ログインLe matin s’éveilla sans couleur.La brume s’étendait lentement le long de l’eau, gommant peu à peu la forme des arbres comme celle du ciel.Les pas de Camille résonnaient sur le trottoir. Droit devant, son regard ne déviait pas. Dans la poche du manteau, elle gardait la cassette bien à l’abri.Un souffle ramenait l'air du lac, avec son goût de boue, parfois des herbes mouillées, un peu de métal dans le nez.Le silence pesait, anormal. Comme si tout autour hésitait à bouger. L'air ne tremblait même plus. On aurait dit que la terre entière attendait un signe.En marchant, elle vit apparaître deux gendarmes devant elle.La brume avalait peu à peu le son de leurs paroles graves pendant que les faisceaux lumineux dessinaient des cercles tremblants en surface.Elle passa inaperçue. Personne n’y prêta vraiment garde. Son ombre glissa sans bruit parmi les autres. Un silence léger l’entourait. Les regards la traversèrent comme si elle n’était pas là.Peut-être voyaient-ils en elle juste quelqu
La lumière avait quitté le ciel peu à peu.Un brouillard fin glissait à la surface de l’eau, s’enroulant peu àpuis les troncs. Puis venait se poser en silence entre les branches basses.Le pas de Camille foulait le chemin, la clé pesant dans sa poche, tachée du sang frais de Louise.Plus aucune larme ne coulait sur son visage.Plus aucune larme ne venait.Juste ce poids, là, au creux du torse, mêle peur profonde et conviction absolue.Un voile de brume enveloppait les murs quand le crépuscule arriva.Calme. Fermée.Mais changée, on aurait dit qu’elle inspirait maintenant.Le vent poussait doucement les volets, ils frappaient contre le mur par à-coups.La main de Camille effleura le bois. Elle avança d’un mouvement lent.Un bruit sec fit écho dans la pièce vide.En entrant, on voyait que rien n’avait bougé.Tout au fond, le salon gardait son air figé. Un vieux piano dormait sous une peau de poussière grise. Sur la commode en bois sombre reposait un cadre ancien - celle qui souriait ded
Un matin terne venait de commencer.Une brume lourde tombait sur l’eau, emportant tout le hameau avec elle.Sur le carreau, Camille restait là, mouillée. Elle serrait dans ses doigts l’étoffe que Louise avait portée.Le froid mordait ses mains. Les phalanges hésitaient, lentes.Peut-être que tout cela n’était rien d’autre qu’un rêve éveillé. La forme près de l’embarcadère semblait flotter entre ombre et mémoire. Un instant plus tôt, elle se tenait là, figée. Puis un bruit sourd a déchiré le silence. L’eau s’est refermée comme si rien n’avait eu lieuCe qui émergeait peu à peu, c’était une vérité presque palpable, tapie dans l’air épais.Elle tressaillit à cause d’un grondement lointain. Un son mécanique venait de troubler le calme. La machine hurlait dans l’air froid. L’écho roula entre les arbres nus. Puis tout redevint immobile.Elle s'est mise debout en un instant.Par là-bas, une voiture venait, ses feux éclairant la route.La gendarmerie.Sans hésiter, elle empoigna un vieux sac.
La lumière manquait à l’appel dès le début de la journée.Le lac disparaissait sous une couche de brume lourde. Les formes tout autour semblaient fondre peu à peu.Camille n’avait pas fermé l’œil de la nuit.La cassette revenait sans cesse dans sa tête. Un hurlement avait déchiré l’instant d’avant. Ensuite venait la chute brusque. Puis cette forme sombre qui disparaissait.Cette femme l’avait déjà croisé bien avant ce jour-là.C'était clair dans son esprit.Mais d’où ?Un timbre strident a déchiré le silence.Elle sursauta.Madame Delaunay ? C’est le capitaine Morel qui appelle. À propos de Louise Bernard, on a du nouveau maintenant.Est-ce qu'elle respire encore ?Oui. En fait... quelqu’un pense l’avoir aperçue. Une femme dit être passée près d’elle sur le chemin de Talloires, dans la nuit. Sauf qu’elle avait l’air perdue.- Désorientée ?Oui. Elle avait une marque sur le visage, celle-là même qu’on ne remarque pas tout de suite.Un silence.Un frisson s’empara de Camille, courant ve
La pluie s'est arrêtée dans la nuit. La lumière du matin filtrait, pâle, entre les branches.Dans le salon, la gendarmerie avait tout retourné.Des tiroirs ouverts, des papiers éparpillés, des empreintes de bottes dans la poussière.Les yeux de Camille suivaient les gestes des hommes en tenue, figés. Elle restait là, détachée du mouvement autour. Tout semblait lointain, presque irréel pour elle.Près de la fenêtre, le capitaine Morel ne bougeait pas. Son regard plongeait dans l’eau du lac sans ciller.- Est-ce que Louise Bernard aurait quitté les lieux hier au soir ? - Oui. Euh… je n’ai aucune idée de l’endroit où elle se trouve.- Est-ce que vous avez essayé de l'accompagner ?- Si. J’ai trouvé son carnet, dans une cabane de pêcheur. Puis… plus rien.Morel se retourna lentement. - Et ce carnet, il est où maintenant ? Camille baissa les yeux.- Disparu. Quand je me suis réveillée, il n’y était plus.Pas de bruit, pas de trace. Le lit vide à côté de moi. J’ai appelé son nom deux foi
La journée avait commencé sous un ciel pâle et frais.Dans la cuisine, le café tiédissait doucement dans sa tasse, mis de côté.Camille regardait le meuble nu, les mains crispées sur le canard en plastique.La discussion d’hier repassait sans arrêt dans son esprit : “Ce n’était pas ta faute.”Ces paroles, elle n'arrivait pas à les supporter.Pas sans comprendre.Louise arriva, bien habillée, comme si de rien n'était.- Tu es resté éveillé toute la nuit ?- Non.- Tu n’as qu'à sortir un peu. L'air du lac, ça t'aiderait.Camille leva les yeux vers elle.- Pourquoi tu m’as menti ?Louise soupira.- Ce n’était pas un mensonge. C’était une protection.- Une protection contre quoi ?- Contre toi-même.- Non, Louise. Contre la vérité.Elles se regardèrent longuement, l’une debout, l’autre assise.Un silence dense, coupant.Louise finit par détourner le regard.- Tu