로그인DamianaLa maison de Kerlaz n'a pas changé. Elle est toujours la même, nichée sur la falaise, face à l'océan gris et tumultueux de la Bretagne, avec ses murs de pierre couverts de lierre, son toit d'ardoise moussu, ses volets bleus délavés par le vent et les embruns. Le jardin est un peu plus sauvage que dans mon souvenir, les rosiers ont proliféré, les herbes folles ont envahi les allées, mais la magie du lieu est intacte. Dès que je pose le pied sur le gravier du chemin, je sens une paix profonde m'envahir, une paix que je n'avais pas ressentie depuis des semaines, depuis le début de ce cauchemar.Marcus porte nos valises, Léna tient un panier rempli de provisions achetées au village voisin. Nous entrons dans la maison, et l'odeur familière de cire d'abeille, de feu de cheminée, de pain frais me monte à la tête comme un parfum de résurrection. Ma grand-mère n'est plus là depuis longtemps, mais son esprit habite encore ces pièces, ces meubles, ces objets
DamianaLa porte de ma cellule s'ouvre brusquement, me tirant de ma torpeur. Cela fait deux jours que je suis enfermée ici, deux jours à fixer les murs nus, à tourner en rond comme un animal en cage, à ressasser les mêmes pensées sombres, les mêmes souvenirs douloureux, les mêmes cauchemars éveillés. Deux jours à me demander si je vais passer le reste de ma vie en prison, si je vais perdre tout ce que j'ai construit, si je vais devoir revenir avec Étienne pour sauver ceux que j'aime.Le policier qui se tient dans l'encadrement de la porte a un visage fermé, indéchiffrable, mais sa voix est presque douce quand il dit :— Madame Moreau, vous êtes libre.Je le regarde sans comprendre, comme s'il parlait une langue étrangère, comme si les mots qu'il prononçait n'avaient aucun sens.— Libre ? répété-je d'une voix rauque, étranglée par deux jours de silence et d'angoisse.— Libre. Les charges retenues contre vous ont été aban
Léna L'article paraît à six heures du matin, sur le site d'information indépendant de Sarah. Un titre énorme, en caractères gras, qui barre toute la largeur de l'écran : « LE VRAI VISAGE DU DÉPUTÉ ÉTIENNE MOREAU : VIOLENCES CONJUGALES, CORRUPTION, MANIPULATION MÉDIATIQUE ». En dessous, un sous-titre plus petit mais tout aussi percutant : « Enquête exclusive : comment un député puissant a utilisé la presse et la police pour détruire son ex-femme et faire condamner un club privé parfaitement légal. » Je suis assise dans le café où j'ai passé la nuit, les yeux rivés sur mon téléphone, le cœur battant à tout rompre. L'article est long, très long, divisé en plusieurs parties. La première raconte l'histoire de Damiana, les dix années de violences qu'elle a subies, les coups, les humiliations, les viols, les os brisés, la cave où elle était enfermée. La deuxième détaille les preuves que j'ai rassemblées : les certificats médicaux, les témoignages de voisins,
Mais ce n'est pas suffisant. Je le sais. Pour innocenter complètement Damiana et Marcus, il faut aussi démontrer que les accusations portées contre eux sont le fruit d'une manipulation orchestrée par Étienne Moreau et Hugo. Il faut révéler au grand jour la vérité sur le député violent, sur ses années de maltraitance, sur sa corruption, sur ses manigances pour détruire son ex-femme. Alors je continue d'enquêter, même si je ne suis plus officiellement journaliste, même si j'ai démissionné, même si j'ai renié publiquement ma carrière. Je retrouve mes vieux réflexes, mes vieux contacts, mes vieilles méthodes. Je fouille dans les archives, je contacte d'anciens collaborateurs d'Étienne Moreau, des voisins de l'époque où il vivait avec Damiana, des policiers qui ont enquêté sur lui sans jamais pouvoir l'inculper à cause de ses protections politiques. Et petit à petit, je rassemble des preuves. Des preuves accablantes. Des témoignages de voisin
La porte se referme derrière lui. Je reste seule dans la pièce, le cœur battant, les mains tremblantes. Vingt-quatre heures. J'ai vingt-quatre heures pour choisir entre ma liberté et celle de ceux que j'aime. Vingt-quatre heures pour décider si je dois sacrifier mon corps, mon âme, ma dignité pour sauver Marcus et le Cercle. Je sais ce que je devrais faire. Je devrais refuser, tenir tête à Étienne, me battre jusqu'au bout, quitte à tout perdre. C'est ce que la Maîtresse ferait. C'est ce que la femme forte, indépendante, indomptable que j'ai construite pendant vingt ans ferait. Mais je ne suis plus seulement la Maîtresse. Je suis aussi une femme qui aime, une femme qui est aimée, une femme qui a trouvé le bonheur après des années de souffrance. Et ce bonheur, je ne peux pas le sacrifier. Je ne peux pas sacrifier Marcus, je ne peux pas sacrifier Léna, je ne peux pas sacrifier le Cercle. Alors peut-être que je dois accepter.
Les policiers saisissent Marcus par les bras, lui passent les menottes aux poignets. Il ne résiste pas, ne proteste pas, ne détourne pas le regard. Il me fixe, intensément, avec une expression que je ne lui ai jamais vue. De l'amour, de la tristesse, du sacrifice.— Pardonnez-moi, Damiana, murmure-t-il. Je n'ai pas le choix. Je dois vous protéger.— Marcus, non, je vous en supplie, ne faites pas cela...Mais les policiers l'entraînent déjà vers la sortie, vers le fourgon cellulaire qui attend dans la rue. Je veux le suivre, je veux le retenir, je veux crier, mais deux autres policiers m'agrippent par les bras et m'emmènent à mon tour.— Damiana ! crie Léna en essayant de s'approcher de moi, mais un policier la repousse brutalement.— Restez ici, mademoiselle. Vous n'êtes pas arrêtée, mais ne quittez pas la ville. Nous aurons certainement des questions à vous poser.— Laissez-moi lui parler ! Laissez-moi au moins lui dir
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy







