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La nuit brûlante

ผู้เขียน: Doriane Santos
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-12 01:45:32

Chapitre 5 : La nuit brûlante

Elara

Je ne me souviens plus qui s'est levé le premier.

Peut-être lui. Peut-être moi. Peut-être que nous nous sommes levés ensemble, comme si nos corps s'étaient mis d'accord sans consulter nos esprits. Tout ce dont je me souviens, c'est de sa main qui n'a pas lâché la mienne, de la chaleur de ses doigts qui s'entrelacent aux miens, de la façon dont il m'a guidée vers la sortie sans un mot, sans une hésitation.

L'air de la nuit nous gifle au visage. Il fait froid. Les rues sont désertes, luisantes de pluie. Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais même pas quel jour on est. Le temps s'est dissous dans le vin et le regard gris de l'inconnu qui marche à côté de moi.

Je devrais avoir peur. Je suis seule, la nuit, dans une rue que je ne connais pas, avec un homme dont j'ignore tout. Ma tante serait horrifiée. Julian serait scandalisé. Victoria Ashford en ferait une attaque.

Cette pensée me fait sourire.

— Qu'est-ce qui vous amuse ?

Sa voix est un murmure dans la nuit. Il a incliné la tête vers moi, et je sens son souffle contre ma tempe. Il est tout près. Trop près. Pas assez.

— Je pensais à ma future belle-mère, je réponds. Elle serait furieuse de me voir ici.

— La femme qui vous a mise dans cet état ?

Je ne réponds pas. Je ne sais pas quoi répondre. Victoria n'a rien fait directement. C'est Julian qui m'a trahie. Mais en y réfléchissant, c'est Victoria qui tient les fils. C'est toujours elle. Depuis le début.

Il ne me pousse pas à répondre. Il se contente de continuer à marcher, sa main toujours nouée à la mienne, et cette simple présence me fait un bien fou. Il ne pose pas de questions. Il ne juge pas. Il est juste là, solide et silencieux, comme un phare dans la tempête.

L'hôtel surgit devant nous sans que je l'aie vu venir. Une façade discrète, une enseigne tamisée. Il pousse la porte, échange quelques mots avec le réceptionniste d'une voix trop basse pour que je comprenne, puis il m'entraîne vers l'ascenseur.

Les portes se referment. Nous sommes seuls.

L'espace est exigu. Trop exigu. Nos corps se frôlent sans se toucher vraiment, et cette absence de contact est pire qu'une caresse. Je n'ose pas lever les yeux. Je fixe le sol, le motif usé de la moquette, n'importe quoi pour ne pas croiser son regard. Mon cœur bat si fort que je suis sûre qu'il l'entend.

— Regardez-moi.

Sa voix est douce, presque tendre, mais elle ne laisse aucune place au refus. C'est un ordre et une prière en même temps.

Je lève les yeux.

L'ascenseur s'arrête. Les portes s'ouvrent. Il ne bouge pas. Il me regarde, et dans ses yeux d'orage je vois quelque chose qui ressemble à de la peur. Pas la peur de ce qui pourrait arriver. La peur de ce qui est déjà en train d'arriver. De ce qui nous échappe.

— Vous pouvez encore partir, il dit. Si vous voulez, je vous appelle un taxi et vous rentrez chez vous. Je ne vous retiendrai pas.

C'est un sursis. Une porte ouverte. La dernière chance de faire demi-tour avant de basculer pour de bon.

Je ne la prends pas.

— Je ne veux pas rentrer chez moi.

Les mots sortent de ma bouche avant que j'aie pu les retenir. Ils sont vrais. Ils sont terribles. Ils sont libérateurs.

Il hoche la tête, lentement. Puis il me reprend la main et m'entraîne dans le couloir.

La chambre est immense. Ou peut-être qu'elle me paraît immense parce que je suis minuscule, perdue dans un monde qui vient d'exploser. Des fenêtres du sol au plafond donnent sur la ville endormie. Les lumières de la capitale scintillent au loin, comme un ciel à l'envers. Le lit est vaste, recouvert d'un édredon blanc.

Il referme la porte derrière nous.

Le déclic de la serrure résonne dans le silence comme une condamnation. Ou une délivrance.

Je me tourne vers lui. Il est là, appuyé contre la porte, les bras croisés. Il me regarde avec une intensité qui me fait trembler. Il ne fait pas un geste. Il attend.

Et c'est moi qui fais le premier pas.

Je ne sais pas ce qui me prend. Je ne me reconnais pas. La fille qui traversait les salons des Ashford en baissant les yeux, qui souriait docilement aux amis de Julian, qui ne parlait que lorsqu'on l'interrogeait, cette fille-là n'existe plus. À sa place, il y a une femme qui vient de perdre tout ce en quoi elle croyait et qui a décidé que ce soir, elle ne perdrait plus rien sans se battre.

Je m'approche de lui. Mes talons claquent sur le parquet. Je pose mes mains à plat sur son torse. Sous mes paumes, je sens les battements de son cœur. Ils sont aussi rapides que les miens.

— Je ne veux pas penser, je murmure. Je ne veux pas me souvenir. Je veux juste... sentir.

Il ne répond pas. Pas avec des mots. Sa main se lève et vient se poser sur ma nuque, ses doigts s'enfoncent dans mes cheveux, et il m'attire contre lui avec une lenteur insoutenable. Ses lèvres effleurent mon front. Mes tempes. Mes paupières. Il prend son temps. Il me goûte. Il me dessine.

Et puis sa bouche s'écrase sur la mienne.

Le baiser est sauvage. Désespéré. Brûlant. Ce n'est pas un baiser de débutante, timide et maladroit. C'est un baiser de noyée, un baiser de femme qui s'accroche à la vie avec les dents et les ongles. Il répond avec la même ferveur, la même urgence, et je sens son corps tout entier se tendre contre le mien.

Ses mains descendent le long de mes épaules, suivent la courbe de ma taille, s'arrêtent sur mes hanches. Il me plaque contre lui et je gémis contre sa bouche. Le son qui sort de ma gorge m'étonne moi-même. Je ne savais pas que je pouvais faire ce bruit. Je ne savais pas que je pouvais ressentir ça.

— Dis-moi d'arrêter, il souffle contre mes lèvres.

Sa voix est rauque, brisée, à la limite du supplice.

— Dis-moi d'arrêter et j'arrête.

Je devrais. Je sais que je devrais. C'est de la folie. Je ne connais même pas son nom. Dans quelques heures, je retrouverai ma vie, ma prison, ma mascarade de fiançailles. Rien de tout cela n'est réel. Rien de tout cela ne devrait arriver.

— Ne t'arrête pas.

Les mots jaillissent du plus profond de moi, d'un endroit que je ne connaissais pas, d'une faille que je croyais refermée à jamais. Ils sont un aveu. Une reddition. Une renaissance.

Il plonge de nouveau sur mes lèvres et le monde cesse d'exister.

Sa bouche dévore la mienne pendant que ses mains trouvent la fermeture éclair de ma robe. Le tissu glisse sur mes épaules, s'affaisse à mes pieds dans un froissement soyeux. Je ne me couvre pas. Je ne me cache pas. Pour la première fois de ma vie, je suis nue devant un homme et je n'ai pas honte.

Il s'écarte pour me regarder. Son souffle est court. Ses yeux d'orage ont viré au noir, dilatés par un désir qui me donne le vertige.

— Tu es magnifique, il murmure.

Ce n'est pas un compliment. C'est un constat, énoncé avec une ferveur qui ressemble à de la dévotion. Et je le crois. Dans ses yeux, je suis magnifique. Dans ses yeux, je ne suis ni une oie blanche ni un pion sur un échiquier. Je suis une femme. Un désir. Une promesse.

Je tends les mains vers lui. Je défais les boutons de sa chemise avec des doigts qui tremblent. Il me laisse faire, immobile, comme s'il retenait son souffle. Quand le tissu s'écarte et que ma paume se pose à plat sur sa peau brûlante, un frisson le parcourt tout entier.

Nous basculons sur le lit.

Les draps sont frais sous mon dos. Son corps est chaud au-dessus du mien. Tout est contraste. Tout est excès. Il embrasse ma gorge, mes épaules, la naissance de mes seins. Ses lèvres tracent un chemin de feu sur ma peau et je me cambre sous lui, offerte, abandonnée, vivante pour la première fois depuis des années.

Je ne pense plus. Je ne me souviens plus. Il n'y a plus de Julian, plus de Victoria, plus de mariage ni de mensonges. Il n'y a que cet homme aux yeux d'orage qui me fait l'amour comme si j'étais la chose la plus précieuse qu'il ait jamais tenue entre ses bras.

Et quand vient la fin, quand le plaisir me submerge et m'arrache un cri que je ne retiens pas, c'est son nom que j'appelle.

Soren.

Je ne sais pas comment je le sais. Je ne sais pas quand il me l'a dit. Mais à cet instant, dans le chaos de nos deux corps enlacés, je murmure son prénom comme une prière, et il répond en enfouissant son visage dans mon cou.

— Elara...

Mon prénom dans sa bouche est une caresse et une blessure. Il y a du désespoir dans sa voix. De la tendresse. Et quelque chose d'autre, quelque chose de plus sombre, que je ne sais pas encore nommer.

Nous restons longtemps allongés, enchevêtrés, silencieux. La ville dort derrière la fenêtre. Le temps s'est arrêté. Sa main caresse mes cheveux, lentement, comme s'il voulait mémoriser chaque mèche, chaque courbe, chaque soupir.

Je ne veux pas que cette nuit finisse. Je voudrais rester ici pour toujours, dans cette parenthèse hors du monde, protégée par ses bras et par l'obscurité.

Mais l'aube viendra. Elle vient toujours. Et avec elle, les choix qu'on ne peut plus repousser.

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