تسجيل الدخولÈveLe jour s'est levé sur ma décision comme une lame qu'on aiguise. J'ai dit "après-demain". Ce matin, c'est aujourd'hui. Il me reste vingt-quatre heures. Vingt-quatre heures pour préparer un corps ordinaire à accomplir l'impossible. Vingt-quatre heures, cela peut sembler si peu. Une poignée de minutes, une poussière de secondes dans l'immense horloge du monde. Mais pour moi, c'est un temps sacré, un temps hors du temps, une éternité comprimée entre deux battements de cœur.Je suis assise au bord du lit, les mains à plat sur les draps froissés, les pieds nus sur le parquet ciré. La chambre est silencieuse, tellement silencieuse que j'entends le sang pulser dans mes tempes, un tambour lointain, un compte à rebours. Par la fenêtre, le ciel de Palerme est blanc, laiteux, un ciel de chaux et de sel qui écrase la ville sous une chaleur déjà lourde. Les cigales chantent, infatigables, leur stridulation monte et descend comme une respiration de fièvre. Tout est normal, ce matin. Tout est pa
ÈveLa chambre d'Isabella est baignée de ce silence particulier qui précède les grandes choses. Un silence épais, ouaté, presque religieux. Le soleil du matin traverse les rideaux de lin blanc, tamisé, doré, il dessine des rectangles de lumière sur le parquet ciré, sur le lit aux draps fleuris, sur les cheveux bruns de la petite fille.Elle est assise, adossée à ses oreillers, un livre ouvert sur les genoux. Elle ne lit pas. Elle me regarde entrer, ses grands yeux noirs pleins de questions muettes. Je porte une robe simple, un coton léger, sans manches. Mes pieds sont nus sur le bois frais. Je tiens un petit sac de toile contenant quelques herbes, une bouteille d'eau claire, un pain de miel. Rien d'autre. Rien de médical.— Tata Ève ? Pourquoi tu as fermé la porte
ÈveCe soir, le bureau de Salvatore sent le cuir, la cire, la cigarette froide. Les rideaux sont tirés, épais, grenat, ils étouffent les bruits, la lumière, le monde. Nous sommes seuls, face à face, comme deux joueurs d'échecs à la fin d'une partie. Les pièces sont presque toutes tombées. Il ne reste que les rois, les reines, et la mort qui rôde autour de l'échiquier.Il me tend un verre. Un vin rouge, sombre, presque noir. Le même que la première fois. Je le prends. Mes doigts sont froids, ils tremblent un peu. Pas à cause du vin. À cause de ce qu'il va dire.— Parlez, dis-je. Dites-moi tout.Il s'assoit en face de moi. Il est fatigué. Ses yeux sont deux puits creusés dans la cire, sa barbe naissante grisonne, ses mains cherchent un appui sur le bois lisse du bureau. Il prend une inspiration longue, douloureuse, comme s'il avalait des éclats de verr
SalvatoreLe matin est gris, sale, comme une assiette oubliée sur une table de cuisine. La lumière est faible, blessée, elle rampe sur la terrasse sans chaleur. Je suis assis dans mon bureau, immobile, les mains à plat sur le bois, les yeux fixés sur la chose qui est posée devant moi.Une boîte.En carton blanc, simple, sans marque, sans étiquette. Livrée ce matin par un coursier anonyme, un gamin en scooter qui a disparu avant que Vito ait pu l'attraper. La boîte ne pèse presque rien. Elle n'émet aucun bruit. Aucune odeur. Mais elle pèse plus lourd qu'un cercueil sur ma poitrine. Parce que je sais qui l'envoie. Je sais ce qu'elle contient.Je ne veux pas l'ouvrir. Mais je dois l'ouvrir. C'est la règle du jeu. Voir. Savoir. Subir.
VitoJe le regarde partir dans le noir, ce Luca. Il disparaît vers les garages, léger, silencieux, une ombre parmi les ombres. Je n'aime pas cette ombre-là.Je reste seul dans le jardin, les poings serrés, la nuque raide. La cigarette est éteinte, le filtre écrasé sous ma semelle, mais le goût âcre reste sur ma langue. Ce n'est pas le tabac. C'est le doute. Le pressentiment. Cette chose qui vous gratte dans le crâne, qui vous dit que quelque chose ne tourne pas rond.Un nouveau, ça devrait être transparent. Malléable. Un peu paumé, un peu nerveux, un peu avide de plaire. Lui, il est calme. Trop calme. Il ne transpire pas, il ne tremble pas, il ne pose pas de questions. Il regarde. Il note. Il apprend. Et ce sourire qu'il a parfois, minuscule, un pli au coin des lèvres, vite disparu.
LucaLe portail de la villa Romano est une gueule d'acier noir. Il avale les hommes, les voitures, les espoirs. Il recrache parfois des cadavres. Aujourd'hui, il m'avale.Je me tiens droit, les épaules carrées, le regard fixe. Le costume est neuf, sombre, impeccable. Les chaussures cirées reflètent le ciel blanc de Palerme. J'ai les mains vides, les poches vides, le cœur vide. C'est comme ça qu'on entre. Vide. Prêt à être rempli par eux, par leurs ordres, par leurs secrets.Le chef de la sécurité s'appelle Vito. Un colosse aux mains comme des battoirs, au cou plus large que la tête, aux yeux de porc méfiant. Il me regarde comme on regarde une pièce de monnaie qu'on va mordre pour vérifier qu'elle n'est pas fausse.— Pourquoi tu veux travailler ici ?
ÈveJe les connais maintenant. Je connais leurs visages, leurs noms, leurs silences. Je connais la façon dont ils marchent dans le couloir, dont ils respirent devant ma porte, dont ils évitent mon regard quand ils me croisent dans le jardin. Je les connai
SalvatoreVito m'appelle à minuit.— Patron, faut que vous veniez. Tout de suite.— Quoi ?— La fille. Ève. Il s'est passé quelque chose. Vous devez voir.Sa voix est étrange. Pas alarm&ea
SalvatoreLe réveil sonne à six heures. Je ne dors pas. Je n'ai pas dormi. Je suis allongé sur mon lit, tout habillé, les yeux ouverts sur le plafond blanc. Les images de la nuit dernière tournent en boucle dans ma tête. Mes larmes. Me
SalvatoreLes jours suivants, je deviens fou. Littéralement fou. Il n'y a pas d'autre mot.Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je tourne en rond dans l'appartement comme un lion en cage, à écouter les bruits de l'hôpital dans ma tête, les phrases des médecins, leurs regards gênés. Le nouveau protoco







