로그인Kirill
Je reste.
Je ne peux pas partir. Je ne peux pas l'oublier. Je ne peux pas la laisser. Même si elle me repousse. Même si elle ne m'aime pas. Même si elle n'aimera jamais que lui.
Je veille sur elle de loin.
Chaque soir, je me gare devant l'appartement. La rue est sombre, les réverbères sont rares, les ombres sont épaisses. Je coupe le moteur, j'éteins les lumières, je deviens invisible. Les lu
Elle tourne la tête vers moi. Ses yeux se plantent dans les miens. Des yeux noirs, immenses, insondables. Les yeux qui m'ont fait perdre la raison, ce premier soir, au club, quand elle est montée sur scène pour la première fois. Les yeux qui m'ont fait croire à l'amour, à la rédemption, à une vie différente. Les yeux qui m'ont fait devenir un monstre. Je les ai vus briller de désir, de plaisir, de joie. Je les ai vus briller de larmes, de peur, de haine. Mais ce soir, ils ne brillent pas. Ils sont éteints. Morts. Vides. — Je ne sais pas, Andreï. Je ne sais plus rien. Elle ne dit pas "je ne t'aime plus". Elle ne dit pas "je te déteste". Elle ne dit pas "je vais partir". Elle dit "je ne sais pas". Et c'est infiniment pire. L'incertitude est pire que la haine. La haine est une passion, encore brûlante, encore vivante. L'incertitude est un vide, un néant, un trou noir qui avale tout ce qui s'en approche. Dans ce vide, je tombe. Je tombe sans
La porte-fenêtre du balcon est entrouverte. Un filet d'air froid traverse le rideau blanc, le fait gonfler doucement, le transforme en fantôme. Le tissu ondule, se soulève, retombe. Dehors, la nuit est noire, sans lune, sans étoiles, sans espoir. Le vent siffle faiblement, murmure des choses que je ne comprends pas, des menaces ou des promesses. Je m'approche. Mes pas sont lourds, maladroits, trop bruyants dans le silence. Le parquet craque sous mes semelles, chaque craquement est un reproche, chaque grincement est une accusation. Je pousse le rideau du revers de la main. Le tissu est froid, humide, désagréable. Elle est là. Assise sur la chaise en fer forgé, celle qui rouille depuis trois hivers, celle que personne n'utilise jamais sauf les jours de canicule. Ses pieds nus sont posés sur le garde-corps, ses orteils recroquevillés par le froid. Ses mains sont croisées sur ses genoux, immobiles, sereines, presque irréelles. Elle porte une robe blanche, une robe légère, beaucoup tr
Andreï Je rentre ivre. L'escalier est interminable. Les marches se dérobent sous mes pieds comme des promesses qu'on ne tient pas, les murs penchent vers moi, se rapprochent, m'écrasent. Ma main glisse sur la rampe, moite, tremblante, inutile. L'ampoule du palier grésille, crache une lumière jaune et sale qui danse devant mes yeux, qui m'aveugle, qui me nargue. Ma tête tourne, mon estomac se soulève, ma gorge brûle. La vodka est un poison qui me tient vivant. La vodka est une amie qui me veut du mal. La vodka est la seule chose qui ne m'a jamais trahi, la seule qui reste quand tout le reste s'en va, la seule qui me comprend. La clé tremble dans la serrure. Le métal gratte, résiste, glisse, refuse. Je jure entre mes dents, je frappe le bois du poing, je pousse du genou. La porte cède enfin, s'ouvre sur le noir, sur le silence, sur le vide. L'obscurité de l'appartement est épaisse, presque solide, une matière noire qui colle à la peau, qui remplit les poumons, qui étouffe. Je m'att
KirillJe reste.Je ne peux pas partir. Je ne peux pas l'oublier. Je ne peux pas la laisser. Même si elle me repousse. Même si elle ne m'aime pas. Même si elle n'aimera jamais que lui.Je veille sur elle de loin.Chaque soir, je me gare devant l'appartement. La rue est sombre, les réverbères sont rares, les ombres sont épaisses. Je coupe le moteur, j'éteins les lumières, je deviens invisible. Les lumières de l'appartement sont éteintes, sauf parfois une, dans la chambre. Une lueur jaune, tremblante, qui filtre à travers les rideaux.Je regarde les ombres bouger derrière les rideaux. Des ombres de femmes, des ombres d'hommes, des ombres de corps qui s'agitent, qui s'étreignent, qui se séparent. Je l'imagine. Seule. Perdue. Brisée. Assise sur le canapé, les mains sur les genoux, les yeux dans le vide.Je lui envoie des mes
Elle me regarde, ses yeux pleins de larmes, ses mains tremblantes. Elle me prend dans ses bras, me serre contre elle, me réchauffe.— Sasha, il faut manger. Il faut dormir. Il faut vivre.— Pourquoi ?— Parce que tu es vivante. Parce que tu es forte. Parce que tu es belle.— Je ne suis rien. Je ne suis plus rien. Je ne suis qu'une ombre, un fantôme, un souvenir.— Tu es tout, Sasha. Tu es tout pour moi. Pour Léna. Pour Kirill.Kirill.Son nom résonne dans ma tête, dans mon cœur, dans mon ventre. Kirill. Ses yeux clairs. Sa douceur. Ses mots. Je reviendrai toujours.Mais je ne peux pas penser à lui. Penser à lui, c'est trahir Andreï. Et Andreï m'a trahie. Et je suis perdue. Je ne sais plus ce que je dois faire, ce que je dois penser, ce que je dois sentir.Je continue à danser. Je continue à dép&
SashaLes semaines suivantes sont un enfer.Andreï continue. Il ramène des femmes à l'appartement. Toutes les nuits. Parfois deux. Parfois trois. Des danseuses du club, des filles de la rue, des inconnues qu'il trouve Dieu sait où. Des brunes, des blondes, des rousses. Des jeunes, des moins jeunes, des vieilles. Des belles, des moins belles, des laides. Il les emmène dans notre chambre, notre lit, et il les baise.Il veut que j'entende.La première nuit, je mets mes écouteurs. La musique est forte, les basses couvrent presque tout. J'ai choisi des chansons tristes, des chansons qui parlent de mort, de perte, d'absence. Je monte le volume à fond, jusqu'à ce que mes tympans vibrent, jusqu'à ce que ma tête soit prête à exploser.Mais j'entends quand même.Les rires traversent la musique, aigus, perçants, comme des couteaux qui d&eac
SashaIl m'attire contre lui, m'embrasse sur le front. Un geste tendre, presque paternel, qui me fait fondre.— Sasha, dit-il doucement. Je ne sais pas dire les mots. Je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais ce qu
LénaJe danse. Je danse comme toutes les nuits, le corps qui bouge au rythme de la musique, l'esprit ailleurs. Mais ce soir, je danse différemment. Parce que tout à l'heure, je l'ai vue. Sasha. En robe rouge
AndreïJe referme la porte derrière moi.Un bruit sec. Un clic. Et je sens le masque qui remonte, qui se replace sur mon visage comme une seconde peau. Mes épaules se redressent, ma mâchoire se serre, mes yeux deviennent froids. Le mécanisme est rodé, automatique. Vingt ans d'entraînement. Vingt an
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,







