LOGINEmma
Le samedi soir enveloppe la ville d’un voile moiré, une lumière douce et chaude qui caresse les façades, plongeant les rues dans une intimité feutrée. Je me tiens devant la porte de la boîte de nuit, ma robe noire collant à ma peau comme une seconde peau, épousant chaque courbe que je connais bien mais que ce soir, je veux célébrer. Chaque pas que je fais résonne comme un défi lancé au silence de mes nuits trop calmes, à la monotonie d’un quotidien trop rangé.
Je sens l’excitation et la nervosité se mêler dans mon ventre, un mélange électrique qui fait battre mon cœur plus vite, comme un tambour tribal. Autour de moi, les basses grondent, me traversent, s’enfoncent dans mes os. Les corps dansent, ondulent, se cherchent et se frôlent, tissant une atmosphère chargée d’une sensualité palpable. La lumière change sans cesse, jouant avec les ombres et faisant scintiller ma peau sous un kaléidoscope mouvant.
Je m’installe au bar, mes doigts jouant machinalement avec mon verre, mes yeux s’égarant dans cette foule qui bouge sans cesse, qui vit avec cette fièvre douce. Je sens les regards qui se posent sur moi, certains furtifs, d’autres plus appuyés, plus lourds de promesses. Une main effleure mon épaule. Je tourne la tête doucement.
Il est là.
Grand, élancé, vêtu d’un costume noir impeccable qui met en valeur son torse large et ses épaules puissantes. Son visage est marqué, encadré d’une barbe soignée, et ses yeux sombres brûlent d’un feu intense, hypnotique. Un sourire en coin, à la fois sauvage et intriguant, étire ses lèvres.
Il avance vers moi avec une lenteur calculée, chaque geste chargé d’une assurance qui réveille en moi des désirs que je croyais endormis.
— Je peux t’offrir un verre ? murmure-t-il d’une voix grave et veloutée, un souffle contre mon oreille qui me fait frissonner.
Je hoche la tête, incapable de parler. Mon souffle se fait court, mon cœur tambourine à la mesure des basses qui résonnent autour de nous. Quelques mots s’échangent, mais ils sont déjà inutiles. Nos regards se parlent, brûlants de promesses silencieuses, d’urgences partagées.
Sa main chaude se pose sur ma taille, glissant lentement, son toucher traversant la fine étoffe de ma robe, embrasant ma peau nue. Je me cambre, abandonnée à cette caresse qui me consume.
Sans un mot, il attrape ma main, m’entraîne vers la piste de danse. La musique pulse avec une intensité nouvelle, rythmée et sensuelle. Il me rapproche de lui, nos corps s’effleurent à chaque pas, chaque mouvement.
Il danse avec une aisance hypnotique, me guidant avec douceur et fermeté. Je sens son souffle chaud contre ma nuque, ses mains glissent lentement sur mes hanches, m’attirant plus près, jusqu’à ce que nos torses soient collés l’un à l’autre. Je ferme les yeux, laissant le rythme m’envahir, laissant cette proximité allumer un feu sourd en moi.
Ses lèvres effleurent mon oreille, sa voix un murmure brûlant :
— Tu es magnifique.
Je frissonne, mes mains s’égarent sur son torse, découvrant la dureté sous le tissu. Nos corps bougent ensemble, dans une harmonie parfaite, chaque mouvement attisant l’envie qui grandit entre nous.
Il glisse une main sous ma robe, caressant ma peau avec une lenteur exquise. Je me cambre, respirant son parfum épicé, perdue dans la chaleur de ce moment suspendu.
La musique s’efface peu à peu derrière le tumulte de mes sens. Je sens son souffle s’approcher de mes lèvres, puis ses mains descendent encore, plus audacieuses, plus pressantes.
Je ne peux plus attendre.
Sans un mot, il m’entraîne vers les toilettes, dérobés à la foule, à la lumière, au monde. La porte se referme derrière nous, laissant place à l’obscurité chaude et rassurante.
Je sens ses mains se poser sur mes joues, ses lèvres cherchent les miennes avec une urgence dévorante. Nos corps s’imbriquent, s’embrasent. Ma robe glisse doucement sur mes épaules, découvrant ma peau tendre à ses caresses.
Il me soulève délicatement, me posant contre le mur. Ses mains parcourent mon dos, descendent lentement, explorant chaque centimètre, éveillant en moi un désir incandescent.
Je sens ses doigts effleurer mon intimité, provoquant des frissons qui montent jusqu’à ma gorge. Nos souffles se mêlent, haletants, alors qu’il pénètre en moi, lentement d’abord, comme pour savourer chaque instant.
Je m’abandonne à cette danse sauvage, à ce feu qui nous consume, laissant mes mains s’accrocher à son cou, mes jambes s’enrouler autour de lui. Chaque mouvement est une explosion de plaisir, chaque contact une promesse de plus.
Le temps n’a plus de prise sur nous.
Il n’y a que la chaleur, l’ombre, la nuit.
Et ce samedi qui s’écrit au rythme de nos corps en fusion.
Je remets ma robe en silence, mes doigts tremblants encore du plaisir qui pulse sous ma peau. Dans le miroir fissuré, je croise son regard derrière moi. Il ne dit rien. Il ne sourit pas non plus. Il m’observe, comme s’il n’arrivait pas à croire ce qu’on venait de faire. Comme s’il me découvrait tout juste.
Je passe une main dans mes cheveux, tente de reprendre une contenance, mais rien ne sera plus jamais exactement à sa place, maintenant.
Pas moi.
Pas lui.
Pas nous.
Il s’approche sans un mot, ses mains encadrent mes hanches, ses lèvres se posent sur mon épaule nue. Un baiser lent. Inattendu.
— Viens, murmure-t-il, sa voix plus rauque, plus grave.
Je n’ai pas besoin de demander où.
On sort de la boîte sans un regard pour la foule, les murs, la nuit électrique. Il marche vite, sûr de lui, et je le suis, les talons claquant sur l’asphalte comme un écho impatient. Je devrais me poser des questions, me méfier de cet inconnu dont je ne connais même pas le prénom. Mais tout en moi brûle encore, tout en moi réclame davantage. Plus que des caresses volées. Plus qu’un mur froid et une porte fermée.
Un taxi. Quelques mots échangés. Je le regarde à travers la vitre, son profil découpé par les lumières de la ville. Il ne parle pas. Mais sa main cherche la mienne, la serre fort.
Je laisse faire.
Son appartement est vaste, épuré, fait de silence et de béton brut. Rien n’y respire la chaleur. Sauf lui.
Il m’attire dans la pénombre du salon, et cette fois, c’est moi qui l’embrasse. Avec une audace neuve. Une faim insolente.
Il s’effondre avec moi sur le canapé, ses mains glissent sous ma robe, impatient, dévorant, et je ris contre sa bouche, essoufflée.
— Tu es toujours comme ça ? je murmure contre sa gorge.
— Non.
Un seul mot. Froid, tranchant. Vrai.
Il me regarde avec une intensité presque douloureuse.
— Juste avec toi.
Alors je le dévore à mon tour.
Je veux qu’il se souvienne de moi.
Je veux m’imprimer sur sa peau, sur sa langue, dans ses nuits.
Je veux qu’il me désire demain, et le jour d’après.
Il me soulève, m’emporte dans sa chambre. Cette fois, il prend son temps. Il explore. Il apprend. Il réinvente. Chaque geste est une réponse à un soupir. Chaque frisson appelle un autre.
Je jouis contre lui, les yeux ouverts, sans honte. Il m’observe, le regard fixe, fasciné.
— Dis-moi ton nom, je souffle.
Un sourire étire ses lèvres.
— Elias. Et toi ?
— Emma.
Il répète mon prénom comme une promesse.
Et je me perds encore dans ses bras.
On s’endort bien plus tard, les corps enchevêtrés, la nuit déjà entamée.
Son souffle régulier contre ma nuque.
Sa main sur mon ventre.
Et dans l’obscurité, je sens mon cœur battre autrement.
ELENAJe suis en train de m’effondrer. Mes mains s’accrochent à ses épaules, mes doigts s’enfonçant dans sa peau. Ma tête tombe en arrière, un long gémissement continu s’échappant de mes lèvres.— C’est ça, encourage-t-il, sa voix vibrante contre ma chair. Donne-le-moi. Donne-moi tout.Et je le fais. La vague monte, inexorable, chauffée à blanc par des semaines de tension partagée, de regards chargés lors de réunions, de doigts qui se frôlent en passant des dossiers. Elle se brise avec une violence qui me déracine. Je crie, mon corps se tordant, secoué par des spasmes qu’il prolonge, adoucit, savoure jusqu’à la dernière vague.Quand je rouvre les yeux, tremblante, vidée, il est toujours là, me regardant avec une expression de triomphe tendre et sauvage. Sa bouche et son menton sont luisants. Il se lève, son propre désir dur et impérieux entre nous.Il me prend dans ses bras, me soulève sans effort et me pose sur le bord du bureau. Les papiers froissent sous moi. Il écarte mes jambes e
ELENATrois mois plus tard.Le loft ne sent plus le vernis et le pouvoir froid. Il sent le café fort, les papiers entassés, la cire d’abeille d’une bougie que j’ai allumée sur le bureau , notre bureau et l’odeur de lui, de nous, imprégnée dans chaque surface.Je suis penchée sur les derniers contrats de Sterling Dynamics, ceux que Kai m’a donnés sans filtre. La lumière du soir coule à travers la verrière, dorant les colonnes de chiffres, les clauses dissimulées que je surligne en rouge. Mon crayon gratte le papier, un son vif dans le silence concentré.Soudain, une ombre me coupe la lumière.Je ne l’ai pas entendu arriver. Il a cette façon féline de se déplacer, même pieds nus sur le béton poli. Je lève les yeux.Kai est appuyé contre le bord du bureau, une simple serviette enroulée à sa taille. Ses cheveux sont encore mouillés, sombres, des gouttes perlant sur ses épaules, glissant le long du sillon de sa colonne vertébrale, disparaissant dans le tissu éponge. Il a passé la journée à
ELENA Il plonge son regard dans le mien, désarmé, furieux.— Tu sais maintenant que je ne suis pas un monstre complet. Tu sais que j’ai une ligne, même tordue. Tu sais que je suis capable de sacrifier un avantage stratégique pour… des pions. Cette connaissance, dans tes mains, est plus destructrice qu’un millier d’articles. Parce qu’elle est vraie. Et parce que tu l’as vue par toi-même, pas dans des documents, mais en moi.Je le regarde, le cerveau en ébullition. La pièce du puzzle ultime se met en place. Sa froideur, son contrôle, ne sont pas une absence d’humanité, mais son enfermement. Il se protège, lui et ceux qui dépendent de lui, dans une prison de pouvoir. Et je viens d’en briser la serrure.— Pourquoi me le dis-tu ? Pourquoi me donner cette arme ?Un sourire triste, presque tendre, flotte sur ses lèvres.— Parce qu’une guerre ne peut se faire qu’entre égaux. Et hier soir, tu m’as hissée à ton niveau. Tu es dans le système, Elena. Je ne peux plus te traiter comme une menace e
ELENALe lendemain, l’air du jardin japonais est saturé d’une tension nouvelle. Chaque pierre, chaque érable, chaque mouvement de l’eau semble porter la mémoire de la veille. Je marche le long du chemin de gravier, mon corps encore empreint de la sensation de Kai, chaque muscle un doux rappel douloureux de notre collision. Je porte une robe simple, en soie noire. Une armure légère contre ce qui va venir. Ou peut-être un drapeau de reddition.Kai m’attend près du pont de bois, tourné vers l’étang aux carpes koï. Il est vêtu d’un costume gris anthracite, impeccable, mais ses yeux, quand il se retourne, n’ont rien de net. Ce sont des ciels d’après-tempête, gris et tourmentés, parcourus d’éclairs d’une possession toujours vive. Il ne sourit pas. Il me dévore des yeux, lentement, comme s’il recalculait chaque courbe qu’il a explorée, chaque son qu’il m’a arraché.— Tu es en retard.Sa voix est plus grave que d’habitude, raclée par des souvenirs de grognements et de murmures. Je m’arrête à
Elena Il attrapa le bord de mon pull et, d’un geste impatient, me le retira par-dessus la tête. L’air frais du loft me mordit la peau, aussitôt remplacé par la chaleur de son regard. Il me détailla, des yeux sombres et agrandis, à la bouche gonflée, jusqu’aux courbes que dissimulaient encore mon soutien-gorge et mon jean. Son expression était de l’ordre du rapt, d’une faim assouvie enfin en vue.— Tu es exactement comme dans mes fantasmes, murmura-t-il. En pire. Parce que tu es réelle.Il défit la fermeture de mon jean d’une main experte, le faisant glisser le long de mes jambes avec l’autre. Je restais assise sur le bureau, en petite tenue, vulnérable et puissante à la fois sous son regard dévorant. Ses mains encerclèrent mes chevilles, puis remontèrent le long de mes mollets, mes genoux, mes cuisses, avec une lenteur délibérée qui me fit frémir de tout mon être.— Kai…, haletai-je, ne sachant plus si c’était une supplique ou un ordre.Il s’agenouilla soudain entre mes jambes écarté
Elena La voiture glissait dans les rues de la ville comme un requin dans des eaux nocturnes, feutrée, puissante. Le silence à l’intérieur n’était pas un vide, mais une substance palpable, chargée de tout ce qui venait de se passer et de tout ce qui se préparait. Kai conduisait d’une main négligente, l’autre posée sur le levier de vitesse, son avant-bras tendu, une carte géographique de veines sous la peau pâle.Je regardais défiler les lumières, incapables de pénétrer la vitre teintée. Mon corps était un champ de bataille post-conflit : chaque point où il m’avait touchée – les hanches, la nuque, la bouche – palpitait doucement, envoyant des ondes de rémanence vers mon centre. J’étais assise sur mes mains pour les empêcher de trembler. Ou de se porter à lui.— Où allons-nous ? demandai-je, ma voix trop calme pour être vraie.— Quelque part où on ne nous trouvera pas. Où tu ne pourras pas fuir.— Je ne fuis pas. Je me retire stratégiquement.Il tourna légèrement la tête, un éclat bleu







