เข้าสู่ระบบLe jour des galetsLe vingt et un juin, jour du solstice d'été, le Jardin des enfants organisa pour la première fois une fête dont personne ne se rappelait avoir eu l'idée. Elle s'appelait « le jour des galets ». Elle avait surgi d'elle-même, d'une conversation entre Gabriel et Léna, reprise par Capucine, adoptée par tous.— C'est quoi, le principe ? demanda Lucas, qui était venu du lycée.— Chacun apporte un galet, dit Capucine. Le sien, ou un nouveau.— Et ?— Chacun le donne à quelqu'un.— Quelqu'un qu'il connaît ?— Ou pas. Peu importe.— Et ce quelqu'un le garde ?— Il le garde, ou le donne à son tour.— Ça n'a pas de fin.— Non. C'est ce qui est bien.Dès le matin, une foule se pressait dans le jardin. Des centaines de galets, de toutes tailles, de toutes couleurs, étaient disposés dans de grands paniers d'osier au pied du tilleul. Les gens se promenaient, en choisissaient un, l'offraient, en recevaient un autre. Des enfants couraient d'un groupe à l'autre, la main pleine de cai
La photographieUn dimanche de mai, Julien appela Capucine dans son bureau. Il avait sorti d'un vieux coffre en bois une petite boîte à biscuits rouillée, qu'il posa sur la table avec précaution.— Assieds-toi, dit-il. J'ai quelque chose à te montrer.— Quoi ?— Un souvenir.— De papy ?— De lui jeune.Capucine, intriguée, prit place. Julien souleva le couvercle. Dans la boîte, quelques photographies, jaunies, craquelées, s'entassaient pêle-mêle. Il en choisit une, la tendit.— Regarde.Elle la prit. Sur le papier brunâtre, un jeune homme d'une vingtaine d'années, en chemise blanche aux manches retroussées, tenait une bêche, adossé à un mur de pierre. Il souriait à l'objectif d'un air un peu moqueur, une mèche de cheveux lui tombant sur le front.— C'est lui ? demanda-t-elle.— C'est lui.— Il est beau.— Il l'était.— Il a l'air de…— De quoi ?— De Gabriel. Dans l'expression.— Tout le monde le dit, dit Julien.— Où c'était ?— Je ne sais pas. Peut-être le premier jardin qu'il a tra
Le bac de LénaAu début de mai, par un après-midi de grand soleil, Léna revint au Jardin des enfants. Elle descendit de la voiture de sa mère, un chapeau de paille sur la tête, des baskets neuves aux pieds, et marcha jusqu'à la grille avec une lenteur solennelle.— Tu es prête ? demanda sa mère.— Oui.— Tu es sûre ? Tu peux encore attendre.— Non, dit Léna. J'ai attendu assez longtemps.La grille de capucines grinça légèrement. Elle poussa, entra, s'immobilisa. Devant elle, le jardin s'étendait, vert, fleuri, bruissant d'abeilles. Au fond, le grand tilleul étalait déjà ses premières feuilles. À ses pieds, sur le Banc de la Branche, Capucine, la casquette de marin sur la tête, lui faisait un grand signe.— Léna !— Capucine !Elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, au milieu de l'allée. Gabriel, qui arrivait en courant, se joignit à elles. Ils formèrent un petit tas, riant, étourdis.— Tu es là, dit Capucine.— Je suis là.— Tu as bonne mine.— Je me sens bien.— Tu as grand
Un an de RoseLe douze avril, jour de son premier anniversaire, Rose fit son entrée dans le monde des fêtes avec un calme olympien. Assise sur le grand tapis du salon de Lucie et Théo, vêtue d'une petite robe jaune cousue par Fatima, elle observait la foule des invités avec une attention de sphinx.— Elle ne dit rien, remarqua Julien.— Elle écoute, dit Lucie.— Elle a l'air d'un petit juge.— Elle tient de son père.— Je ne suis pas un juge, dit Théo.— Tu en as l'air, quand tu es concentré.— C'est faux.— C'est vrai, dit Idris. Tu fronces les sourcils comme un procureur.— C'est mon visage normal.— Alors c'est un visage de procureur.Un petit cri interrompit la conversation. Rose, appuyée sur ses mains, venait de se mettre à genoux. Elle oscilla, chercha son équilibre, puis, avec une détermination lente, se hissa sur ses jambes.— Regardez ! cria Gabriel.— Elle se lève !— Elle va marcher !— Non, dit Lucie, ravie. Elle ne marche pas encore. Mais elle essaie.Rose resta debout un
Le banc du lycéeDébut mars, au lycée horticole, derrière le hangar du fond, un petit coin de terre jusqu'alors abandonné prit un aspect tout nouveau. Une trentaine d'élèves, sous la direction de Capucine et de Lucas, avaient désherbé, retourné, amendé le sol. Au centre, un banc de chêne clair, taillé à l'atelier « La Branche », attendait son premier occupant.— Il est splendide, dit monsieur Lemaire, le professeur de botanique, en s'approchant.— C'est le banc de Noah, dit Capucine.— Je vois la phrase.— « Une saison de plus. »— C'est vous qui l'avez trouvée ?— C'est lui.— Évidemment, dit monsieur Lemaire. J'aurais dû m'en douter.Il s'assit, doucement, essaya le dossier, croisa les mains sur ses genoux. La cheville lâche craqua légèrement.— Il grince, remarqua-t-il.— C'est exprès.— Pourquoi ?— Pour qu'on sache qu'il est vivant.— Je vois.— C'est une tradition, dit Lucas. Capucine me l'a expliqué.— Je suppose qu'on peut tout expliquer avec elle.— Presque.Autour du banc, l
Le premier mot de NoéPendant que Camille et Malik découvraient la mer, le jardin s'organisait tant bien que mal. Le deuxième jour, après le déjeuner, Capucine installa Noé sur sa chaise haute, dans la cuisine de la grande maison. Le petit garçon, dix-huit mois et demi, rouge de joie, frappait la tablette de ses poings.— Il est de bonne humeur, dit Nour, en lui présentant une cuillerée de purée.— Il l'est toujours quand maman et papa sont absents, dit Capucine.— Maman et papa, ce sont mes mots.— Je ne parlais pas de toi.— De qui alors ?— De Camille et Malik. Il les appelle « tati » et « tonton ».— Il ne les appelle pas encore.— Il va le faire, dit Capucine.— Tu es optimiste.— Je suis observatrice.Noé avala la purée, fit une grimace, tendit les bras vers Capucine. Elle se pencha, le regarda dans les yeux.— Quoi ? dit-elle.— Pa, dit Noé.— Pa ?— Pa !— Papa ? demanda Nour, le cœur battant.— Non, dit Capucine. Il regarde ailleurs.En effet, le petit garçon fixait un point







