Se connecterAlessandra
Le soleil se lève sur l'océan comme un œil qui s'ouvre lentement, indifférent à ma prison dorée. Je suis réveillée par cette lumière qui filtre à travers les voilages blancs, par ce bruit des vagues qui n'en finit pas, comme une respiration géante, comme le souffle de cette maison qui m'engloutit jour après jour.
Trois jours.
Trois jours depuis que j'ai couru pieds
LuckLe jour de l'ouverture, le soleil brille.C'est un signe, je le sais. Après des semaines de pluie, de grisaille, de travail acharné, le ciel a décidé d'être clément. Comme s'il voulait célébrer avec nous.La Fondation Delacroix-Vanin ouvre ses portes dans un ancien entrepôt rénové, au cœur d'un quartier populaire. Nous avons voulu être là, au plus près de ceux que nous voulons aider. Pas dans un bureau luxueux du centre-ville. Ici, parmi les gens.L'espace est vaste, lumineux, chaleureux. Des salles de classe, une bibliothèque, une salle informatique, un coin détente avec des canapés et des jeux. Tout a été pensé pour que les enfants se sentent bien, en sécurité, valoris&ea
Alessandra— Elle vit où, ta mère ?La question est sortie toute seule, un soir, alors que nous étions assis dans le salon. Luck lisait un dossier, moi un roman. Il a relevé la tête, surpris.— Pourquoi tu me demandes ça ?— Parce que je ne sais rien d'elle. Tu ne m'en as presque jamais parlé. Et après ce qui s'est passé avec ma mère... je me dis que la vie est trop courte. Qu'il faut essayer de renouer les liens, quand c'est possible.Il repose son dossier, se passe une main sur le visage. Je vois qu'il est tendu, mal à l'aise.— Je ne l'ai pas vue depuis vingt ans, dit-il. Depuis que j'ai quitté la maison. Je ne sais même pas si elle est encore en vie.&mdas
AlessandraLe notaire est un homme petit, rond, avec des lunettes en demi-lune et une voix monocorde qui égrène les mots comme s'il lisait une liste de courses.— ... et par conséquent, Mademoiselle Delacroix, vous héritez de l'intégralité des biens de votre mère. La maison familiale, les comptes bancaires, les placements, ainsi que divers objets de valeur. Le total s'élève à environ deux millions d'euros.Je reste assise, immobile, sur la chaise en cuir du bureau notarial. Deux millions d'euros. Ce chiffre tourne dans ma tête, absurde, irréel. Ma mère avait deux millions d'euros, et elle m'enfermait dans un placard sous l'escalier. Elle avait deux millions d'euros, et elle me faisait porter des vêtements usés, me privait de sorties scolaires, me
LuckLe téléphone sonne à trois heures du matin.Je sais, avant même de décrocher. Cette heure-là n'apporte jamais de bonnes nouvelles. Alessandra dort à côté de moi, son souffle régulier, son visage paisible dans la pénombre. Je m'extirpe doucement du lit pour ne pas la réveiller, j'attrape mon portable sur la table de nuit.— Allô ?— Monsieur Vanin ? C'est la maison de retraite. Je suis désolée de vous déranger à cette heure...La suite est floue. Des mots que j'entends sans les comprendre vraiment. Déclin rapide. Nuit difficile. N'a pas souffert. Partie paisiblement.Je raccroche. Je reste immobile dans le noir, le téléphone à la main
Le mot est dur, froid. Pas Maman. Mère. Elle accuse le coup, baisse la tête.— Te demander pardon.— Pardon ?— Oui. Pardon pour tout. Pour le placard sous l'escalier. Pour les mots que je t'ai dits, ceux que je n'ai pas dits. Pour t'avoir fait croire que tu ne valais rien, que tu n'étais pas aimée. Pour avoir choisi Leo, et pas toi.Sa voix se brise. Elle pleure maintenant, de vrais sanglots qui secouent son corps fragile.— Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. Je ne me le suis jamais expliqué. Peut-être que je t'en voulais d'être née. Peut-être que je projetais sur toi mes propres échecs, mes propres souffrances. Peut-être que j'étais juste une mauvaise mère, incapable d'aimer.Je l'écoute, et
Il est assis dans son lit quand on entre. Il a meilleure mine, beaucoup meilleure mine. Ses joues ont repris des couleurs, ses yeux sont plus vifs, moins cernés. Il nous voit entrer, et son visage s'éclaire d'un immense sourire.— Devinez quoi, dit-il avant même qu'on ait pu dire un mot.— Quoi ? demande-je, le cœur battant.— Les médecins disent que je sors la semaine prochaine.Je pousse un cri de joie. Je me précipite vers lui, je le prends dans mes bras, doucement, pour ne pas lui faire mal. Il rit, un vrai rire, celui que je n'avais pas entendu depuis si longtemps.— Vraiment ? Vraiment, Leo ?— Vraiment. Je suis guéri. Enfin, presque. Il faudra encore des co
AlessandraJe traverse le hall d’accueil de Blackwood Holdings et chaque pas sur le marbre froid est un coup de couteau. Ce lieu est un cauchemar devenu réalité. Le silence est si lourd qu’il m’étouffe. Je ne suis plus la femme qui est venue ici il y a deux semaines. Je ne suis qu’un spectre, vidé
LuckDe mon bureau, la ville s'étale comme un circuit imprimé de puissance. Je tourne lentement un verre de whisky entre mes doigts, mais la véritable ivresse n'est pas dans le Glenfiddich. Elle est sur l'écran discret encastré dans mon bureau.L'image montre la chambre de la tour. Alessandra est d
LuckLa terrasse privée du « Céladon », cinquante étages au-dessus de la frénésie de New York, baignait dans la lumière dorée du crépuscule. L'air était tiède, chargé du parfum des plats raffinés et du son étouffé d'un violoniste. À ma table, face à moi, souriait Julian Thorne.Julian. Mon plus vie
AlessandraLe trajet de retour dans la voiture silencieuse est un supplice. La robe verte, si élégante tout à l'heure, est maintenant un suaire humide de transpiration froide. Les diamants me griffent la peau, chaque pierre un rappel de son emprise. Luck est assis à côté de moi, immobile, regardant







