ログインLe soleil du matin se déversait à travers les hautes fenêtres de la chambre de la jeune mariée, teintant les rideaux de soie d'une lumière dorée. L'air était délicatement imprégné du parfum des roses, une senteur douce mais presque étouffante, rappel silencieux du mariage célébré la veille.
Aria remua doucement sur le lit avant d'ouvrir lentement les yeux. Pendant un instant, elle resta immobile, à l'écoute. La demeure était calme, presque trop calme, hormis les pas discrets des domestiques qui s'affairaient dans les couloirs. Elle repoussa les couvertures et s'assit, ses doigts effleurant les draps soyeux. Dans sa vie passée, elle s'était réveillée exactement de la même manière : nerveuse, pleine d'espoir, désireuse de tout faire pour plaire. Elle avait imaginé Damian franchissant cette porte, lui adressant peut-être un mot gentil, ou même un simple regard empreint d'un peu d'affection. Cette Aria-là avait été une naïve. Cette fois, elle s'étira tranquillement avant de se lever avec une sérénité qui contrastait avec ses souvenirs. On frappa doucement à la porte. — Madame Cross, appela la voix d'une servante. Pouvons-nous entrer ? Madame Cross. Ce titre résonna dans la poitrine d'Aria, étrange et lourd de sens. Autrefois, elle s'y était accrochée comme s'il pouvait lui donner une valeur. Aujourd'hui, ce n'était plus qu'un masque. — Entrez, répondit-elle calmement. La porte s'ouvrit et plusieurs servantes pénétrèrent dans la chambre, portant des plateaux de petit-déjeuner ainsi que des vêtements propres. Elles s'inclinèrent respectueusement, mais Aria remarqua aussitôt cette lueur dans leurs yeux... ce regard qui révélait qu'elles ne la prenaient pas réellement au sérieux. Dans sa première vie, elle avait fait semblant de ne rien voir. Trop timide, trop désireuse d'être acceptée. Elle leur avait souri avec douceur, les remerciant poliment malgré leur manque évident de respect. Aujourd'hui... Elle leur sourit encore. Mais pour une toute autre raison. Vous me sous-estimez. Tant mieux. Continuez donc à me sous-estimer. Les servantes déposèrent le plateau sur la table. Des mets raffinés, des fruits frais, une théière fumante dans une porcelaine délicate. L'une d'elles posa un peignoir de soie sur les épaules d'Aria tandis qu'une autre commençait à remettre la chambre en ordre. Aria prit place à table avec élégance. Son regard parcourut les plats sans réel intérêt. Elle porta lentement la tasse de thé à ses lèvres, tandis que son esprit, lui, était parfaitement éveillé. — Où est Monsieur Cross ? demanda-t-elle d'un ton détaché. Une servante se redressa aussitôt. — Le maître est parti très tôt, madame. Il avait des affaires urgentes à régler à l'entreprise. Aria émit un léger murmure, comme si cette réponse lui importait peu. Pourtant, elle la grava soigneusement dans sa mémoire. Dans sa vie précédente, son absence l'avait blessée. Elle n'avait jamais compris cette froideur. Aujourd'hui... C'était exactement ce qu'elle souhaitait. La distance signifiait la liberté. Elle reposa délicatement sa tasse. — Dites aux cuisiniers que le thé est trop léger. La prochaine fois, qu'ils le fassent infuser correctement. La servante cligna des yeux, surprise. Autrefois, Aria aurait tout accepté sans rien dire. Cette fois, sa voix portait une autorité tranquille. — Oui, madame, répondit rapidement la jeune femme avant de s'incliner. Les lèvres d'Aria esquissèrent un léger sourire. Un simple détail. Mais suffisant pour leur rappeler qu'elle n'était pas invisible. Le reste du petit-déjeuner se déroula dans le silence. Une fois son repas terminé, Aria s'installa devant la coiffeuse. Les servantes commencèrent à brosser ses longs cheveux avec des gestes rapides mais délicats. Dans le miroir, son reflet attira toute son attention. La jeune mariée qui lui faisait face semblait calme. Ses yeux brillaient. Mais leur éclat était devenu dur. Elle ne ressemblait plus du tout à la femme brisée qui avait trouvé la mort dans une mare de sang et de trahison. On frappa de nouveau à la porte. Cette fois, le coup était plus ferme. Une servante s'empressa d'aller ouvrir. Et là... Sur le seuil, affichant un sourire aussi doux que du miel et tenant entre ses mains une boîte soigneusement emballée... Se trouvait le premier serpent de sa seconde vie. — Sœur Aria ! s'exclama chaleureusement Sophia Lin. Je n'ai pas pu attendre plus longtemps pour te voir. Félicitations pour ton mariage ! Les lèvres d'Aria dessinèrent un sourire presque imperceptible. Ses doigts se crispèrent sur le bord de la coiffeuse. Mais sa voix resta aussi douce que la soie. — Ah... Sophia. La partie venait de commencer. --- Sophia entra dans la chambre comme si elle en était la maîtresse des lieux. Sa robe de soie flottait derrière elle tandis que ses yeux brillaient d'une chaleur parfaitement calculée. Elle portait une boîte laquée ornée de pivoines et de délicates dorures. — Ma très chère amie, dit-elle avec un large sourire. Je t'ai apporté un petit cadeau. Juste de quoi illuminer ta matinée. Les servantes s'inclinèrent avant de s'écarter. Aria remarqua cependant la curiosité dans leurs regards. Même les domestiques connaissaient le nom de Sophia Lin. La famille Lin n'était pas aussi riche que les Cross, mais elle appartenait au même cercle de la haute société. Dans sa première vie, Aria n'avait ressenti que de la gratitude. Jeune épouse solitaire, ignorée par son mari et désespérément en quête d'une amie... Sophia lui avait alors semblé être un véritable ange. Mais aujourd'hui... Elle voyait enfin la vérité. La manière dont Sophia relevait légèrement le menton. Le calcul caché derrière ses yeux. Et surtout... Ce sourire qui n'atteignait jamais son cœur. Aria resta assise. Elle laissa Sophia s'approcher et déposer le coffret sur la table. — Tu es venue bien tôt, dit-elle d'une voix polie mais froide. N'est-ce pas fatigant de te précipiter ici juste après mon mariage ? Sophia cligna des yeux, surprise par ce manque d'enthousiasme. Autrefois, Aria l'aurait accueillie avec joie et reconnaissance. — Voyons, répondit rapidement Sophia en retrouvant son sourire. Comment aurais-je pu ne pas rendre visite à ma meilleure amie après un jour aussi important ? Et puis... Son sourire se fit légèrement plus tranchant. — Je me suis dit que tu te sentirais peut-être un peu seule ici. Après tout... Monsieur Cross est toujours tellement occupé. Un test. Aria sourit doucement. — Seule ? Pas du tout. J'apprécie ce calme. Le domaine des Cross est bien plus paisible que la maison de mes parents. Ici, personne ne parle sans arrêt. Personne ne cherche à écraser les autres pour attirer toute l'attention. Le sourire de Sophia vacilla une fraction de seconde. Aria parlait de la maison des Carter. Mais toutes deux savaient parfaitement qu'elle faisait allusion à Vivienne. Les servantes échangèrent discrètement un regard amusé. Sophia éclata d'un petit rire. — Eh bien, je suis heureuse de te voir si sereine. J'avais peur que tout cela soit un peu trop pour toi. Aria pencha légèrement la tête. — Tu t'inquiètes trop. Je ne suis plus aussi fragile qu'avant. Ces mots étaient simples. Mais suffisamment tranchants pour faire mal. Les doigts de Sophia se crispèrent un instant sur sa jupe avant qu'elle ne retrouve son sourire. — Bien sûr que non. Tu as beaucoup mûri, Aria. Je t'admire. T'admirer. Dans sa vie passée, ce mot avait toujours précédé la trahison. Aria s'adossa légèrement à son siège. — Et moi aussi, je t'admire, Sophia. Tu es toujours si... prévenante. Tu sais exactement où apparaître... et exactement quoi dire. Pour la première fois, une ombre d'inquiétude traversa les yeux de Sophia. Cette fois, Aria ne lui offrait ni chaleur ni confiance. Seulement un mur de politesse froide qu'elle ne pouvait franchir. — Pourquoi n'ouvres-tu pas ton cadeau ? proposa Sophia avec un enthousiasme un peu forcé. Aria souleva le couvercle. À l'intérieur reposait un magnifique ensemble d'épingles à cheveux en jade, sculptées en délicates fleurs. Élégantes. Précieuses. Parfaitement choisies pour une épouse modèle. Dans sa première vie, Aria les avait portées avec fierté... Jusqu'au jour où Sophia lui avait soufflé à l'oreille que Damian les détestait. Ce mensonge avait provoqué l'une de leurs premières disputes. Cette fois, Aria se contenta d'y jeter un bref regard avant de refermer le coffret. — Elles sont magnifiques. Merci. Aucune excitation. Aucune émotion particulière. Juste des remerciements polis. Les ongles de Sophia s'enfoncèrent dans sa paume. Elle attendait de la reconnaissance. De la dépendance. Elle ne reçut que de la distance. Mais elle n'était pas prête à abandonner. — Je viendrai te rendre visite souvent, déclara-t-elle avec douceur. Tu auras besoin de quelqu'un pour t'aider à évoluer dans la haute société. Les Cross ont des exigences très élevées. Je ne voudrais pas que tu commettes une erreur. La pique était subtile. Mais évidente. Aria lui répondit avec un sourire aussi doux que l'acier. — Dans ce cas, tu risques d'être très occupée. Après tout... les exigences des Cross s'appliquent à tous ceux qui franchissent les portes de cette maison. Le souffle de Sophia se coupa. Les servantes figèrent un instant avant de baisser rapidement la tête pour cacher leur amusement. Une petite victoire. Mais délicieuse. Aria porta tranquillement sa tasse à ses lèvres. — Assieds-toi donc, Sophia. Ne reste pas debout. Tu es venue me rendre visite, après tout. Pour la première fois depuis son arrivée, Sophia semblait véritablement déstabilisée. Son sourire était toujours là. Mais l'assurance qui illuminait son regard venait de disparaître. Derrière sa tasse de thé, Aria cacha un sourire satisfait. Oui, Sophia... Cette fois, tu ne joueras plus selon les mêmes règles.Selene referma la porte de sa chambre à clé et s'adossa contre celle-ci.Son cœur battait comme un tambour sur le point d'exploser.« Bon sang… Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » marmonna-t-elle en passant une main tremblante dans ses cheveux.« Non, non, non. Ce n'est pas possible. Ça ne peut pas arriver. »Elle saisit aussitôt son téléphone et appela son fiancé.Il décrocha à la deuxième sonnerie.« Comment vas-tu, mon amour ? Tu m'as manqué… »« Chéri, ce n'est pas le moment de parler d'amour ! » répliqua sèchement Selene, la voix tremblante.« Il y a un problème au paradis. »Un silence immédiat s'installa.« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-il, la voix soudain plus tendue.Selene se mit à faire les cent pas.« Damian a accepté le mariage. Il m'a même confié toute l'organisation des préparatifs. »« Waouh… » Il rit doucement. « Alors, notre plan fonctionne. Je ne vois pas où est le problème. Il te suffit de jouer tes cartes… »« Il a posé une condition. »Son ton ch
Selene faisait les cent pas dans la pièce comme un chat agité, son téléphone à la main, ses ongles tapotant furieusement contre l'écran.Bip… bip… bip…Messagerie vocale. Encore.« Damian, décroche ton téléphone ! » lança-t-elle sèchement à l'appareil.Elle envoya un dixième message. Puis un onzième. Puis un douzième.À sa quinzième tentative, elle respirait déjà difficilement.« Où peut-il bien être à cette heure-ci ? » marmonna-t-elle en se serrant les bras. « Quel genre d'homme ignore sa fiancée enceinte à deux heures du matin ? »Une demi-heure plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit dans un déclic.Damian fit son entrée en titubant, ivre, débraillé, empestant le whisky et la nuit passée dehors.Selene marcha droit vers lui.« Où étais-tu ? Je t'ai appelé. Je t'ai envoyé des messages. Tu n'as pas répondu ! Damian, tu n'as pas vu mes appels ?! »Il cligna lentement des yeux, le regard perdu.« Femme… ne me dérange pas. »Il la contourna et se dirigea vers l'escalier.« Oh non. Non, n
Aria entra dans la salle à manger au moment où Damian et Selene étaient assis dans un silence inconfortable. L'atmosphère était si lourde qu'on aurait pu la couper au couteau.Elle s'arrêta.« Bonjour. »Selene poussa un soupir théâtral, bruyant et agacé, puis attrapa son sac et sortit d'un pas assuré, sans même lui accorder un regard.Aria cligna des yeux.D'accord… Qu'est-ce que c'était que ça ?Damian ne répondit pas à sa salutation. Il ne la regarda même pas. Il se leva simplement, rajusta sa veste de costume et passa devant elle comme si elle n'existait pas.Le silence l'enveloppa comme un brouillard glacé.Aria murmura pour elle-même :Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de guerre froide ?Avant qu'elle ait pu comprendre quoi que ce soit, le bruit du moteur de la voiture de Damian résonna dans la cour. Il était déjà parti.Damian fit irruption dans son bureau, la mâchoire crispée. Il posa sa mallette avec brusquerie et appuya immédiatement sur le bouton d'appel d'Evelyn.
Il était 23 h 28 et Selene n'était toujours pas rentrée.Damian finit par refermer son ordinateur portable dans un soupir. Elle en fait vraiment trop, pensa-t-il.Il descendit au rez-de-chaussée et aperçut l'un des domestiques.« Où est ma petite amie ? » demanda-t-il doucement.« Monsieur… je l'ai vue entrer dans la chambre d'amis », répondit le domestique.Damian fronça les sourcils. Il se dirigea vers la chambre et poussa la porte.Selene se redressa brusquement, une main plaquée sur sa poitrine, comme si elle venait d'avoir une peur bleue.« Damian, qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante, d'une manière presque trop parfaite pour être naturelle.« Je devrais plutôt te poser cette question », répondit-il en entrant.« Je suis venue ici pour réfléchir, Damian », dit-elle en laissant échapper un faux soupir tremblant. « J'avais besoin de retrouver un peu de tranquillité. Je suis… stressée. »Damian s'assit à côté d'elle et passa un bras autour de ses épaule
Il est 7 h 15.Jessica se tenait devant les portes vitrées de Carter Holdings, inspirant profondément comme quelqu'un sur le point de courir un marathon auquel elle ne s'était pas préparée. Elle réajusta son chignon, redressa les épaules et se murmura :« D'accord. C'est Vivienne Carter. Pas un lion. Tu ne vas pas mourir. »Elle entra.Vivienne arriva à 7 h 29 précises, ses talons claquant sur le sol avec l'assurance de quelqu'un qui n'avait probablement jamais été en retard de toute sa vie.« Jessica », dit-elle sans ralentir. « Suivez-moi. »Jessica se mit presque à trottiner derrière elle.La voix de Vivienne fusait à toute vitesse.« Je veux que vous mettiez mon emploi du temps à jour, que vous filtriez tous mes e-mails, que vous appeliez mon styliste et que vous me prépariez un café qui ait le goût du paradis, pas celui du désespoir. Vous pouvez gérer tout ça ? »« Oui, madame. »« Bien. Parce que je ne répète jamais mes instructions. Jamais. »Elles arrivèrent devant son bureau,
Trois jours plus tardLa salle de conférence de Carter Holdings ressemblait à une scène de crime où la patience humaine aurait été assassinée. Des papiers partout. Des tasses de café abandonnées comme des victimes de guerre. Et un parfum si lourd dans l'air qu'il aurait pu étouffer les ancêtres eux-mêmes.Vivienne Carter se tenait au milieu de ce chaos, grande, impeccable et aussi théâtrale que d'habitude. Elle portait un chemisier en soie si blanc qu'il aurait pu aveugler un évêque. Ses talons claquaient sur le sol en marbre comme des coups de feu tandis qu'elle arpentait la pièce de long en large.Son ancienne assistante, Melissa, se tenait près d'elle, nerveuse, un porte-bloc à la main.« Madame, voici les candidats présélectionnés. Devons-nous… »Vivienne leva une main aux ongles parfaitement manucurés.« Melissa, ma chérie, je n'ai pas besoin de commentaires. Fais simplement entrer la première victime… Je veux dire, la première candidate. »Melissa déglutit.« Oui, madame. »Un h







