เข้าสู่ระบบLe lendemain, le groupe Wilkerson retrouva son apparente normalité avec une insolence presque déplacée.Les bureaux respiraient l'efficacité. Les assistantes traversaient les couloirs en portant des chemises impeccablement ordonnées. Les réunions s'enchaînaient. Les claviers crépitaient. Des voix basses filtraient à travers les cloisons vitrées. Tout avait l'air à sa place, comme si les secousses intimes de la veille n'avaient aucune réalité dès lors qu'on franchissait les portes du groupe.Collen, lui, avançait avec cette sensation subtile d'avoir laissé quelque chose se désaligner à l'intérieur.Rien de visible, sans doute. Il avait trop d'entraînement pour cela. Il répondit correctement aux sollicitations, valida des chiffres, repoussa deux propositions, redemanda une synthèse plus claire à un directeur de service. Mais il savait. À la façon dont ses épaules se tenaient. À la manière dont son esprit revenait sans cesse à la table dressée, à la chaise restée vide, au message tardif
Le dîner avait commencé dans la tête de Collen bien avant de prendre forme sur une table.Ce n'était pas un projet grandiose. Pas un geste de réparation spectaculaire. Encore moins une tentative désespérée de retenir quelque chose qui lui échappait. Il voulait seulement une soirée à eux. Une vraie. Pas une parenthèse entre deux appels, pas un repas avalé distraitement en consultant un téléphone, pas une conversation découpée par l'inquiétude et la fatigue.Quelque chose de simple.Au fond, c'était peut-être cela qui rendait son désir plus vulnérable encore.Il quitta le groupe Wilkerson plus tôt que d'habitude. Pour une fois, il ignora les dossiers qu'il aurait encore pu relire, les mails auxquels il aurait pu répondre, les complications qu'il savait capables de se multiplier dès qu'on leur laisse une heure de plus. Il passa chez un traiteur qu'aimait Chantelle, fit préparer quelque chose de léger mais bon, choisit lui-même une bouteille qu'ils n'avaient pas ouverte depuis longtemps,
Les soins commencèrent réellement deux jours plus tard. Karl Weber avait laissé à la famille à peine le temps de s’installer dans cette nouvelle organisation avant de revenir avec son protocole, sa rigueur et ce refus absolu de laisser l’émotion gouverner le travail. Dès lors, la maison des Segarra prit un autre rythme. Plus structuré. Plus dur aussi. Le matin n’appartenait plus seulement au réveil et aux visites ; il appartenait à la rééducation. Théronie ouvrait les rideaux tôt. Pas brutalement. Avec assez de fermeté pourtant pour faire comprendre que la journée ne se négociait pas. Le premier matin, Stéphane ouvrit les yeux sur une lumière pâle et trouva déjà un verre d’eau à portée de main. — Vous avez cet air d’un homme qui envisage la fuite, dit Théronie. Il tourna vers elle un regard encore embué. — Je suis cloué dans un lit. — Les gens orgueilleux fuient très bien intérieurement. Elle ajusta le dossier du lit. — Le docteur Weber sera là dans vingt minutes.
Le départ eut lieu le lendemain dans une lumière de matin pâle. Après tant de jours suspendus à l’idée d’un réveil, d’une aggravation, d’une amélioration trop mince pour être nommée, cette sortie d’hôpital aurait pu prendre des allures de scène solennelle. Elle n’en eut pas. Elle se fit dans une simplicité presque administrative que la douleur rendait plus réelle encore. Un médecin du service passa pour les dernières consignes. Une infirmière vérifia les documents, les ordonnances, les recommandations. Karl Weber n’était pas là ; c’était volontaire. Il avait déjà dit l’essentiel. Le reste appartenait désormais à la famille, à la maison, à cette autre partie de la guérison qui ne se joue plus sous les néons hospitaliers. Théronie arriva de bonne heure avec un sac préparé méthodiquement. Pas une valise dramatique. Juste ce qu’il fallait. De quoi vêtir, de quoi couvrir, de quoi ne pas donner au retour l’air d’une expédition malheureuse. — Vous rentrez enfin, dit-elle en déposant le
Le lendemain, le service sembla respirer autrement. Rien, en apparence, n’avait changé. Les infirmières continuaient leurs allers-retours dans les couloirs pâles. Les portes s’ouvraient, se refermaient. Les voix restaient basses. Le chariot des médicaments grinçait au même endroit. Pourtant, à l’intérieur de la chambre de Stéphane, tout le monde avait l’impression d’écouter le temps. Hélène était arrivée bien avant l’heure annoncée. Elle avait relu les comptes rendus médicaux, replacé deux fois le verre d’eau sur la table roulante, corrigé un pli imaginaire sur la couverture. Robin, lui, s’efforçait de donner au silence une forme utile en vérifiant les papiers, les examens, les dernières notes du service. Chantelle venait d’arriver, plus pâle qu’elle ne voulait le montrer, mais suffisamment stable pour tenir debout sans vaciller. Collen entra le dernier, encore chargé de l’énergie tendue des gens qui ont obtenu quelque chose et redoutent maintenant le moment où cette chose prend
La réponse arriva au moment où Collen commençait à ne plus y croire tout à fait. Depuis plusieurs jours, il avançait avec ce même fond de tension dans la poitrine, un mélange d’impatience et de prudence qui ne le quittait plus. Au groupe Wilkerson, il travaillait comme d’habitude, ou du moins il en donnait l’apparence. Il validait des dossiers, tranchait des décisions, passait d’un bureau à l’autre avec cette maîtrise devenue presque réflexe chez lui. Mais dès qu’un silence se faisait, dès qu’un couloir se vidait, dès qu’une réunion s’achevait, la pensée revenait. Karl Weber. Le nom flottait désormais dans toutes les conversations autour de Stéphane comme une possibilité encore incertaine, presque trop précieuse pour être nommée sans crainte. On en parlait à voix basse, comme d’un homme capable de faire bouger les lignes, mais dont l’arrivée dépendait encore d’un accord, d’un calendrier, d’un dossier jugé assez sérieux pour mériter son attention. Ce matin-là, la lumière étai







