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Chapitre 10 : La Boucle

Autor: Déesse
last update Última atualização: 2025-12-02 01:24:37

Ivy

La porte se verrouille derrière le cinquième. Le silence qui retombe n’est plus un silence, c’est le bruit blanc de l’épuisement total. Je reste allongée, les yeux ouverts sur la tache au plafond. Ma pensée, lente et gluante comme du goudron froid, s’accroche à un détail étrange, macabre.

Ils se sont tous protégés.

C’est mécanique, pour eux. Une précaution hygiénique, comme se laver les mains. Le petit sachet froissé jeté dans la poubelle rouillée est la seule trace de leur passage, avec l’argent. C’est une formalité. Pour eux. Pour moi, dans la lente descente aux enfers de mon esprit, cela devient une grâce perverse, une ironie trop cruelle.

Heureusement. Le mot germe, hideux. Heureusement qu’ils prennent cette précaution. Sinon, avec tout cela… je pourrais attraper des choses. Des maladies. Salir mon corps encore plus. L’idée me fait presque rire, un rictus qui déchire mes lèvres gercées. Comme si quelque chose pouvait encore être « sali » ici. Comme si ce corps n’était pas déjà
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  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 45 : LE PREMIER PAS

    VANCEElle serre des mains, incline la tête. Ses réponses sont courtes, polies, évasives. Elle écoute plus qu’elle ne parle. Elle observe. Pas la pièce, mais les dynamiques. Les silences entre les mots. Les regards échangés. Elle lit la salle comme une partition.Et moi, je l’observe, elle. Je vois la façon dont la lumière des lustres accroche le diamant taille baguette à son lobe, un éclair froid et net. Je vois le mouvement de sa gorge quand elle avale une gorgée d’eau. Je vois, lorsque nous tournons le dos au groupe un instant, la façon dont les lacets de sa robe épousent les vertèbres de sa colonne. Un nœud serré. Une invitation à défaire.L’attraction grandit, mêlée à une suspicion aiguë. Elle est trop parfaite. Cette retenue, cette mélancolie distante… c’est un costume aussi précis que le smoking que je porte. Mais quel est le corps en dessous ? Quel est le but ?Je me penche légèrement vers elle, baissant la voix pour que seul notre cercle immédiat entende.— Ils parlent tous,

  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 44 : L’INVITATION À LA DANSE 2

    IVYJe soutiens son regard, une fraction de seconde de trop. Juste assez pour qu’il sache que je l’ai vu. Puis je détourne lentement les yeux, reviens à mon tableau imaginaire. Je porte mon verre à mes lèvres. Main stable.Quelques minutes passent. Je discute avec le barman de la qualité de l’eau, manière anodine. Je sens une présence s’approcher , léger déplacement d’air, ombre à côté de moi.– Le Perrier, un choix sage. Mais un peu sévère pour une première visite, non ?La voix. Plus grave que je ne l’imaginais. Veloutée. Pointe d’amusement qui ne touche pas les yeux.Je me tourne vers lui, lentement. Laisse un léger sourire éclairer mes traits , ni chaleureux ni froid. Intrigué.– Je ne crois pas que nous nous soyons présentés, dis-je. Mon français, celui d’Amélia, est parfait, juste teinté de musicalité étrangère.Ses sourcils, gris plus foncé que ses cheveux, se soulèvent imperceptiblement.– Un manquement de ma part. Alexander Vance. Et vous, si je ne m’abuse, devez être la nouv

  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 43 : L’INVITATION À LA DANSE

    IVYLa robe est étalée sur le lit, une coulée d’encre sous la lumière tamisée. Une seule pièce, parmi toutes, a retenu mon attention. Elle vient d’une maison plus ancienne, identifiée par Roy. Pour les occasions où il faut être vue sans avoir l’air de le vouloir. Le tissu est un crêpe de soie noir, d’une densité presque liquide. Bretelles fines. Dos nu jusqu’à la chute des reins, retenu par un simple lacet. La coupe épouse les courbes suggérées, sans les souligner avec vulgarité. C’est une arme d’ombres.Je suis debout devant le miroir. La vapeur se dissipe. Le visage d’Amélia me fixe , traits réguliers, nez droit, lèvres aux commissures légèrement tombantes. Une mélancolie distante. Seuls les yeux résistent parfois, une lueur trop vive que je dois noyer.Le rituel commence. Parfum d’abord. Fracas. Tuberose et jasmin. Un sillage complexe, voluptueux avec une pointe d’amertume verte. L’odeur d’une fleur coupée. Roy disait que Vance appréciait les parfums rappelant les jardins de nuit.

  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 42 : LES FONDATIONS DU MASQUE

    IVYLa voiture glisse dans l’allée privée, ses pneus chuchotant sur le gravier immaculé. Le portail en fer forgé s’est refermé derrière nous avec un claquement sec de finalité. Devant moi, la demeure se dresse. Ce n’est pas une maison, c’est une affirmation. De la pierre blonde, des lignes néo-classiques, des fenêtres hautes et symétriques comme des regards froids. Un hôtel particulier dans le 16e arrondissement. L’adresse d’Amélia de Vigny. Mon adresse, maintenant.Le moteur s’éteint. Le silence qui suit est d’une qualité différente de celui de la maison de Roy. Ici, c’est un silence feutré, riche, chargé d’argent et d’attente. Le chauffeur ouvre ma portière. L’air parisien, frais et légèrement urbain, me frappe le visage. Je sors. Mes talons hauts, achetés sur les conseils de Roy pour « affiner la démarche », crissent sur le gravier.La porte d’entrée, massive en chêne, s’ouvre avant que je n’aie atteint le perron. Une femme d’un certain âge, vêtue d’une robe tailleur grise strictem

  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 41 : LA CARTE ET LE TERRITOIRE

    IvyLe moteur de la berline grise vrombit,un bourdonnement régulier qui se substitue au silence de la maison. Par la vitre teintée, les paysages défilent, des champs mornes, des bosquets, des panneaux indicateurs qui pointent vers un monde que je n’ai pas connu depuis une éternité. Je ne les vois pas vraiment. Je vois le visage de Roy.Son visage déformé par l’agonie. Ses yeux, ces yeux de clinicien qui avaient appris à cacher tant de choses, soudain inondés d’une vérité si crue qu’elle m’a brûlée. Ses larmes. Ses mots.Je t’aime.Les syllabes tournent dans ma tête, des papillons de nuit affolés contre la vitre froide de mon crâne. Elles n’ont pas leur place ici. Elles sont incongrues, dangereuses, douces comme un poison. Elles remuent quelque chose que je croyais sédimenté, fossilisé sous des couches de haine et de cicatrices : un écho de ce que j’étais avant. Une fille qui croyait encore que l’amour pouvait sauver.Stupide. Naïve. Morte.Mes doigts, gantés de cuir souple, se posent

  • L'ÉCLAT DE L'ABÎME    CHAPITRE 40 : L'ADIEU 2

    Roy — C’est trop tard, Ivy ou Amelia. Peu importe ton nom. Je t’aime. Je suis tombé amoureux de la femme qui se battait pour survivre. De la force qui refusait de s’éteindre. Et même… même de la froide détermination qui a pris sa place. Je t’aime. La vraie toi, celle qui est piégée à l’intérieur de cette… de cette perfection.Une larme, une seule, brillante et traîtresse, glisse sur sa joue parfaite, traçant un sillon dans la poudre subtile. Elle la laisse couler, sans la essuyer, comme si elle ne la sentait pas. Comme si son nouveau corps avait oublié comment réagir aux larmes.—Il n’y a pas de « vraie moi », Roy, dit-elle, la voix brisée. La vraie moi est morte dans son sous-sol. Une autre est morte sur ta table d’opération. Ce qui reste… ce qui reste n’a pas de place pour l’amour. L’amour est une distraction. Une faiblesse. Il aurait pu me sauver, autrefois. Maintenant, il ne peut que me perdre.— Alors perds-toi avec moi, supplié-je, les larmes montant enfin dans mes yeux, chaude

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