèche de cheveux qui s'était échappée de son chignon, la replacèrent derrière son oreille avec une délicatesse presque douloureuse.
Le geste était simple. Intime. Terriblement doux.
Imelda sentit sa gorge se serrer. Ses yeux la piquaient. Elle ne savait pas pourquoi. Elle ne savait pas ce qui lui arrivait. Elle savait juste que personne ne l'avait touchée comme ça depuis des années. Personne ne l'avait regardée comme ça depuis... depuis peut-être toujours.
« Jordan, » murmura-t-elle.
Il ne répondit pas. Ses doigts s'attardèrent une seconde contre sa tempe, puis il retira sa main, doucement, et reporta son regard sur les étoiles.
« Vous n'avez pas froid ? » demanda-t-il.
« Non. J'ai votre veste. »
« Gardez-la. »
Elle rit doucement. « Vous allez me donner tous vos vêtements ?
— Si vous voulez. »
Il y avait une légèreté dans sa voix qu'elle n'avait pas entendue avant. Comme si, pour la première fois, il se permettait de ne pas tout contrôler.
Ils restèrent sur ce banc jusqu'à ce que le food truck ferme, jusqu'à ce que les rues se vident, jusqu'à ce que le froid devienne mordant malgré la veste. Il la raccompagna jusqu'à l'entrée du métro, attendit qu'elle descende les premières marches.
« Jordan ? »
Il se retourna.
« Vous n'avez toujours pas mon numéro, » dit-elle.
Il sourit. Ce sourire qui plissait le coin de ses yeux, qui creusait une ride légère sur sa joue gauche. Ce sourire qu'elle commençait à connaître.
« Je sais, » dit-il. « Je le veux. Mais pas comme ça. Pas ce soir. »
« Pourquoi ?
— Parce que vous méritez mieux qu'un échange de numéros sur un quai de métro. »
Il fit un pas vers elle, juste un. Suffisamment près pour qu'elle sente son parfum – cèdre, ambre, neige.
« Je veux vous revoir, Imelda Pearce. Je veux vous revoir longtemps. Mais je veux que ce soit vous qui décidiez. Quand vous serez prête. Quand vous serez sûre. »
Il recula. La lumière du métro éclairait son visage par en dessous, sculptant ses traits en angles d'ombre et de clarté.
« Je serai au Café des Lilas. Demain matin. 8h15. »
Il sourit une dernière fois.
« Si vous venez, je saurai. »
Puis il tourna les talons et s'éloigna dans la nuit, ses épaules larges découpées contre les lumières de la ville, son manteau noir flottant derrière lui.
Imelda resta immobile sur les marches du métro, le cœur battant, les joues brûlantes, enveloppée dans sa veste de costume qui sentait le cèdre et l'ambre et la neige.
Elle rentra chez elle dans un brouillard. Elle ne dormit pas de la nuit.
À 7h30, elle était debout. À 8h, elle était habillée. À 8h15 précises, elle poussait la porte du Café des Lilas.
Il était là.
Assis à sa table. Sa table à elle, celle près de la fenêtre. Deux tasses devant lui. Un café noir. Un latte noisette.
Il leva les yeux quand elle entra. Leurs regards se croisèrent.
Et pour la première fois, Imelda Pearce vit quelque chose dans les yeux gris-bleu de Jordan Taylor qui ressemblait à de la victoire.
Elle ne savait pas que c'était la victoire du chasseur.
Elle crut que c'était de la joie.
(Point de vue d'Imelda)---Celeste rentra de l'hôpital un jeudi matin.Imelda était dans la cuisine, assise sur un tabouret, buvant un thé que Rosa venait de lui servir. Elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir, des pas légers dans le hall, et la voix de Celeste qui s'élevait, douce et plaintive.« Jordan, tu es un amour d'être venu me chercher. Vraiment. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »Imelda ne leva pas les yeux de son livre. Elle tourna une page, but une gorgée de thé. Rosa, près de la cuisinière, lui jeta un regard inquiet.« Mademoiselle...— Tout va bien, Rosa. »Jordan entra dans la cuisine, soutenant Celeste par le bras. Elle portait une écharpe autour du poignet, un bandage discret sur le front. Rien de grave. Rien qui justifiait une transfusion. Elle boitait légèrement, mais son regard, lui, ne boitait pas. Il était vif, perçant, et se posa sur Imelda avec une lueur de triomphe.« Imelda, » dit Jordan. Sa voix était neutre, mais il y avait dedans une tension qu'
(Point de vue de Chloé)---Chloé n'avait jamais su rester les bras croisés.C'était un défaut, lui disait sa mère. Une qualité, lui disait son père. La vérité, c'est qu'elle était incapable de voir une injustice sans vouloir la réparer. Et ce qu'Imelda avait subi – ce prélèvement forcé, cette accusation absurde, cette comédie montée par Celeste – était une injustice qui la rongeait de l'intérieur.Après la réunion au café, elle rentra chez elle, tourna en rond dans son appartement, puis ouvrit son ordinateur. Elle ne dirait rien à Imelda. Elle ne dirait rien à Marcus. Pas avant d'avoir des preuves.Le plan était simple. Trop simple, peut-être, mais c'était souvent les plans simples qui fonctionnaient.L'hôpital où Celeste avait été admise était le Mount Sinai, un établissement réputé de l'Upper East Side. Chloé connaissait quelqu'un qui y travaillait : une ancienne camarade de fac, devenue infirmière. Un message, un appel, et elles convinrent de se retrouver le lendemain.---« Tu ve
(Point de vue d'Imelda)---Le café était presque vide en cette fin d'après-midi. Quelques clients éparpillés, un homme qui tapait sur son ordinateur, une femme qui lisait près de la fenêtre. Personne ne prêtait attention aux trois personnes assises dans le coin le plus reculé, autour d'une table étroite.Imelda tenait sa tasse de thé à deux mains. Elle n'avait pas bu une gorgée. Elle regardait le liquide ambré refroidir sans le voir.« C'est arrivé quand ? » demanda Chloé. Sa voix était calme, mais ses jointures étaient blanches sur sa tasse de café.« Il y a trois jours. »« Tu as donné ton sang. À cette femme. »« Mon sang était compatible. »Chloé ferma les yeux. Marcus, assis en face d'Imelda, n'avait pas touché son verre. Il regardait Imelda avec une intensité contenue, les mâchoires crispées.« Raconte depuis le début, » dit-il simplement.Imelda haussa légèrement les épaules. « J'étais dans ma chambre. J'ai entendu un cri. Quand je suis descendue, Celeste était au pied de l'es
(Point de vue d'Imelda)---Le soir était tombé sur Manhattan quand Imelda entendit le hurlement.Elle était dans la chambre bleue, son vieil ordinateur portable ouvert sur les genoux, les écouteurs enfoncés dans les oreilles. Elle travaillait sur un nouvel article pour son blogue – une réflexion sur la liberté, sur ce que signifiait vraiment le mot « partir » – quand le cri traversa la musique comme une lame.Elle retira ses écouteurs, le cœur battant. Des bruits de pas précipités dans l'escalier. Des voix affolées. La gouvernante qui appelait les secours.Elle se leva, ouvrit la porte, et descendit.Le hall d'entrée était en ébullition. Celeste gisait au pied de l'escalier principal, immobile, le visage pâle comme la mort. Une employée était agenouillée près d'elle, lui tenant la main. Madame Delacroix parlait au téléphone, la voix tendue. Le chauffeur courait vers la porte pour guider les ambulanciers.Imelda resta en haut des marches, pétrifiée. Elle ne ressentait rien pour Celest
(Point de vue d'Imelda)---Le trajet du Vermont jusqu'à New York dura cinq heures. Marcus conduisait, les yeux fixés sur la route, les mains détendues sur le volant. Chloé était assise à l'arrière, son téléphone à la main, plongée dans les archives en ligne qu'elle n'avait pas cessé d'éplucher depuis qu'ils avaient quitté la maison d'Helena Kowalski.Imelda était à l'avant, le regard perdu vers les forêts qui défilaient derrière la vitre. Les mots d'Helena tournaient en boucle dans sa tête.« Ce n'était pas un accident. Arthur disait qu'on avait tué ces gens. Les Taylor. Et que votre père n'était qu'un pion. »Pas un accident. Un meurtre. Son père n'était pas coupable. Il était une victime, lui aussi.« Vous voulez qu'on fasse le point ? » demanda Marcus, rompant le silence.Chloé releva la tête de son téléphone. Imelda hocha lentement la tête.« D'accord. Voilà ce qu'on sait, » dit Marcus. « Un SUV noir a frôlé la voiture d'Edward Pearce juste avant la collision. Arthur Kowalski l'a
(Point de vue d'Imelda)---Les semaines qui suivirent la décision d'enquêter furent une étrange parenthèse dans la vie d'Imelda.Le matin, elle allait à L'Écrin. Elle lisait des manuscrits, rédigeait des fiches, buvait du café avec ses nouvelles collègues. Le soir, elle rentrait au penthouse, dînait en silence, évitait Celeste, supportait les regards de Jordan – ces regards qui s'attardaient sur elle maintenant, comme s'il cherchait quelque chose qu'il ne trouvait plus. Et la nuit, quand elle était sûre que personne ne la surveillait, elle ouvrait son ordinateur portable et retrouvait Chloé et Marcus en ligne.Ils avaient créé un groupe de discussion sécurisé. Un espace virtuel où ils échangeaient des documents, des hypothèses, des pistes. Marcus avait été clair dès le début : rien ne devait filtrer. Jordan ne devait rien savoir. Si jamais il découvrait qu'ils enquêtaient sur l'accident, il pourrait tout faire capoter – ou pire, s'en prendre à Imelda.Les premiers jours furent consac







