/ Romance / Daddy et Moi 2 / Chapitre 6 — Le gardien silencieux

공유

Chapitre 6 — Le gardien silencieux

작가: Déesse
last update 게시일: 2026-06-22 02:24:11

Sa main quitte mes cheveux et saisit mon menton, le relève, m'oblige à plonger mes yeux dans les siens. Ce regard gris est un abîme. Je ne sais pas ce qui se cache derrière. De la cruauté, peut-être. De l'ennui. Du désir. Un mélange des trois.

— Tu apprendras à m'obéir, Tatiana. Tu apprendras à aimer ça. Parce que je suis patient. Très patient. Et parce que, tout au fond de toi, il y a quelque chose qui attend ça depuis toujours. Quelque chose qui reconnaît sa place.

— Vous ne savez rien de moi.

— Je sais que tu n'as pas crié quand on t'a enlevée. Je sais que tu n'as pas griffé, pas mordu, pas supplié. Je sais que depuis trois jours tu joues du violon chaque soir comme je te l'ai demandé. Et je sais que, quand je te caresse les cheveux, tes pupilles se dilatent et ta respiration ralentit.

Il lâche mon menton, se lève et se dirige vers la fenêtre. La neige continue de tomber. Le jour décline. Il fait gris et blanc, un tableau monochrome derrière la baie vitrée.

— Ce soir, tu joueras pour moi dans le salon. Pas dans ta chambre. Pas cachée derrière une porte. Devant moi. Ensuite, nous dînerons ensemble. Et tu me parleras. Tu me diras ce que tu aimes, ce que tu détestes, ce qui te fait peur, ce qui te fait envie. Je veux tout savoir de toi. Chaque détail. Chaque secret. Chaque petit recoin de ton âme.

Il se tourne vers moi et son visage est dans l'ombre, la lumière de la fenêtre derrière lui dessine sa silhouette en contre-jour. Il ressemble à un personnage de légende, un tsar, un démon, une divinité sombre.

— Tu es à moi, Tatiana Volkonskaïa. Tu l'étais avant même de le savoir. Accepte-le. Tout sera plus simple.

Je ne réponds pas. Qu'y a-t-il à répondre à cela ? Je baisse les yeux vers mes mains posées sur mes genoux. Mes doigts tremblent. De peur, de rage, d'autre chose encore. Il traverse la pièce, s'arrête devant moi et me tend la main.

— Lève-toi.

J'hésite. Puis je saisis cette main et il me hisse sur mes pieds avec une facilité déconcertante. Il garde mes doigts dans les siens un instant, les examine, les retourne, caresse les cals laissés par des années de pratique.

— De si jolies mains, murmure-t-il. De si jolis doigts. Ils font de la magie sur les cordes. Je me demande quelle magie ils pourraient faire ailleurs.

Il lâche ma main et désigne la porte.

— Retourne dans ta chambre. Répète. Je veux entendre Tchaïkovski ce soir. Le concerto en ré majeur. L'as-tu en mémoire ?

— Oui.

— Bien. Va.

Je sors, escortée par un garde silencieux. Dans le couloir, je croise Anya qui porte un plateau de thé. Elle me jette un regard rapide et baisse les yeux. J'ai envie de lui parler, de lui demander comment elle supporte ça, comment elle vit, pourquoi elle reste. Mais je ne pose pas de questions. Je suis trop bouleversée, trop confuse, trop pleine de cette sensation trouble qui ne me quitte plus depuis qu'il a posé la main sur mes cheveux.

De retour dans ma chambre, je prends le violon et je commence à répéter. Mes doigts trouvent les notes, mon poignet suit le mouvement, mais mon esprit est ailleurs. Il est resté là-bas, dans ce bureau, aux pieds de l'homme aux yeux gris, à sentir sa main sur moi. Et ce qui me terrifie le plus, c'est qu'une partie de moi attend déjà demain.

Tatiana

Le lendemain, Nikolai me fait dire qu'il ne dînera pas avec moi. Des affaires urgentes. Je ne sais pas si je suis soulagée ou déçue et cette incertitude m'agace. Je passe la journée à errer dans les couloirs, chaperonnée de loin par un garde qui ne me parle pas. Le palais est vaste, infiniment plus que je ne le pensais. Trois étages, une aile réservée aux domestiques, une autre aux bureaux administratifs, une salle de bal immense qui semble ne jamais servir, une bibliothèque dont les rayonnages montent jusqu'au plafond.

C'est dans la bibliothèque que je me réfugie. L'odeur du vieux papier me rappelle les salles de répétition du Conservatoire. Je longe les rayons, caresse les dos de cuir, lis des titres en cyrillique, en français, en anglais. La culture de Nikolai est éclectique, de la poésie de Pouchkine aux traités d'économie en passant par des romans policiers américains. Cet homme est une énigme. Un monstre froid et cultivé. Un tyran qui lit de la poésie.

J'entends des pas derrière moi. Je me retourne, le cœur serré, m'attendant à voir surgir Nikolai. Mais ce n'est pas lui. C'est un autre homme. Grand, massif, des épaules de lutteur, des cheveux châtains coupés très court, une barbe de trois jours, un costume noir qui peine à contenir sa carrure. Il a le visage taillé à la hache, des cicatrices minuscules autour des yeux, et un regard d'un brun si sombre qu'il en paraît noir. Il ne sourit pas. Il s'incline légèrement.

— Je suis Léonid. Le chef de votre sécurité.

Sa voix est rauque, grave, avec quelque chose de rauque qui râpe les syllabes. Il parle français avec un accent slave prononcé mais compréhensible. Je remarque ses mains. Elles sont énormes, couturées de cicatrices, mais les ongles sont propres, soignés. Des mains de soldat, pas de bourreau.

— Bonjour, Léonid.

Je ne sais pas quoi dire d'autre. Il reste à distance, adossé à un rayonnage, les bras croisés. Sa présence remplit la pièce sans qu'il fasse le moindre effort. Ce n'est pas un homme qu'on ignore. Même silencieux, il occupe l'espace.

— Monsieur Volkov m'a chargé de votre protection rapprochée. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous passez par moi.

Sa voix est neutre, professionnelle, mais je perçois quelque chose d'autre dans la façon dont il me regarde. Quelque chose qui n'a rien de professionnel. Une attention trop vive, un intérêt mal dissimulé. Ses yeux s'attardent une seconde de trop sur mon visage, glissent sur ma gorge, reviennent à mes yeux. Je connais ce regard. Les hommes me regardent souvent ainsi. Mais chez lui, c'est furtif, presque involontaire, comme s'il se l'interdisait.

— Vous êtes son employé depuis longtemps ?

— Assez.

— Vous l'aimez bien ?

La question le déstabilise. Ses sourcils se froncent.

— Je le respecte. Ce n'est pas la même chose.

— Il vous fait peur ?

— Non.

— Alors pourquoi restez-vous ? Pour l'argent ?

Il décroise les bras et fait un pas vers moi. Ce n'est pas une menace, c'est pire. C'est un mouvement qui réduit la distance entre nous et me rappelle combien cet homme est imposant. L'air se charge d'électricité.

— Je reste parce que j'ai choisi de rester. Un jour, peut-être, vous comprendrez.

Il tourne les talons et sort sans un regard en arrière, me laissant avec plus de questions que de réponses. Un garde du corps qui choisit de servir un monstre. Un homme visiblement dur, taillé par une vie violente, et qui pourtant a des yeux capables de douceur. Une présence qui, en quelques minutes, a réussi à éclipser celle de Nikolai.

Je secoue la tête. Je ne devrais pas penser à cela. Je ne devrais même pas le remarquer. Mais quand je regagne ma chambre, escortée par Léonid cette fois, je suis intensément consciente de sa présence derrière moi. Il ne dit rien. Il ne me frôle pas. Pourtant, je sens son regard dans mon dos comme une brûlure.

Au moment d'entrer dans ma chambre, il s'efface pour me laisser passer. Sa main effleure le bas de mon dos, juste une seconde, juste le temps de me guider. L'effleurement est si léger qu'il pourrait être accidentel. Mais la chaleur de sa paume traverse la soie de ma robe et se propage dans mes reins comme une onde. Je me retourne brusquement. Il a déjà disparu.

Je referme la porte, m'adosse au battant, le cœur battant. Ce n'est rien. Ce n'était qu'un geste involontaire. Je me fais des idées. Je suis trop isolée, trop privée de contacts humains normaux. Mon esprit s'emballe pour un rien. Mais la chaleur de cette main sur mon dos persiste longtemps après que la porte se soit refermée.

이 작품을 무료로 읽으실 수 있습니다
QR 코드를 스캔하여 앱을 다운로드하세요

최신 챕터

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 121 — Épilogue : La mélodie infinie

    À côté de lui, dans un berceau en osier, dort notre fille. Elle s'appelle Anastasia, comme la grand-mère de Nikolai, une femme qu'il a à peine connue mais dont il parle avec une tendresse rare. Anastasia a deux mois, des cheveux noirs comme son père, des yeux clairs comme sa mère, et un tempérament paisible qui émerveille toute la maisonnée. Elle dort, bercée par la musique de sa mère, et son petit visage est serein, confiant, heureux. Elle ne sait pas encore quel chemin elle empruntera, mais elle sait déjà, instinctivement, qu'elle est aimée. Nikolai est toujours debout derrière moi, ses mains sur mes épaules. Il ne dit rien. Il n'a pas besoin de dire quoi que ce soit. Sa présence suffit. Sa présence est mon roc, mon refuge, mon port d'attache. Je pense à tout le chemin parcouru. À la jeune fille de Saint-Pétersbourg qui rêvait de devenir violoniste et qui s'exerçait des heures durant dans un appartement glacial. À la femme qu'on a mariée de force, enfermée, brisée, qui pleurait e

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 120 — Nuit de célébration 2

    Il descend, et sa bouche trouve mon sexe. Il me caresse avec sa langue, avec une lenteur et une précision qui me font perdre la tête. Je gémis, je me tends, je m'agrippe aux draps, et il ne s'arrête pas. Il continue, inlassable, dévoué, comme si mon plaisir était sa seule mission. — Nikolai, je halète. Nikolai, je vais... — Laisse-toi aller, dit-il. Laisse-toi aller, mon amour. Et je jouis, un orgasme immense qui me submerge comme une vague, qui me fait crier son nom et oublier tout le reste. Il ne s'arrête pas. Il continue de me caresser, doucement, jusqu'à ce que les derniers soubresauts s'apaisent. Puis il remonte vers moi et il me prend dans ses bras. — Ce n'est que le début, murmure-t-il. La nuit est longue. Et j'ai l'intention de célébrer chaque minute. La nuit qui suit est à l'image de cette première étreinte. Tantôt tendre, tantôt intense, tantôt douce, tantôt passionnée. Il me prend plusieurs fois, de différentes manières, toujours à l'écoute de mes désirs, toujours att

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 119 — Nuit de célébration

    TatianaLa maison s'est endormie depuis longtemps. Sacha a regagné sa chambre après le dîner, les yeux encore brillants d'excitation, la tête pleine de projets pour son futur rôle de grand frère. Il a embrassé mon ventre avant de se coucher, un geste que personne ne lui avait suggéré, un geste qui est venu de lui, spontanément, et qui m'a émue aux larmes. Nikolai, lui, n'a pas quitté le salon. Il est resté assis dans son fauteuil, son verre de vin à la main, à me regarder avec une intensité qui en disait long sur ce qu'il ressentait.Maintenant, nous sommes dans notre chambre. La porte est fermée à clé, les rideaux sont tirés, et la lumière des bougies danse sur les murs de pierre. Nikolai m'a demandé de l'attendre ici pendant qu'il se préparait, et je suis debout près de la fenêtre, vêtue d'une simple nuisette blanche, le collier de diamant autour du cou. Mon cœur bat vite, non pas de peur, mais d'anticipation. Je sais que cette nuit sera particulière. J

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 118 — La surprise 2

    Il se relève et me prend dans ses bras. Il me serre contre lui, et je sens son cœur battre, fort, rapide, éperdu. C'est le cœur d'un homme qui a tout perdu et qui a tout retrouvé. Le cœur d'un homme qui a touché le fond de l'abîme et qui remonte vers la lumière.— C'est le plus beau jour de ma vie, dit-il. Le plus beau jour de toute mon existence. Je t'aime, Tatiana. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je t'aime assez pour pleurer comme un enfant dans tes bras, moi qui n'ai pas pleuré depuis quarante ans.— Je sais. Je t'aime aussi, Nikolai. Plus que tout.— Sacha, dit-il soudain en s'écartant. Il faut le lui dire. Il va avoir un petit frère ou une petite sœur. Il faut qu'il sache.— Ce soir. Nous lui dirons ce soir, tous les deux.Le soir venu, nous réunissons Sacha dans le salon. Il a senti qu'il se passait quelque chose, et il nous regarde tour à tour avec une curiosité inquiète. Nikolai est assis dans le canapé, pl

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 117 — La surprise

    Tatiana Le médecin est reparti depuis une heure, et je suis toujours assise sur le canapé du salon, les mains posées sur mon ventre, incapable de bouger, incapable de parler, incapable de penser à autre chose qu'à cette nouvelle qui tourne dans ma tête comme une ritournelle, comme une mélodie qui ne veut pas s'arrêter. Je suis enceinte. Moi, Tatiana Volkova, quarante-deux ans, qui pensais que ma vie de mère était derrière moi, qui pensais que Sacha serait mon unique enfant, voilà que je porte une nouvelle vie. Une vie conçue dans l'amour et la passion, dans cette forteresse au-dessus des nuages, dans ce lit où Nikolai et moi nous retrouvons chaque soir pour nos rituels secrets. Une vie qui est le fruit de notre réconciliation, de notre pardon, de notre amour renaissant. Le vieux docteur Moretti, qui vient de Florence une fois par mois pour suivre la santé de Nikolai, a confirmé ce que je soupçonnais déjà. Le

  • Daddy et Moi 2   Chapitre 116 — Le récital 3

    Je ris, un peu nerveusement, et je prends mon fils dans mes bras. Mais mes yeux sont toujours fixés sur Nikolai. Il y a quelque chose dans son regard. Quelque chose de sombre et de brûlant, quelque chose que je connais bien. Le désir. Mais pas seulement. Quelque chose de plus profond, de plus primal. La possession. L'orgueil du maître qui contemple son œuvre. La fierté de l'homme qui voit la femme qu'il aime briller de mille feux et qui sait que cette lumière, cette beauté, ce talent, lui sont offerts.— Rentre à la maison avec Sacha, dit-il à voix basse pour que seul moi l'entende. Rosetta est là, elle s'occupera de lui. Toi, tu as autre chose à faire.— Quoi donc ? je demande, bien que je connaisse déjà la réponse.Il se penche vers moi, et son souffle est chaud contre mon oreille quand il murmure :— Je veux te prendre dans ta loge. Maintenant. Comme j'ai toujours rêvé de le faire. Comme j'aurais dû le faire il y a huit ans, après ton conc

더보기
좋은 소설을 무료로 찾아 읽어보세요
GoodNovel 앱에서 수많은 인기 소설을 무료로 즐기세요! 마음에 드는 작품을 다운로드하고, 언제 어디서나 편하게 읽을 수 있습니다
앱에서 작품을 무료로 읽어보세요
앱에서 읽으려면 QR 코드를 스캔하세요.
DMCA.com Protection Status