ANMELDENLE DROIT DE LA PRENDRE
POINT DE VUE DE XAVIER
L'odeur du vieux sang, de la pierre humide et de la peau brûlée imprégnait la jeune fille comme un lourd voile.
Je me tenais au bord de la table d'examen, dans la chambre des invités, les bras croisés, observant mon médecin personnel poser un bandage stérile sur l'avant-bras gauche de Nadia. Elle ne broncha pas. Elle ne grimaça pas lorsque l'antiseptique toucha les cicatrices à vif et irrégulières près de son poignet. Elle fixait le mur d'un regard vide, sa respiration superficielle, complètement détachée de l'enveloppe physique qui abritait son corps.
Mon esprit, cependant, refusait de se taire.
*La tache de naissance.*
Elle se situait à la base de son cou, partiellement dissimulée par le col délavé de sa tunique de lin. Une petite ombre en forme de croissant, caractéristique, sur sa peau. C'était la marque exacte que mon père avait décrite avant de mourir : la marque de la lignée royale perdue, la marque de la sœur disparue quinze ans plus tôt dans le chaos des raids frontaliers.
Au début, j'ai écarté cette idée, par logique. Les coïncidences existent. Une tragédie, certes, mais aussi une tragédie humaine, au sein d'une meute de bas niveau, ne faisait pas automatiquement de cette jeune fille brisée une princesse lycanthrope. Mais il y avait aussi le reste.
Le rapport médical posé sur la table de chevet était un cauchemar de maltraitance systématique. Malnutrition sévère, ossifications osseuses réduites à néant, lésions nerveuses dues à une exposition répétée à l'argent, et une cicatrice de brûlure sur la joue, infligée avec du fer de qualité militaire. Deux ans à Fort Vane.
*Une jeune fille de dix-neuf ans accusée à tort du meurtre d'un héritier alpha.* C'était absurde. La famille Laurent prétendait qu'elle était une tueuse impitoyable qui avait empoisonné le jeune Vincent, et pourtant, devant moi se tenait une jeune fille dont l'aura de loup était complètement éteinte, étouffée sous des couches de traumatisme. Ou peut-être pas ?
Quand je l'avais tirée du sol du cachot une heure plus tôt, pendant une fraction de seconde, avant que son regard ne se fige, je l'avais senti. Une ondulation microscopique sous sa peau. Une pulsation aiguë et intense, qui n'appartenait pas à un loup de bas niveau. Elle s'était heurtée à mon aura de lycanthrope avant de disparaître.
Elle n'était pas qu'une victime. Elle était un secret.
« Son état est suffisamment stable pour qu'on puisse la déplacer, Votre Altesse », dit doucement le docteur Aris en reculant et en retirant ses gants en latex. « Cependant, elle nécessite des soins constants. Son corps fonctionne sur ses dernières réserves. Si elle reste dans un environnement stressant, son cœur lâchera d'ici quelques semaines. »
« Préparez ses affaires », dis-je froidement.
Nadia releva brusquement la tête. Pour la première fois depuis mon entrée dans la pièce, ses yeux gris ternes se fixèrent sur les miens. Une lueur de panique défensive traversa son visage pâle.
« Quoi ? » Sa voix était rauque, éraillée comme du verre brisé.
« Tu viens avec moi au palais des Lycans », dis-je d'un ton strictement professionnel, détaché de la tempête qui grondait soudain dans ma tête. « Le docteur Aris doit faire un bilan complet de tes lésions internes, et j'ai besoin d'un compte rendu détaillé des méthodes opérationnelles de Fort Vane. »
« Non. » Nadia se redressa sur ses coudes, les mains tremblantes sur les draps blancs. « Non. Je ne vais nulle part. Je… je suis juste rentrée. »
Je la regardai – je la regardai vraiment. Son visage était creusé, ses clavicules saillantes sous ses vêtements. Elle appelait cet endroit « chez elle ». Un endroit où on l'enfermait dans une cave obscure dès qu'un invité arrivait. Un endroit où son frère adoptif n'avait même pas pris la peine de consulter son dossier médical.
« Ce n'est pas une requête, Nadia », dis-je en m'approchant lentement du lit. « Regarde-toi. Tu tiens à peine debout. Si je te laisse ici, tu ne survivras pas au mois. C'est pour ton bien. »
« Je n'ai pas besoin de ta protection ! » gronda-t-elle, le souffle court, en tentant de se dégager du lit. « Je ne te connais pas ! J'ai payé ma dette envers cette famille, j'ai purgé ma peine et je ne retournerai pas en prison ! »
« Mon palais n'est pas Fort Vane », répondis-je sèchement. « Et contrairement aux gens de cette maison, je n'abandonne pas les âmes brisées. »
Avant qu'elle ne puisse riposter davantage, les doubles portes de la chambre s'ouvrirent brusquement dans un *BANG* violent.
Victor Duboir entra d'un pas décidé, la mâchoire serrée, le regard brûlant d'une colère arrogante et meurtrière. Juste derrière lui, Sebastian Laurent et Clara, le visage mêlant panique et défi profond.
« Ça suffit, Votre Altesse », cracha Victor en s'arrêtant à un mètre de moi, ignorant les gardes royaux qui portèrent aussitôt la main à la garde de leur épée. « Vous avez abusé de notre hospitalité dans cette aile privée. La jeune fille appartient à la meute Laurent. »
Je me retournai lentement, le regard glacial et calculé, fixant Victor. « Elle était enfermée dans une cave humide, souffrant d'hypothermie aiguë et de traumatismes physiques graves, Lord Duboir. Conformément au Décret Royal 402, toute personne soumise à des actes de torture non enregistrés sur le territoire de la meute relève de la juridiction de la Couronne. »
« C'est une meurtrière condamnée ! » hurla Victor, le visage rouge de colère. « Elle a ôté la vie à mon neveu ! Elle a purgé sa peine, mais sa liberté conditionnelle reste sous l'autorité du conseil de la meute – que je préside ! »
Sébastien s'avança, se plaçant légèrement devant sa mère, Clara, qui refusait de regarder le lit où Nadia tremblait.
« Roi Xavier, dit Sébastien d'un ton sec et respectueux qui dissimulait à peine son désespoir. Nous apprécions l'aide de votre médecin, mais Nadia est ma sœur. Ma famille se chargera de sa convalescence. Nous ne pouvons pas vous permettre de la faire sortir de notre territoire. Cela enfreint la loi de la meute. »
« La loi de la meute ? » J'ai laissé échapper un rire sec et glacial qui a fait chuter la température de la pièce de plusieurs degrés. J'ai fixé Clara et Sebastian du regard. « Vous appelez ça s'occuper de sa convalescence ? Elle ressemble à un squelette. Son loup est muet, son corps est couvert de marques de prison, et vous avez laissé Victor la jeter en prison le jour du retour de votre fille biologique. »
Clara a tressailli, ses lèvres se pinçant, mais elle a pris la parole d'une voix glaciale. « La présence de Nadia ici est une affaire de famille délicate, Votre Altesse. Elle a accepté sa punition pour ce qu'elle a fait à Vincent. Nous l'avons reprise par charité. Vous n'avez aucun droit légal de la prendre de chez nous sans notre consentement ou sans un mandat d'extradition officiel signé par le Haut Conseil. »
Je suis restée immobile, observant le moindre mouvement dans la pièce.
C'était troublant. Profondément, logiquement troublant.
Deux heures plus tôt, ils traitaient Nadia comme un secret honteux, un déchet indésirable relégué près des quartiers des domestiques. Ils se fichaient qu'elle saigne. Ils se fichaient qu'elle meure de faim. Pourtant, dès que j'ai manifesté le désir de la faire quitter ce domaine, ils ont érigé un mur infranchissable pour la maintenir prisonnière.
Pourquoi ?
Si elle n'était qu'une fille adoptive déshonorée, coupable du meurtre d'un héritier, ils auraient dû se réjouir de laisser le fardeau de sa survie à la couronne. Ils auraient dû saisir l'occasion de se débarrasser du symbole vivant de la honte de leur famille.
À moins que son séjour ici n'ait rien à voir avec une punition.
À moins que la laisser partir ne signifie risquer qu'elle parle à quelqu'un qui ne se contenterait pas de leur parole concernant les événements d'il y a deux ans.
*Ils sont terrifiés par ce qu'elle sait*, réalisai-je, tandis que mon loup intérieur grondait sourdement sous ma cage thoracique. *Ou par ce qu'elle est.*
« Votre Altesse », murmura le docteur Aris près de mon épaule. « Si nous en venons aux mains ici, cela déclenchera immédiatement un conflit territorial avec le Conseil Alpha régional. Nous n'avons pas les autorisations légales pour une saisie d'urgence. »
Victor s'approcha, un sourire sombre et victorieux effleurant ses lèvres. « Vous m'entendez, Docteur Xavier ? Laissez la jeune fille. Quittez notre territoire. Avant que cela ne devienne un incident international. »
Je jetai un coup d'œil à Nadia. Assise au bord du matelas, la tête baissée, ses épaules frêles tremblaient tandis qu'elle écoutait sa famille se disputer pour la retenir prisonnière dans cette même maison qui l'avait détruite. Elle ne regardait ni Sebastian, ni Clara. La lumière dans ses yeux s'était complètement éteinte, remplacée par une résignation vide et terrifiante.
Mes poings se serrèrent. La logique exigeait que je cède. Le système juridique du royaume des Lycans était strict ; emmener un membre de la meute franchir les frontières territoriales sans autorisation déclencherait une guerre inutile avec la coalition Alpha avant même que je n'aie de preuves concrètes.
« Très bien », dis-je d'une voix glaciale et menaçante qui plongea instantanément la pièce dans le silence.
Le sourire narquois de Victor s'élargit, mais je m'avançai sans m'arrêter, le dominant de toute ma hauteur jusqu'à ce que son arrogance se mue en un souffle haletant.
« Elle reste aujourd'hui, Victor », grognai-je doucement à son visage. « Mais comprenez bien ceci : si la moindre égratignure apparaît sur sa peau, si on la remet dans cette cave, je ferai une enquête approfondie sur l'ensemble du domaine. Je mettrai la lumière sur chaque détail de Fort Vane, à commencer par celui qui a autorisé son transfert dans un établissement pénitentiaire de haute sécurité. »
Le visage de Victor pâlit légèrement, sa mâchoire se crispa tandis qu'il évitait de soutenir mon regard.
Je tournai la tête vers Sebastian et Clara. « Quant à sa famille… j'espère que vos mains sont aussi propres que vous le prétendez. »
Sans un mot de plus, je fis signe à mes gardes et fis volte-face, quittant la pièce d'un pas décidé.
Tandis que je parcourais les longs couloirs tapissés de moquette du domaine Laurent en direction de ma calèche, mes pensées passaient en revue les faits. La tache de naissance en forme de croissant. L'étincelle cachée d'un loup refoulé. La terreur dans les yeux de Clara lorsque je lui avais proposé de la prendre en charge. Le transfert illégal de prison à Fort Vane.
« Votre Altesse ? » demanda le docteur Aris, me suivant du pas tandis que nous sortions dans l'air froid de la cour. « Quels sont vos ordres ? »
« Nous retournons au palais », dis-je en montant dans l'habitacle sombre et cuiré de la calèche royale et en claquant la portière. « Dès que nous franchirons la frontière, récupérez tous les dossiers d'archives concernant l'adoption de la famille Laurent il y a quinze ans. »
Je jetai un dernier regard par la vitre teintée, fixant les tours de pierre du domaine où Nadia était toujours prisonnière.
« Découvrez tout sur la nuit de la mort de Vincent », ordonnai-je, le regard froid et déterminé. « Et remontons la lignée de la princesse lycanthrope disparue. Si Nadia Laurent est bien celle que je crois… cette famille va brûler. »
L'HOMME QU'ELLE A AIMÉPOINT DE VUE DE NADIA« Alpha Leonard Cohen est arrivé aux portes ! »L'annonce du maître d'hôtel résonna dans le couloir de pierre glacial de l'aile des domestiques, plongeant aussitôt les servantes dans une agitation silencieuse.Je restai figée, pliée en plein milieu de mes serviettes de lin grossier, le tissu rêche glissant entre mes doigts engourdis.*Leonard ?*Mon cœur, froid et inerte, resté gelé sous les cellules glacées de Fort Vane pendant deux ans, fit un violent battement contre mes côtes. Un hoquet de douleur me serra la gorge.Impossible.Avant la mort de Vincent, avant le poison, avant le procès, et avant que ma famille ne me vende la vie… il y avait eu Leonard. Il avait été l'héritier Alpha, calme et discret, du territoire voisin, qui passait ses étés dans notre domaine. Ce qui avait commencé par de paisibles promenades dans le jardin s'était lentement et magnifiquement épanoui en quelque chose de plus profond. Deux semaines avant la tragédie,
LE DROIT DE LA PRENDREPOINT DE VUE DE XAVIERL'odeur du vieux sang, de la pierre humide et de la peau brûlée imprégnait la jeune fille comme un lourd voile.Je me tenais au bord de la table d'examen, dans la chambre des invités, les bras croisés, observant mon médecin personnel poser un bandage stérile sur l'avant-bras gauche de Nadia. Elle ne broncha pas. Elle ne grimaça pas lorsque l'antiseptique toucha les cicatrices à vif et irrégulières près de son poignet. Elle fixait le mur d'un regard vide, sa respiration superficielle, complètement détachée de l'enveloppe physique qui abritait son corps.Mon esprit, cependant, refusait de se taire.*La tache de naissance.*Elle se situait à la base de son cou, partiellement dissimulée par le col délavé de sa tunique de lin. Une petite ombre en forme de croissant, caractéristique, sur sa peau. C'était la marque exacte que mon père avait décrite avant de mourir : la marque de la lignée royale perdue, la marque de la sœur disparue quinze ans pl
LA MARQUE DANS L'OBSCURITÉPoint de vue de Nadia« Où est-elle ? »La voix était basse, douce comme du velours, mais empreinte d’une puissance sombre telle qu’elle faisait vibrer les murs de pierre.« Elle est… elle est là-dedans, mon seigneur », répondit une voix plus frêle et timide, qui résonna dans le couloir.Ma vision était trouble, incertaine, assombrie sur les bords. J’ai tenté de me redresser sur le béton glacial, mais mes bras ont immédiatement cédé, laissant mon épaule retomber lourdement contre le sol.Mon corps avait officiellement déclaré forfait. Deux années de sévices en prison, de privations et une nouvelle série de blessures avaient fini par avoir raison de moi. Je suis restée allongée sur la pierre immonde, le regard fixé sur les ombres, attendant le désastre final qui ne tarderait pas à survenir.Des pas assurés s’approchèrent des barreaux de fer.Lorsqu’il franchit l’ouverture de la cellule, je n’eus même pas besoin de voir son visage pour sentir sa présence. Son
DES FANTÔMES DANS LE COULOIRPoint de vue de NadiaÀ peine avais-je descendu l'escalier de service que la voix stridente de la première femme de chambre résonna sur le sol de pierre. « Montez les draps bleus dans l'aile ouest avant l'arrivée des invités ! » lança-t-elle sèchement, en faisant signe à deux jeunes filles de se diriger vers le couloir principal.Tout le manoir bourdonnait comme une ruche dérangée, deux fois plus chaotique que la veille, alors que tout le monde s'affairait pour la grande soirée d'Alina.Je m'arrêtai près de l'arche, observant le chaos se déployer.Depuis mon arrivée, j'espérais revoir Grand-mère et Grand-père. C'étaient eux qui me manquaient le plus, surtout les soirs où Fort Vane devenait insupportable.Grand-mère se faufilait dans ma chambre avec des bonbons dès que Mère me les confisquait, tandis que Grand-père insistait toujours pour que je m'asseye à côté de lui pendant les repas de famille. Je me souvenais qu'il m'appelait sa petite faiseuse de trou
LE REMPLACEMENTPoint de vue de Nadia« La princesse Nadia est arrivée », annonça le héraut à l'extérieur, sa voix résonnant dans la vaste cour.Mes doigts se crispèrent sur le tissu de mes vêtements de prisonnière.J'avais imaginé ce retour tant de fois que je savais presque exactement comment cela se passerait. Maman se précipiterait dehors la première, Sebastian se plaindrait de mon retard, et Grand-mère gronderait sans doute tout le monde de m'avoir laissée maigrir autant.Je m'étais accrochée à ces souvenirs pendant les nuits où Fort Vane devenait insupportable. Quand je n'arrivais pas à dormir, je repensais aux dîners en famille, à Sebastian qui glissait des bonbons en cachette dans ma chambre, et à Maman qui me brossait les cheveux pendant que je me plaignais de ne pas pouvoir bouger.Ces souvenirs m'avaient permis de survivre. Je savais que les choses ne redeviendraient pas normales immédiatement, mais je pensais qu'au moins, ils seraient heureux de me revoir.Je restai immob
LA FACTUREPoint de vue de Nadia« Je ne l'ai pas tué. » Les mots me sortirent de la gorge. « Jamais. »Le fils de mon oncle, Vincent, était mort. Empoisonné.La veille au soir, Alina et moi avions préparé le dîner ensemble, et c'est moi qui lui avais apporté son repas. Personne ne savait comment le poison s'était retrouvé dans sa nourriture, mais les circonstances nous avaient toutes deux rendues suspectes. Nous étions les dernières personnes à l'avoir vu, et le fait que je l'aie servi personnellement faisait de moi une cible facile.Je me souvenais encore du chaos lorsqu'ils l'avaient trouvé : les cris, les accusations, les domestiques interrogés. J'avais à peine compris ce qui se passait que les doigts se sont pointés vers Alina et moi.Sébastien s'approcha de moi, tendant les mains comme pour me retenir. Puis il sembla se raviser et les baissa.« Je sais », dit-il doucement. « Je sais que tu ne l'as pas tué. Maman le sait aussi. »Je restai immobile. « Mo… Maman est au courant ?







