登入KaelenIl y a des hommes qui tombent parce qu'on les pousse.Et il y a ceux qui s'effondrent parce que le sol qu'ils ont construit sous leurs propres pieds finit par céder.Auguste appartenait à la seconde catégorie.Je l'avais compris bien avant de le traquer, bien avant de briser les portes de ses refuges, bien avant de le poursuivre à travers trois comtés comme on poursuit un animal blessé. Il n'était pas vaincu par ma colère, ni par mes hommes, ni par les preuves que j'avais accumulées contre lui. Il était vaincu par lui-même. Par ses propres mensonges, ses propres trahisons, ses propres lâchetés.Il ne restait plus qu'à l'achever.Le dernier refuge d'Auguste se trouvait au nord, dans une propriété que la famille possédait depuis des générations mais que personne n'utilisait plus. Une maison de chasse, isolée, entourée de bois et de brumes, à deux heures de route du domaine. Un endroit où il avait cru pouvoir se cacher, attendre que l'orage passe, préparer sa contre-attaque.Il se
VILANOVA Le grand salon du domaine n'avait jamais été aussi plein.Des visages que je connaissais à peine, des noms que j'avais entendus murmurés dans les couloirs, des représentants de familles alliées, de branches éloignées, de maisons que je n'avais jamais vues. Tous étaient venus. Tous avaient répondu à l'appel d'Isadora. Tous savaient que ce qui allait se dire ici marquerait un tournant.Je me tenais debout près de la cheminée, les mains posées sur le rebord de marbre, le regard fixé sur l'assemblée. Kaelen était à quelques pas derrière moi, silencieux, solide comme une ombre bienveillante. Isadora était assise au premier rang, son visage fermé, ses doigts croisés sur ses genoux. Selene se tenait près de la porte, les bras croisés, le regard attentif.Je portais une robe sombre, simple, sans bijoux. Je ne voulais pas impressionner. Je voulais être écoutée.Le silence se fit peu à peu, les murmures s'éteignant comme des bougies que l'on souffle une à une.Je pris une inspiration.
VILANOVA La route du retour fut un tunnel de silence et d'ombre.J'étais assise à l'arrière de la voiture, blottie contre Kaelen, ses bras autour de moi comme une armure. Mes poignets étaient rouges, irrités par les cordes qui m'avaient retenue si longtemps. Mes jambes tremblaient encore, mais je ne sentais pas la fatigue. Je sentais autre chose. Une colère froide qui s'installait dans mes os, plus durable que l'adrénaline.— Ils n'ont pas réussi à me briser, dis-je, ma voix plus basse que je ne l'aurais voulu.— Je sais, répondit Kaelen.— Mais ils ont essayé.— Et ils ont échoué.Je relevai la tête pour le regarder. Son visage était marqué par la fatigue, par les heures de traque, par la peur qu'il ne m'avait pas montrée. Mais dans ses yeux, il y avait autre chose. Une lueur que je ne lui avais jamais vue. Une rage à peine contenue.— Qu'est-ce que tu vas faire ? demandai-je.Il ne répondit pas tout
KAELEN La nuit était noire comme une tombe. Les phares des véhicules trouaient l'obscurité, découpant la route sinueuse qui menait à la propriété. Derrière moi, une colonne d'hommes armés, silencieux, prêts à suivre mes ordres. Selene était assise à ma droite, son visage pâle éclairé par les reflets du tableau de bord. Elle ne disait rien, mais je sentais sa tension, sa peur, sa détermination.Les informations qu'elle m'avait données étaient précises. Un refuge isolé, à la lisière des bois, une propriété qu'Auguste utilisait pour ses affaires les plus secrètes. Un lieu que personne ne connaissait, que personne ne soupçonnait. Un lieu parfait pour cacher une prisonnière.Je n'avais pas attendu. J'avais rassemblé mes hommes, préparé les armes, planifié l'assaut. Pas de négociations, pas de sommations, pas de délais. J'allais entrer, et je ne laisserais personne sur mon chemin.La voiture s'arrêta à quelques centaines de mètres de la propriété. Je c
SELENE Les couloirs du domaine étaient déserts quand je sortis de ma chambre. La nuit était tombée depuis longtemps, mais je n'avais pas dormi. Je n'avais pas pu. Les nouvelles étaient arrivées quelques heures plus tôt, comme un coup de poing dans l'estomac : Vilanova avait disparu. Enlevée. Emmenée par des hommes qui n'avaient pas laissé de traces, pas de message, pas de revendication. Juste un vide, une absence, un silence qui hurlait plus fort que tous les cris.Je n'avais pas pleuré. Pas tout de suite. Je m'étais assise sur le bord de mon lit, les mains serrées sur mes genoux, le regard fixé sur le mur. Les heures avaient passé, lentes, interminables, et je les avais comptées une par une, comme on compte les battements de son propre cœur.Je pensais à elle. À Vilanova. À cette sœur que j'avais passée des années à haïr, à jalouser, à mépriser. Cette sœur qui avait tout reçu sans jamais le demander. Cette sœur qui avait été choisie, protégée, aimée, alo
VILANOVA L'obscurité avait une texture, ici. Elle n'était pas simplement l'absence de lumière. Elle était une présence, dense et humide, qui vous enveloppait comme un linge froid. Elle avait une odeur — de poussière, de moisissure, de bois pourri, et de quelque chose d'autre, plus ancien, plus trouble. Une odeur de secrets que les murs avaient absorbés au fil des années.Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais là. Les minutes, les heures — elles s'étaient dissoutes dans cette noirceur qui semblait vouloir m'engloutir. Mes poignets étaient liés derrière mon dos, la corde rude contre ma peau, irritant mes poignets à chaque mouvement. Ma bouche était libre, mais je n'avais pas parlé depuis qu'ils m'avaient enfermée. À quoi bon ? Les murs n'avaient pas d'oreilles, et ceux qui m'avaient amenée ici ne méritaient pas ma voix.La porte s'ouvrit. Une lumière crue, venue du couloir, me frappa en plein visage. Je clignai des yeux, aveuglée un instant, senta
VILANOVALa pluie tombait depuis le matin.Elle ne frappait pas les vitres avec violence ; elle glissait dessus avec une obstination froide, comme si le ciel s’était installé pour durer, pour peser sur la maison entière et lui rappeler qu’il existe des jours où la lumière renonce sans faire de bru
VILANOVAJe n’ai presque pas dormi.Le peu de sommeil qui avait fini par m’emporter n’avait rien d’un repos. Ce n’était qu’un affaissement du corps, une trêve mauvaise, traversée de visages flous, de couloirs sans fin et de cette voix grave que je n’avais entendue qu’une seule fois, la veille, dans
KAELENDes yeux qui ne supplieraient pas aisément.Je n’aimais pas cela.— Tu regardes cette photographie comme un homme qui voudrait y trouver une faute, dit Lysandre.— Il y en a toujours une.— Pas forcément chez elle.Je ne répondis pas.Il s’approcha enfin du bureau, jeta un regard au po
VILANOVA Son regard glissa sur moi une seconde, puis s’écarta. C’était désormais sa manière de supporter ce qu’il avait fait : ne pas me regarder assez longtemps pour y voir ma condamnation. À l’intérieur, tout respirait le luxe discret, la perfection étudiée, l’humiliation rendue belle. Les tis







