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CHAPITRE 4

last update Veröffentlichungsdatum: 04.11.2026 06:42:33

LA MARQUE DANS L'OBSCURITÉ

Point de vue de Nadia

« Où est-elle ? »

La voix était basse, douce comme du velours, mais empreinte d’une puissance sombre telle qu’elle faisait vibrer les murs de pierre.

« Elle est… elle est là-dedans, mon seigneur », répondit une voix plus frêle et timide, qui résonna dans le couloir.

Ma vision était trouble, incertaine, assombrie sur les bords. J’ai tenté de me redresser sur le béton glacial, mais mes bras ont immédiatement cédé, laissant mon épaule retomber lourdement contre le sol.

Mon corps avait officiellement déclaré forfait. Deux années de sévices en prison, de privations et une nouvelle série de blessures avaient fini par avoir raison de moi. Je suis restée allongée sur la pierre immonde, le regard fixé sur les ombres, attendant le désastre final qui ne tarderait pas à survenir.

Des pas assurés s’approchèrent des barreaux de fer.

Lorsqu’il franchit l’ouverture de la cellule, je n’eus même pas besoin de voir son visage pour sentir sa présence. Son aura s’abattit sur la petite pièce comme une vague étouffante de pure domination. Elle était si dense qu’elle me coupa littéralement le souffle, me forçant à me redresser en prenant appui sur un coude tremblant.

J’avais entendu parler du Roi Lycan bien avant de le voir. Des guerriers deux fois plus imposants que moi baissaient la tête à la simple évocation de son nom, et même les Alphas les plus arrogants se gardaient bien de contester son autorité.

Il n’était pas du genre à visiter les cachots par simple curiosité. Des hommes comme lui disposaient de conseils entiers pour gérer les affaires qu’ils jugeaient indignes de leur attention.

Alors, pourquoi était-il ici ?

Il s’avança davantage dans la cellule obscure, laissant la lumière vacillante du plafond souligner les traits de sa mâchoire tandis qu’il me fixait.

Avant même que je puisse prendre la mesure de sa stature, un autre homme se précipita dans l’encadrement de la porte, derrière lui, et s’inclina profondément.

« Seigneur Xavier », balbutia l’homme.

Xavier.

Le Roi Lycan. L’homme dont le seul nom suffisait à faire taire les guerriers les plus aguerris de la meute.

La panique m’envahit ; mon corps se mit à trembler de terreur alors que je tentais de ramper pour m’éloigner. Je levai les yeux à travers mes cheveux en bataille et non lavés, le souffle coupé dans ma gorge desséchée. Que pouvait bien faire quelqu’un comme lui ici, dans ma cellule ?

Avant même que je puisse obtenir une réponse, mes membres se dérobèrent ; l’obscurité, tapie derrière mes paupières, m’envahit et m’engloutit tout entière.

Lorsque je repris connaissance, je n’avais aucune idée du temps qui s’était écoulé. À l’étage, les basses sourdes d’une musique traversaient le plafond. La fête du couronnement d’Alina avait déjà commencé. Je croisai alors un regard : deux yeux vert foncé fixés sur moi.

Je restai pétrifiée.

Ce n’était pas un cauchemar.

Je forçai mon regard à se fixer sur l’homme qui se tenait derrière Xavier. Il portait une blouse blanche impeccable et tenait une sacoche en cuir — un médecin, manifestement, si mon esprit était encore capable d’analyser correctement les gens.

Xavier ne dit pas un mot. Il se contenta d’un signe de tête sec en direction de la porte en fer de la cellule, d’une voix dénuée d’émotion : « Ouvrez. »

Les gonds rouillés grinçèrent.

La panique me saisit. Je reculai en hâte jusqu’à ce que mon dos heurte violemment la paroi de pierre humide, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. « Je vous en supplie… » articulai-je, la voix étranglée, en protégeant ma tête avec mes bras. « Ne me faites pas de mal. Je ferai tout ce que vous voulez… Je n’ai rien fait. Je le jure… Je n’ai rien fait. Je… »

« Restez immobile », intervint une voix douce.

Le médecin s’agenouilla près de moi, sur le sol crasseux, et déballa une petite trousse d’instruments médicaux.

Mon corps se raidit instantanément. J’avais appris, à mes dépens, qu’une voix douce n’impliquait pas toujours des mains délicates. À Fort Vane, certains gardes souriaient avant de me faire du mal, tandis que d’autres feignaient d’examiner mes blessures pour mieux les aggraver.

Impossible de savoir à quel genre d’homme j’avais affaire.

« Je vous en prie, non… » murmurai-je en ramenant mon bras blessé contre ma poitrine.

Xavier entra dans la cellule, juste derrière lui, et posa un genou à terre de l’autre côté de moi.

Ses yeux sombres parcoururent lentement mon corps. Il a tout examiné, dans les moindres détails : la crasse, les haillons, les contusions récentes, et cette cicatrice de brûlure, irrégulière et boursouflée, qui me barrait le visage. Impossible de le cerner. Je ne savais dire si son expression trahissait un dégoût pur ou une forme de pitié malsaine ; quoi qu’il en soit, son silence pesait si lourd qu’il m’écrasait.

Le médecin a effleuré le bord de ma mâchoire, puis s’est figé, laissant échapper un souffle saccadé en relevant ma manche déchirée.

« Il y en a beaucoup », a-t-il murmuré en secouant la tête. « Des coupures profondes, des plaies infectées, des contusions sévères… et elle souffre d’une grave malnutrition. » Il a retiré ses lunettes à monture métallique et a poussé un long soupir en se massant l’arête du nez. « Honnêtement, Monseigneur, je crains qu’en examinant davantage, je ne découvre des choses encore plus atroces. »

La mâchoire de Xavier s’est contractée.

Son regard est revenu sur les blessures qui parsemaient mes bras, s’attardant sur les ecchymoses dont les bords commençaient à jaunir.

« Depuis combien de temps est-elle ici ? »

« Je ne saurais le dire avec certitude, Monseigneur. Mais, à en juger par son état, elle a subi des sévices prolongés. »

« Et personne n’a songé à intervenir ? »

Le médecin a hésité.

J’ai détourné le regard. Je ne savais pas pourquoi cette question me troublait. Peut-être parce que personne n’avait jamais pris la peine de la poser auparavant.

« Où as-tu été emmenée ? » a demandé Xavier.

Je le fixai, le cœur battant la chamade. Je ne savais pas si je devais répondre. Cherchait-il à m'aider, ou s'immisçait-il simplement dans une histoire qui ne le concernait pas ?

« Qui êtes-vous ? » lâchai-je d'une voix rauque. Je n'étais pas stupide ; je savais qui il était.

« Vous n'avez pas besoin de savoir qui je suis », dit-il, les yeux sombres et perçants. « Cela ne vous regarde pas. »

« Si », rétorquai-je, la gorge en feu. Pourquoi était-il là, dans cette cave humide et sombre ? Pourquoi n'était-il pas à l'étage avec les autres, à boire du champagne et à fêter Alina ? C'était incompréhensible.

Alina avait-elle encore commis un crime ? Était-il là parce qu'il me soupçonnait d'avoir fait quelque chose ? Cherchait-il à évaluer la dangerosité de sa proie ?

Il ignora complètement ma question. Se redressant de toute sa hauteur imposante, il regarda le médecin. « Préparez une chambre. Prenez ce dont vous avez besoin. »

 Puis il baissa les yeux vers moi, son regard perçant la crasse et l'obscurité. « Qui t'a fait ça ? »

Je restai figée. Je ne répondis pas, trop effrayée pour ne pas lui crier dessus, lui ordonner de partir si j'ouvrais la bouche.

« Qui t'a fait du mal ? »

Les mots se bloquèrent dans ma gorge. Tant de noms, tant de visages. Sebastian ? Les gardes de Fort Vane ? Victor ? Mes compagnons de cellule ? Qui étais-je censée appeler ? Mais je ne voulais pas raviver ces souvenirs. Je ne voulais pas déterrer ces cadavres.

« Ça ne répond pas à ma question sur qui tu es », dis-je d'une voix tremblante mais obstinée.

Je me redressai, le fixant droit dans les yeux, refusant de céder pour une fois dans ma misérable existence. Si je devais mourir aujourd'hui, autant mourir en réussissant ce coup d'éclat. « Je n'ai rien fait, je m'en fiche, mais… je… je refuse d'y prendre part, je suis épuisée… s'il vous plaît… » grognai-je d'une voix lasse. « Laissez-moi pourrir en paix. »

Xavier se rassit, se mettant à ma hauteur. Il scruta le creux de mes joues, la saleté incrustée dans mes clavicules, et demanda de nouveau : « Dans quelle prison avez-vous été envoyée ? »

Je craquai, apercevant sa garde ; il ne se contenta pas d'ignorer mes paroles, il détourna son attention et commença à me faire signe, ne me laissant aucune possibilité de protester.

Finalement, je murmurai : « Fort Vane. »

Il hocha lentement la tête et jeta un coup d'œil au médecin. « Prenez-en note. »

Alors qu'il s'apprêtait à se relever, son regard sombre s'attarda sur la base de ma gorge, et il se figea. Son expression changea du tout au tout, laissant tomber son masque impénétrable tandis qu'il tendait la main vers ma clavicule.

 Par pur instinct, j'ai repoussé sa main violemment. « Ne me touchez pas ! »

« Je ne vais pas te faire de mal », dit-il d'une voix étonnamment calme.

Je ne savais pas pourquoi, mais une partie de moi le croyait.

Il tendit la main une seconde fois. Je ne la repoussai pas ; je fermai simplement les yeux très fort et me préparai à recevoir un coup, mais je ne sentis que ses larges doigts écarter doucement mes cheveux gras et emmêlés de ma nuque, découvrant la peau de mon cou.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il.

Le médecin s'agenouilla aussitôt à ses côtés, se penchant pour examiner la peau. « Cela ne ressemble pas à une marque de coups, Monseigneur. C'est une tache de naissance. »

Les yeux sombres de Xavier se fixèrent sur les miens. « Où l'as-tu eue ? »

Je laissai échapper un ricanement sec et haletant. « C'est une tache de naissance pour une raison. Je l'ai depuis ma naissance. »

 « Vous a-t-on déjà dit ce que cela signifie ? » demanda Xavier.

Je fronçai les sourcils.

« C’est une marque sur ma peau. Qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire d’autre ? »

Il ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il se tourna vers le médecin, qui semblait tout aussi intrigué par la forme inhabituelle de la marque.

« Monseigneur, » commença le médecin avec prudence, « êtes-vous en train de penser ce que je crois ? »

L’expression de Xavier se durcit.

« Je veux une confirmation avant que quiconque ne tire des conclusions. »

Je les regardai tour à tour, de plus en plus irritée.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ? »

Aucun ne répondit.

Xavier tourna la tête vers le médecin, sa voix baissant jusqu’à un murmure rauque. « Êtes-vous absolument certain qu’elle n’est pas un loup ? »

« Oui, Monseigneur, » approuva rapidement le médecin. « Aucune aura de loup. »

« Et alors ? » rétorquai-je sèchement, le cœur battant la chamade.

 J'ai vu le visage de Xavier se transformer, passant d'une intense confusion à un choc pur, avant de retomber dans une expression profonde et déconcertée. Le tout en une fraction de seconde.

Il se leva d'un bond, me dominant de toute sa hauteur dans la pénombre de la cellule, me fixant comme si j'étais la solution d'une énigme qui venait de se résoudre d'elle-même.

« Tu es peut-être meilleure que ce qu'ils disaient », murmura-t-il.

Je le fixai, mes doigts se crispant sur le tissu déchiré de mes vêtements.

Je ne comprenais pas ce qu'il avait vu, ce qu'il cherchait, ni pourquoi un homme comme lui s'intéressait soudain à quelqu'un que tous les autres avaient rejeté.

Mais je savais une chose.

Quoi qu'il en soit, ce qui avait amené Xavier dans ma cellule n'avait rien à voir avec la bonté.

Et d'une certaine manière, cela m'effrayait encore plus.

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