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Chapitre 2 – La voix d’Isabela

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-09-12 02:57:21

Camila Reyes

On m’a laissée seule dans une loge minuscule, éclairée par une ampoule nue suspendue à un fil qui grésille. Le miroir est fendu. Le plastique du cadre jauni craque sous mes doigts. Sur le banc, des traces de poudre blanche. Le sol colle sous mes talons. Le parfum âcre de la sueur et de la peur sature l’air. Ça sent la fin d’un rêve et le début d’un piège.

Je retire lentement ma robe. Les sequins tombent en silence, comme des larmes. Mes épaules sont nues. Mon cœur bat à contretemps, comme s’il essayait de me prévenir d’un danger imminent. Je me regarde dans le miroir. Ce n’est pas moi. Ce n’est plus moi. C’est elle.

Isabela Morales.

Le rouge à lèvres est trop vif. Les yeux sont soulignés de noir. La peau brille d’une fausse chaleur. Mais au fond… dans le regard… il reste une braise. Camila n’est pas morte. Elle attend. Tapie. Résistante. Elle serre les dents sous le masque d’Isabela.

Je ferme les yeux. Je respire. Je chante un air que ma mère me fredonnait quand j’étais petite. Une chanson d’adieu. Une prière déguisée. Juste assez longue pour ralentir la panique. Juste assez douce pour faire taire la rage. La mélodie tremble sur ma langue, mais elle tient. Et moi aussi.

On frappe.

Une femme entre. Grande. Élégante. Trop belle pour être libre. Sa robe est coupée au ras de la décence, ses talons claquent comme des menaces.

— Je suis Renata. La costumière. Si t’as besoin de quoi que ce soit, tu me demandes à moi. Pas aux autres. Les autres appartiennent tous à Cristóbal.

Elle me tend une robe. Rouge sang. Transparente aux mauvais endroits. Coupée pour faire mal.

— Tu as des ennemis ? demande-t-elle sans me regarder.

Je cligne des yeux.

— Pas encore.

Elle hoche la tête, satisfaite.

— Ça viendra.

Puis elle se penche, arrange un pli de la robe, sans douceur.

— J’ai vu des filles comme toi. Celles qui regardent trop longtemps les portes de sortie. Fais gaffe. Ici, l’air est lourd, mais c’est pas lui qui tue. C’est les silences.

Elle sort, me laissant seule avec la robe et mes questions.

Cristóbal Vargas

Je l’observe derrière la vitre sans tain. Elle ne sait pas que je la regarde. Elle croit être seule. Et pourtant, elle se tient droite. Fière. Trop fière. Elle agit comme si le danger était familier. Comme si elle n’était pas venue pour fuir, mais pour infiltrer.

Son dossier est vide. Trop vide. Aucune pute ne débarque à El Infierno avec si peu de passé. Aucun accent. Aucune faille visible. Comme une actrice trop bien préparée.

Elle chante bien, pourtant. Sa voix a quelque chose de brûlé, comme du velours passé au feu. Il y a une cicatrice dans sa gorge. Une douleur ancienne qui ne s’efface pas. Et les clients adorent ça. Les tragédies qui chantent.

Je déteste les surprises.

Et elle… elle en est une.

Je me tourne vers Mateo, mon bras droit.

— Fais chercher son sang. Son ADN. Sa merde. Tout ce qu’elle cache.

— Et si elle est flic ?

Je souris.

— Alors elle apprendra ce que ça coûte d’entrer dans ma maison sans être invitée.

Camila Reyes

On m’appelle sur scène. Les lumières explosent. La foule est en transe. Pas à cause de moi. À cause de la drogue, de la musique, du frisson constant de la violence. Ils ne sont pas là pour aimer. Ils sont là pour consommer.

Je m’avance. Ma robe colle à ma peau. Chaque pas est une guerre. Chaque note, un mensonge. Ma voix s’élève, caresse l’air, s’enroule autour des têtes penchées. J’entends les soupirs, les murmures, les désirs qui rampent. Et je les noie sous la musique.

Et ses yeux.

Cristóbal. Installé au centre, comme un roi romain. Il me regarde comme un peintre regarde une toile qu’il s’apprête à mutiler. Il ne voit pas une femme. Il voit un avertissement. Ou une arme.

Je chante pour lui. Et pour Torres. Et pour moi.

Je chante pour tous les morts à venir.

Quand la chanson s’achève, le silence tombe. Comme un couperet.

Cristóbal se lève. Il applaudit lentement. Une seule fois. Puis encore. Et la foule suit. Hypnotisée. Il s’avance. La foule s’écarte, comme l’eau autour d’un requin.

Son parfum est métallique. Son aura, glaciale.

— Toi, murmure-t-il, tu ne viens pas d’ici.

Je ne cille pas.

— Je viens d’où on apprend à survivre.

Son sourire est plus tranchant qu’un rasoir. Il approche ses lèvres de mon oreille.

— Ce soir, tu vas dormir ici. Dans mes appartements.

Un frisson de glace me traverse l’échine.

Pas de refus possible. Pas de sortie.

Je souris.

— Si tu veux, señor.

Il me mène à travers un couloir souterrain. Le sol est en marbre noir, taché de gouttes brunes. Le silence est trop lourd. Trop dense. À chaque pas, mon instinct hurle. Mais mes jambes avancent. Mon dos reste droit.

Sa chambre est une forteresse. Murs en béton, meubles en acajou, vitres blindées. Pas une seule fenêtre. Seulement lui.

Il me tend un verre. Je ne bois pas.

— Tu as peur ? me demande-t-il.

— Non.

— Tu devrais.

Je le regarde droit dans les yeux.

Je mens comme je respire.

— Et toi ? Tu n’as peur de rien ?

Son sourire s’efface un instant. Juste un instant.

Puis il rit.

— De toi, peut-être. Un jour.

Il s’approche. Trop près. Sa main se pose sur ma nuque. Pas une caresse. Une évaluation. Il me jauge. Me goûte. Me défie.

— Ce soir, tu dors là. Dans ce lit. Seule. Mais demain, on verra.

Il sort. Me laisse avec les ombres.

Je m’allonge. J’écoute la respiration du silence.

Je ferme les yeux.

Et je jure une chose.

Demain, je gagnerai un peu plus sa confiance.

Et un jour, je serrerai le canon sur son cœur.

Et je presserai la détente.

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