เข้าสู่ระบบMa fuite à Venise, à dix-huit ans, avec une bourse volée et une robe de rechange. La découverte de cette ville flottante, de ses masques, de ses possibilités infinies. La rencontre avec Alessandro, un soir de carnaval, alors que je dansais pour quelques pièces sur une place. Il m'avait regardée, et dans ses yeux je n'avais pas vu le désir habituel. J'avais vu quelque chose d'autre. De la bonté. De la pureté.
Son amou
Il se tait un instant, me laisse digérer ses mots.— Tu as fait ce que tu pouvais, Giulia. Ce que n'importe quelle femme dans ta situation aurait fait. Tu as écrit les lettres que ta tante te dictait, que la bienséance exigeait. Tu as fait ton devoir d'épouse, aussi bien que possible. Le reste n'est pas ta faute.Je voudrais le croire. Je voudrais pouvoir me décharger de cette culpabilité, la poser à terre comme un fardeau trop lourd, et continuer d'avancer sans elle. Mais elle est là, accrochée à moi, incrustée dans ma chair comme une écharde impossible à extraire.— Il a souffert, Lorenzo. À cause de moi.
GIULIALe paquet de lettres est posé sur la table de Lorenzo, petit tas de papier jauni par le temps, attaché par un ruban de soie verte que je reconnais immédiatement. C'est le ruban que j'utilisais pour mes lettres à Alessandro, un ruban qu'il m'avait offert au début de notre mariage, quand nous jouions encore à être un couple normal, quand je croyais encore que notre union pouvait devenir autre chose qu'une prison dorée.Mes mains tremblent en le touchant. Le tissu est doux sous mes doigts, usé par endroits, comme si quelqu'un l'avait manipulé souvent, l'avait noué et dénoué des dizaines de fois.— Où as-tu trouvé ça
GIULIA Le paquet de lettres est posé sur la table de Lorenzo, petit tas de papier jauni par le temps, attaché par un ruban de soie verte que je reconnais immédiatement. C'est le ruban que j'utilisais pour mes lettres à Alessandro, un ruban qu'il m'avait offert au début de notre mariage, quand nous jouions encore à être un couple normal, quand je croyais encore que notre union pouvait devenir autre chose qu'une prison dorée. Mes mains tremblent en le touchant. Le tissu est doux sous mes doigts, usé par endroits, comme si quelqu'un l'avait manipulé souvent, l'avait noué et dénoué des dizaines de fois. — Où as-tu trouvé ça ? Ma voix est étranglée, méconnaissable. Je connais déjà la réponse, mais j'ai besoin de l'entendre, besoin qu'il confirme ce que je redoute. Lorenzo est debout près de la fenêtre, le visage tourné vers la rue. Il ne me regarde pas. Ses épaules sont tendues, sa mâchoire serrée. Il a l'air fatigué, plus fatigué que je ne l'ai jamais vu, comme si le poids de cette dé
La main de Lorenzo se pose sur la mienne, chaude, rassurante.— Mais eux ne le savent pas. Et tant qu'ils ne seront pas convaincus de ton ignorance, ou tant qu'ils n'auront pas trouvé ce qu'ils cherchent, tu resteras en danger.Le silence retombe dans la petite pièce. Le poids de ces révélations m'écrase. Je me sens minuscule, impuissante, prise dans un filet tissé par d'autres, pour des raisons qui me dépassent.— Qu'est-ce qu'on fait, Lorenzo ?Ma voix est faible, presque enfantine. Je déteste cette faiblesse, mais je ne peux pas la cacher. Pas à lui.
Mon cœur s'accélère. Je m'assieds sur la chaise qu'il me désigne, les jambes soudain faibles. Depuis des semaines, je vis dans une peur diffuse, une menace omniprésente mais vague, sans contours précis. L'idée que Lorenzo ait mené sa propre enquête, qu'il ait pris des risques pour moi, me bouleverse et m'effraie à la fois.— Montre-moi.Il s'assied à côté de moi, nos épaules se touchent. Il prend un premier document, un plan d'architecte représentant un vaste bâtiment que je ne reconnais pas.— La Confrérie des Sacs n'est pas juste un groupe de fanatiques qui s'amusent à terroriser les femmes trop
Le soleil continue sa course dans le ciel romain. Les bruits du chantier voisin s'intensifient. La journée commence, avec ses obligations, ses dangers, ses mensonges nécessaires.Mais je ne fuis pas.Je reste assise sur cette paillasse, dans cette chemise trop grande qui sent le savon et la pierre, et je regarde l'homme que j'aime ranger les restes du petit déjeuner. Je reste parce que je choisis de rester. Parce que l'amour n'est pas une prison. Parce qu'il est ma liberté.Alessandro m'attend quelque part. La Confrérie me traque. Le Marquis Noir rôde peut-être encore. Ma vie est un champ de ruines peuplé de fantômes.
RafaelLa nuit est épaisse, huileuse, sans lune. Un vent moite caresse les pavés luisants des docks, apportant des relents de saumure et de pourriture. Quelque part, une chaîne rouillée grince, sinistre, portée par la brise.Je suis tapis derrière un tas de barriques vides, l'odeur âcre du poisson
RafaelLa planque est un entrepôt désaffecté. L'air sent le béton froid, l'huile et la poussière. Un néon clignotant découpe des ombres mouvantes sur les murs. Au centre, sur une table en métal rouillé, la carte est déployée comme un cadavre sur une table d'autopsie.Matteo pointe un doigt épais su
RafaelL’aube est une lame.Fine.Froide.Implacable.Elle découpe la nuit, tranche les illusions, efface la sueur des corps et les serments murmurés entre deux râles. Elle ne ment jamais, l’aube. Elle montre les visages tels qu’ils sont. Les plaies. Les trahisons. Et les cicatrices qu’on a voulu
Giulia FerrelliIl dort.Ou fait semblant.Avec Rafael, je ne suis jamais certaine. Il a ce calme prédateur, cette fausse tranquillité de l’homme habitué à survivre dans le tumulte. Même dans le silence, même dans le noir, il a l’instinct du fauve : prêt à bondir, prêt à mordre.La lune découpe son







