Início / Romance / PROIE CONSENTANTE / CHAPITRE 7: JE LE GARDE POUR MOI

Compartilhar

CHAPITRE 7: JE LE GARDE POUR MOI

Autor: Lucentia
last update Data de publicação: 2026-06-22 15:29:59

POV : Damien

Ils sont partis à trois heures du matin.

Je les ai regardés quitter le périmètre depuis la caméra thermique du couloir nord — deux silhouettes, pas trois, ce qui signifiait que le troisième était soit resté en retrait soit n'avait jamais existé et que j'avais surestimé leur nombre dans le jardin. Erreur mineure. Le genre d'erreur que je ne fais généralement pas quand je ne suis pas distrait.

Je suis distrait.

C'est nouveau.

Je pose le téléphone sur la console et je reste debout dans le couloir sombre à écouter la maison. Kostas dort — ou fait semblant, ce qui revient au même avec lui. À l'étage, aucun bruit. Elle dort peut-être. Probablement pas. Mara Sinclair dans une maison où des hommes de Marcus Webb viennent de rôder dans le jardin — non. Elle est éveillée. Les yeux ouverts dans le noir à construire quelque chose avec les pièces que je lui ai données et celles que je ne lui ai pas encore données.

C'est le problème avec les gens qui pensent comme elle.

On ne peut pas les arrêter de penser.

Je vais dans la cuisine. Je fais chauffer de l'eau — pas de café à cette heure, juste de l'eau chaude, une habitude qui vient de ma mère et que je n'ai jamais perdue malgré tout ce qui est venu après. Ma mère faisait chauffer de l'eau à n'importe quelle heure de la nuit quand elle ne dormait pas. Elle disait que l'eau chaude ne résolvait rien mais que ça donnait quelque chose à tenir pendant qu'on réfléchissait.

Elle avait fui Bogotá avec moi à neuf ans et une valise.

Elle savait de quoi elle parlait.

Je m'assieds à la table de la cuisine avec ma tasse et je pense à la question que Mara m'a posée avant de monter.

Vous avez les preuves de sa mort.

Et moi — j'ai les preuves de ce que Webb a organisé. Pas les mêmes choses.

Elle a entendu la fissure dans ma réponse. Je le savais en la donnant. Mara Sinclair entend les fissures — c'est précisément pour ça qu'elle est la meilleure dans ce qu'elle fait et précisément pour ça que cette conversation-là ne pouvait pas avoir lieu ce soir.

Pas parce que je veux lui cacher quelque chose.

Parce que certaines informations ont besoin d'arriver dans le bon ordre. Lui dire ce que je sais sur son père maintenant — avec Webb qui vient d'envoyer des hommes dans mon jardin, avec le document sur Marcus encore chaud dans ses mains, avec dix ans de deuil qui viennent de se transformer en autre chose en l'espace d'une soirée — c'est trop. Pas pour elle en général. Pour elle ce soir spécifiquement.

Je la sous-estimais avant de la rencontrer.

Je ne fais plus cette erreur.

Ce que je sais sur Arthur Sinclair est simple en apparence et dévastateur dans ses implications. Simple — il n'est pas mort. Webb n'a pas commandité un meurtre. Il a commandité une disparition, ce qui est techniquement moins grave et humainement infiniment pire parce que ça signifie qu'Arthur Sinclair est quelque part en vie pendant que sa fille a passé dix ans à construire un mensonge autour de son absence.

Dévastateur — parce que si Arthur Sinclair est vivant sous protection fédérale, il a des preuves. Les preuves originales. Celles que Webb a passé vingt ans à s'assurer qu'elles ne voient jamais le jour. Et si Mara trouve son père avant que Webb comprenne qu'elle cherche dans cette direction—

Webb n'enverra plus des hommes pour regarder par les fenêtres.

Il enverra des hommes pour finir le travail.

Je pose ma tasse.

Je regarde le bois de la table.

Il y a quelque chose d'autre que je n'avais pas prévu et que je commence à ne plus pouvoir ignorer. Quelque chose qui n'a rien à voir avec les dossiers ou les preuves ou la stratégie que j'avais construite avant de frapper à sa porte.

Elle s'appelle Mara.

Elle mange seulement quand elle voit la nourriture parce qu'elle oublie d'avoir faim quand elle pense. Elle cartographie chaque pièce dans laquelle elle entre avec la même attention tranquille qu'elle applique à tout le reste. Elle dit pff quand elle est en colère et continuez quand elle décide de faire confiance malgré elle. Elle a laissé deux secondes de trop dans le jardin ce soir — deux secondes pendant lesquelles elle ne cherchait pas à savoir quoi que ce soit et ne se défendait contre rien.

Ces deux secondes m'ont plus déstabilisé que tout ce que Webb a organisé depuis une semaine.

Je n'avais pas prévu ça.

Je n'avais pas prévu elle — pas comme ça. Pas la façon dont elle occupe l'espace sans chercher à le remplir. Pas la façon dont elle me regarde comme si elle cherchait quelque chose de plus profond que ce que je montre et comme si elle était frustrée de ne pas encore trouver le bon angle d'attaque.

Les gens ne me regardent généralement pas comme ça.

Les gens me regardent et voient ce que je veux qu'ils voient.

Elle voit autre chose. Je ne sais pas encore quoi exactement. Et c'est précisément ça — ne pas savoir exactement — qui me dérange.

Soudain m, Mon téléphone vibre.

Luca. Mon responsable opérationnel à New York. Je décroche à la deuxième vibration.

— Les deux qu'on a repérés, dit-il sans préambule. Ils travaillent pas directement pour Webb. Intermédiaires. Engagés il y a quarante-huit heures via un contact à Philly.

— Qui a engagé le contact à Philly? Je demande

— C'est là que ça devient intéressant. Le contact à Philly reçoit ses instructions d'un numéro qui remonte à un cabinet d'avocats de Midtown.

Je connais ce cabinet.

Il représente le Sentinel depuis douze ans.

— Webb a externalisé, je dis.

— Il se protège. S'il y a des retombées il est à trois couches de distance. Juridiquement intouchable.

— Pour l'instant.

— Pour l'instant, confirme Luca.

Je raccroche.

Je reste assis encore cinq minutes dans la cuisine silencieuse.

Webb a externalisé parce qu'il a peur. Un homme qui a peur fait des erreurs. Des erreurs qui laissent des traces. Et des traces — c'est exactement ce dont Mara a besoin pour construire le dossier qui tiendra devant n'importe quel tribunal du pays.

Elle ne le sait pas encore.

Je ne vais pas lui dire ce matin — elle a besoin de dormir, elle a besoin de quelques heures sans nouvelle information à intégrer. Mais demain. Demain je lui donne Luca et ce qu'il a trouvé et on commence à construire ensemble quelque chose de différent de ce qu'elle était venue détruire.

Je monte l'escalier silencieusement.

Je passe devant sa porte.

De la lumière filtre dessous.

Je m'arrête. Une seconde. Deux.

Je n'ai aucune raison de m'arrêter là. Aucune raison professionnelle, aucune raison stratégique. Elle est éveillée et elle pense et c'est exactement ce que je savais qu'elle ferait et il n'y a rien que je puisse faire avec ça à trois heures du matin dans un couloir.

Je continue vers ma chambre.

Je m'allonge sur le lit sans me déshabiller.

Je fixe le plafond.

Quelque part derrière cette porte elle tient un document sur ses genoux et elle reconstruit dix ans de sa vie avec des matériaux différents. Quelque part dans le jardin deux hommes de Marcus Webb viennent de disparaître dans le noir avec un message qu'ils vont lui rapporter. Et quelque part dans des archives fédérales scellées il y a un accord de protection de témoin qui porte le nom d'un homme qu'elle croit mort.

Je n'aurais pas dû m'arrêter devant sa porte.

Je recommencerai probablement demain.

Je ferme les yeux.

Je n'attends pas vraiment de dormir, si j'y arrive.

Continue a ler este livro gratuitamente
Escaneie o código para baixar o App

Último capítulo

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 10 : UNE VÉRITÉ CRUE

    POV : MaraIl me dit la vérité au lever du jour.Pas la nuit. Pas dans la cuisine devant un café. Il attend que le ciel commence à changer de couleur derrière les fenêtres du salon, cette heure indécise où la nuit n'est plus tout à fait la nuit et où le jour n'a pas encore eu le courage d'arriver complètement. Comme s'il avait choisi cette lumière précise parce qu'elle ne juge pas, parce qu'elle ne révèle rien trop brutalement.Je suis déjà debout quand il descend.Je n'ai pas vraiment dormi encore. Trois nuits maintenant. Mon corps commence à fonctionner sur autre chose que le sommeil, sur une tension qui s'est installée si profondément qu'elle ressemble presque à de l'énergie.Il s'assied face à moi. Pas de café cette fois. Pas de dossier ouvert entre nous.Juste lui, et moi, et le silence qui précède les choses qu'on ne peut plus repousser.— Arthur Sinclair n'est pas mort, Lâcha-t-il brusquement.Je ne bouge pas.Je m'attendais à quelque chose. J'avais passé la nuit à construire d

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 9: LES SERVEURS

    POV : DamienLuca ouvre le tunnel à vingt et une heures.Je le regarde travailler depuis le seuil de mon bureau — les doigts qui courent sur le clavier avec cette aisance particulière des gens qui ont grandi dans les machines plutôt que dans les livres, les lignes de code qui défilent trop vite pour que je les suive vraiment. Je ne suis pas ce genre d'homme. Je sais diriger des gens qui savent faire ça. C'est suffisant.Mara est assise à côté de lui.Elle ne le quitte pas des yeux. Pas par méfiance — par fascination pure, la même qu'elle a pour tout ce qu'elle ne maîtrise pas encore. Je l'ai regardée toute la journée absorber des choses avec une vitesse qui me dérange un peu, si je suis honnête. Elle pose une question à Luca. Il répond. Elle en pose une autre, plus précise, qui montre qu'elle avait déjà anticipé la réponse à la première.— Vous codez ? lui demande Luca, sans lever les yeux de son écran.— Non. Mais je sais reconnaître quelqu'un qui ferme des portes derrière lui en tra

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 8: UN DÉTAIL PESANT

    POV : MaraJe l'entends descendre à six heures.Pas parce que je dormais et que le bruit m'a réveillée — parce que je n'avais pas fermé les yeux de la nuit et que j'avais compté chaque heure depuis que j'avais monté cet escalier avec un document contre la poitrine et une question sans réponse qui tournait en boucle dans ma tête.Pas les mêmes choses.J'avais retourné ces quatre mots dans tous les sens pendant six heures. Je les avais décortiqués, recomposés, cherché ce qu'ils cachaient et ce qu'ils révélaient. J'avais plusieurs théories. Aucune que je voulais finir de formuler.Je descends cinq minutes après lui.Il est dans la cuisine cette fois — pas au salon, pas près de la fenêtre. Assis à la table avec deux tasses déjà posées et quelque chose qui ressemble à un petit-déjeuner que Kostas a dû préparer tôt. Il lève les yeux quand j'entre. Il a l'air de quelqu'un qui n'a pas dormi non plus mais qui a l'habitude de fonctionner sans — pas fatigué, juste légèrement moins construit qu'e

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 7: JE LE GARDE POUR MOI

    POV : DamienIls sont partis à trois heures du matin.Je les ai regardés quitter le périmètre depuis la caméra thermique du couloir nord — deux silhouettes, pas trois, ce qui signifiait que le troisième était soit resté en retrait soit n'avait jamais existé et que j'avais surestimé leur nombre dans le jardin. Erreur mineure. Le genre d'erreur que je ne fais généralement pas quand je ne suis pas distrait.Je suis distrait.C'est nouveau.Je pose le téléphone sur la console et je reste debout dans le couloir sombre à écouter la maison. Kostas dort — ou fait semblant, ce qui revient au même avec lui. À l'étage, aucun bruit. Elle dort peut-être. Probablement pas. Mara Sinclair dans une maison où des hommes de Marcus Webb viennent de rôder dans le jardin — non. Elle est éveillée. Les yeux ouverts dans le noir à construire quelque chose avec les pièces que je lui ai données et celles que je ne lui ai pas encore données.C'est le problème avec les gens qui pensent comme elle.On ne peut pas

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 6: CE QUI ATTEND DANS LE NOIR

    Mara:Je l'entends avant de le voir.Pas un bruit franc pas le craquement d'une branche ou le froissement de feuilles mortes que les films utilisent pour annoncer le danger. Quelque chose de plus subtil. Une modification de la texture du silence. L'air qui change de densité d'un seul côté, comme quand quelqu'un retient sa respiration dans une pièce obscure et que son corps déplace quand même quelque chose sans le vouloir.J'ai appris à lire ça à vingt-deux ans dans un parking souterrain du Bronx où une source m'avait donné rendez-vous et ne s'était pas présentée. Quelqu'un d'autre était là à sa place. J'avais senti la même chose — cette modification imperceptible et j'avais couru avant de comprendre pourquoi.Ce soir je ne cours pas.Ce soir je me fige.La lisière des arbres est à six mètres devant moi. Les lumières du jardin s'arrêtent là au-delà c'est le noir complet, le genre de noir des endroits sans voisins et sans routes proches, opaque et absolu. Je fixe ce noir. Je ne cligne

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 5: CE QU'IL SAIT SUR MOI

    Point de vue de Mara:Le nom arrive le soir m'a-t-il assuréPas à la façon dont je l'avais imaginé pendant toute la journée pas assis en face de moi avec un dossier ouvert et des preuves alignées. Il arrive debout près de la cheminée, les bras croisés, les yeux fixés sur les flammes comme s'il cherchait encore comment formuler quelque chose qu'il sait depuis longtemps.Je l'ai regardé toute la journée chercher comment me dire ce qu'il a à me dire.Ça ne m'a pas échappé.— Vous avez faim ? dit-il sans se retourner.— Vous m'avez dit ce soir. Il est vingt heures. C'est ce soir.Il se retourne. Il me regarde d'une façon qui dit qu'il avait essayé. Que si j'avais voulu du temps supplémentaire il me l'aurait accordé. Que c'est moi qui ai choisi le rythme.Il s'assoit.— Marcus Webb, dit-il.Trois secondes.Cinq.Le feu crépite dans la cheminée et le monde continue de fonctionner normalement pendant que le mien vient de s'arrêter net sur deux mots que je n'avais pas vus venir.— Non, je dis

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 4: LA PROPRIÉTÉ

    Point de vue de Mara:Je n'ai pas dormi. Comment le pouvais-je ? Je me demande encore comment j'ai pu accepter de le suivre?J'ai fermé les yeux pendant deux heures dans un lit trop confortable pour quelqu'un qui n'avait pas prévu de passer la nuit ailleurs, et j'ai laissé mon cerveau faire ce qu'i

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 3: CE QU'ON NE REFUSE PAS

    Point de vue : DamienElle dit oui à quatre heures du matin. Pas avec des mots. Avec le silence qui a suivi ma question un silence précis, mesuré, le silence de quelqu'un qui a déjà pris sa décision et prend le temps qu'il faut pour ne pas avoir l'air de l'avoir prise trop vite. J'ai appris à lire

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 2: L'HOMME À MA PORTE

    Point de vue : MaraIl entre comme si l'appartement lui appartenait. Tout semble si facile pour lui comme ci de base il maîtrise déjà les lieux.Je reste stoïque, sur mes defenses. Et je le laisse rentrer. Il s'avance; pas de façon agressive peut-être joue-t-il sur ma psychologie. Il entre avec cet

  • PROIE CONSENTANTE    CHAPITRE 1: LA DERNIÈRE NUIT

    Point de vue : MaraLe dossier fait quarante-sept pages.Je les connais par cœur. Chaque ligne, chaque chiffre, chaque nom. Je pourrais les réciter dans le noir, dans n'importe quel ordre, les yeux fermés et la voix stable je l'ai fait, d'ailleurs, à trois heures du matin dans ma salle de bain quan

Mais capítulos
Explore e leia bons romances gratuitamente
Acesso gratuito a um vasto número de bons romances no app GoodNovel. Baixe os livros que você gosta e leia em qualquer lugar e a qualquer hora.
Leia livros gratuitamente no app
ESCANEIE O CÓDIGO PARA LER NO APP
DMCA.com Protection Status