ANMELDENLes fleurs du mardi étaient encore plus belles que celles du lundi.
Alice les ignora officiellement.
Elle signa le bon de livraison sans regarder le bouquet, le posa sur le bord de son bureau, continua sa matinée comme si rien ne s’était passé. Corine ne dit rien.
Elle sourit toute la journée.
À onze heures Alice trouva un vase dans le placard du cou
Christian s’arrêta à trois mètres.Tristan aussi.Ils se regardèrent — ce père et ce fils qui se voyaient pour la première fois vraiment, sans couloir d’hôpital entre eux, sans rue qui passait, sans Alice qui repartait précipitamment. Juste ce parc, ce matin de samedi, ces fleurs rouges qui tombaient des flamboyants sur les dalles.Christian ne dit rien tout de suite.Il regardait ce gamin debout devant lui avec son sac à dos et ce port de tête — cette façon de se tenir droit sans raideur qui n’appartenait pas à Alice.Tristan le regardait aussi.Ce visage qu’il avait vu trois fois en passant et qu’il voyait maintenant vraiment — cette carrure, cette façon d’occuper l’espace, ces yeux sombres qui &eac
Bruno rappela le mercredi soir.Alice décrocha depuis sa cuisine.— J’ai réfléchi, dit-il sans préambule.— Je t’écoute.— De Souza veut voir Tristan. Tristan veut le voir. — Un silence. — C’est son père biologique. Je ne peux pas mettre mon ego là-dedans.— Bruno—— Je ne dis pas que c’est facile. Je dis que c’est juste. — Sa voix était posée, nette. — Samedi ça m’arrange pas. J’ai des affaires hors de la ville. Je serai pas là.— Ce n’est pas nécessaire que tu sois là.— Je sais. — Un temps. — Alice.— Oui.— Assure-toi que Tristan
Les fleurs du mardi étaient encore plus belles que celles du lundi.Alice les ignora officiellement.Elle signa le bon de livraison sans regarder le bouquet, le posa sur le bord de son bureau, continua sa matinée comme si rien ne s’était passé. Corine ne dit rien.Elle sourit toute la journée.À onze heures Alice trouva un vase dans le placard du couloir. Y installa les fleurs avec ce soin particulier, les plaça bien en lumière, replongea dans son dossier.Corine sourit encore plus.À midi le message arriva.J’espère que les fleurs du mardi sont aussi bien que celles du lundi. Sinon je change de fleuriste.Alice tapa sans réfléchir.Le fleuriste peut garder son emploi.
Christian était à sa table de travail à sept heures trente.La suite du Savane avait pris cette configuration depuis son arrivée — les deux écrans livrés la première semaine, ses dossiers alignés sur la table en bois sombre, ce café que le room service apportait à sept heures pile sans qu’il ait besoin de le demander.Marc appela à huit heures.— Christian. Les nouvelles sont bonnes sur Alpha.— Je t’écoute.— La zone franche a validé le dossier de principe hier soir. La fenêtre d’implantation se referme fin janvier. Si on veut les cent cinquante emplois sur ce calendrier il faut accélérer. Signature du mémorandum définitif, validation du plan d’implantation, présence physique pour la r&eac
Le réveil sonna à six heures quarante-cinq.Alice l’éteignit sans ouvrir les yeux. Resta allongée trente secondes — ce luxe bref du matin avant que le reste commence. Puis elle se leva.Salle de bain. Elle alluma la lumière, prit sa brosse à dents, commença machinalement.Et croisa son propre regard dans le miroir.Elle s’arrêta.S’observa une seconde — ce visage du matin, sans maquillage, les cheveux en désordre. Elle s’ébouriffa encore un peu du bout des doigts, cette façon qu’elle avait depuis toujours quand elle se regardait sans chercher à se composer.Elle se trouva bien.Pas au sens où on se trouvait belle avant le café — au sens où quelque chose dans ce visage avait ch
Alice récupéra Tristan à dix-sept heures trente.Il sortit dans les derniers — toujours dans les derniers, ce pas tranquille qui était le sien, son sac à dos correctement fermé sur les deux épaules.Il la vit. Leva la main. Monta dans la voiture.— La journée ? dit Alice.— Contrôle de maths.— Et ?— Raisonnablement confiant.— Tu es sûr ou tu espères ?— Les deux.Alice démarra. Le trafic du soir d’Aureval — ces rues qui se vidaient progressivement, cette lumière rasante qui donnait à la ville cette couleur chaude et dorée.Tristan regarda par la fenêtre un moment.— Y’
La voiture derrière elle accéléra brusquement, comme si une décision venait d’être prise. En quelques secondes à peine, elle combla la distance, se déporta sur la voie opposée et la dépassa sans hésitation. Alice n’eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait que le véhicule se rabattait d
Le mot résonnait encore dans sa tête tandis qu'elle descendait les escaliers sans vraiment les sentir. Une heure. La voix de Christian semblait la suivre, collée à sa peau comme une empreinte qu'on ne peut pas effacer en se frottant, et l'air froid de la rue, quand elle poussa la porte de l'immeubl
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Alice n'aurait jamais dû être là.Elle le savait dès l'instant où la porte s'était refermée derrière elle, avec ce petit clic sec qui résonnait encore dans sa tête comme un verdict. Trop tard pour reculer. Trop tard pour prétendre qu'elle s'était trompée d'adresse.L'appartement était silencieux. Tr







