MasukIl pose son front contre le mien. Nos souffles se mêlent. Ses mains tremblent sur mes épaules.
— Je t'aime, murmure-t-il. Je t'aime tellement que ça me fait mal. Et je te hais pour ça. Je te hais parce que tu as son visage. Je te hais parce que tu me fais souffrir. Je te hais parce que je ne peux pas vivre sans toi.
— Alistair...
— Pars, dit-il. Pars maintenant, avant que je ne fasse quelque chose que je regretter
AdamLa serre est plongée dans l'obscurité quand j'arrive. Pas de bougie, pas de lampe torche, pas de lune pour éclairer les vitres sales. Les nuages ont tout avalé, même les étoiles. Le vent s'est calmé, remplacé par un silence lourd, oppressant, qui donne l'impression que le monde retient son souffle avant l'orage.Elena est là, debout près de l'établi, une silhouette pâle dans l'ombre. Elle porte une robe sombre, un châle sur les épaules, et elle n'a pas entendu mes pas. Ou peut-être que si. Peut-être qu'elle m'attendait, immobile, comme une statue dans un temple abandonné.Je m'arrête à trois mètres d'elle. Je n'allume pas de lumière. Je ne veux pas voir son visage. Pas tout de suite. Je veux d'abord entendre sa voix. Je veux d'abord savoir si elle va continuer à jouer la comédie.&mda
AdamLa nuit est tombée depuis deux heures quand je me glisse hors du garage. Le vent est toujours là, un vent mauvais qui fait grincer les volets et gémir les cyprès. La villa est éclairée, toutes les fenêtres du rez-de-chaussée brillent dans l'obscurité. Vincenzo est rentré. J'ai entendu le bruit de sa voiture vers vingt heures, puis des éclats de voix, des ordres aboyés, des portes qui claquent. La colère du Parrain est tombée sur la maison comme une chape de plomb.Je ne vais pas à la serre. Elena m'attend peut-être là-bas, mais j'ai autre chose à faire avant. Quelque chose que j'aurais dû faire depuis longtemps.Je traverse le parc, courbé, silencieux, évitant les zones éclairées. Les gardes sont nombreux ce soir — j'en compte au moins six autour du périmètre, sans par
Je m'approche d'elle, la prends dans mes bras. Elle s'effondre contre moi, secouée de spasmes, incapable de parler. Maria. La vieille Maria qui lui servait de mère, de confidente, de protectrice. Maria qui lisait des romans d'amour et qui soupçonnait tout sans rien dire. Maria qui était peut-être la seule amie qu'Elena ait jamais eue dans cette maison.— Pourquoi ? balbutie Elena entre deux sanglots. Pourquoi Maria ? Elle n'a rien fait. Elle ne savait rien. Elle n'a rien dit à personne.— Qu'est-ce qui s'est passé ?— Je ne sais pas. Je descendais pour le petit-déjeuner, et je les ai vus entrer. Ils ont appelé Maria. Ils lui ont dit que Vincenzo voulait la voir. Elle est venue, elle n'avait pas peur, elle n'avait rien à se reprocher. Et puis le comptable a sorti son arme, et il a tiré. Sans un mot. Sans une explication. Comme on écrase un insecte.— Pourquoi ? je répète, sans attendre de réponse.— Parce qu'elle savait quelque chose. Ou parce qu'ils croyaient qu'elle savait. Ou parce
AdamL'aube est sale, griffée de nuages bas qui rasent les cyprès. Le vent s'est levé cette nuit, un vent mauvais qui sent la poudre et la trahison. Je l'ai su au moment où j'ai ouvert les yeux, allongé seul dans le garage, les draps encore imprégnés de l'odeur d'Elena. Quelque chose allait arriver. Quelque chose que je ne pourrais pas contrôler.C'est Marco qui m'a prévenu, vers sept heures, en passant devant le garage, une cigarette éteinte au coin des lèvres.— Le patron rentre ce soir. Plus tôt que prévu. Il y a un problème sur le port. Une cargaison bloquée par les douanes. Il est furieux.Mon sang n'a fait qu'un tour. Vincenzo rentre ce soir. Avec Flavio. Et s'il est furieux, il va passer sa colère sur quelqu'un. Sur un domestique, un garde, un jardinier. Sur sa femme.Je me suis habillé en hâte, la tête pleine de calculs. La cargaison bloquée , c'était mon travail. Pas directement, mais indirectement. Depuis des semaines, je transmets des informations à ma hiérarchie. Les route
ElenaLa villa est vide.Pour la première fois depuis des mois, Vincenzo est parti pour une longue mission à l'étranger. Trois semaines en Amérique du Sud, m'a-t-il annoncé d'un ton sec, sans un regard pour moi. Trois semaines sans lui, sans ses cris, sans ses mains, sans sa présence glacée qui empoisonne chaque recoin de cette maison. Trois semaines de liberté.Et Flavio est avec lui.Quand Maria m'a annoncé la nouvelle, ce matin, j'ai failli pleurer de soulagement. Trois semaines sans le bras droit du Parrain, sans ses yeux de fouine, sans sa surveillance constante. Trois semaines où nous pourrons respirer, Adam et moi, sans craindre à chaque instant d'être découverts.Alors ce soir, j'ai fait quelque chose de fou.J'ai demandé à Adam de me rejoindre dans ma chambre.Pas dans la serre moite, pas dans la cabane &agrav
AdamC'est un matin pluvieux, rare sur cette côte bénie des dieux. La pluie tombe en rideaux serrés, tambourine sur le toit de la serre, dégouline le long des vitres sales. Le jardin est noyé de gris, les cyprès ploient sous l'averse, et la mer en contrebas est une masse furieuse, écumante, qui crache ses embruns jusqu'aux falaises.Nous sommes dans la serre, Elena et moi. C'est la première fois que nous nous y retrouvons depuis l'épisode du bureau. Flavio a relâché sa surveillance — un voyage imprévu à Naples l'a éloigné de la villa pour quelques jours, et nous avons enfin un répit. Alors nous avons repris nos rendez-vous du matin, plus prudents que jamais, mais toujours aussi avides l'un de l'autre.Aujourd'hui, pourtant, il ne fait pas assez chaud pour faire l'amour. Nous sommes assis côte à côte sur la vieille c
CamilleJe marche dans la boue sans la voir.Mes pieds connaissent le chemin , la grand-rue du village, la place avec son puits, le sentier qui grimpe vers les chaumières des pauvres. Je pourrais le faire les yeux fermés. Et c'est un peu ce qui arrive : mes yeux regardent sans voir, mes oreilles en
CamilleJe descends les escaliers comme une somnambule.Mes jambes tremblent à chaque marche. L'odeur de lui est partout sur moi , sur ma peau, dans mes cheveux, sur ma robe trempée que j'ai remise tant bien que mal. Je sens son sexe au bout de mes doigts, la texture, la chaleur. Je sens ma propre
CamilleSes épaules sont dures comme du bois.Mes doigts glissent sur sa peau, suivant la courbe des muscles, s'attardant malgré moi sur chaque relief, chaque cicatrice. Il en a plusieurs — une longue sur l'omoplate droite, une plus courte près de la nuque, des petites sur les bras comme des morsur
CamilleLa nuit tombe vite en automne.À huit heures, le château n'est plus qu'un labyrinthe d'ombres où les torches dessinent des couloirs de lumière tremblante. Je monte l'escalier en colimaçon, mes cruches à la main, la lanterne accrochée à mon poignet. Chaque pas résonne sur la pierre.Je compt







