ÉabhaJe rentre à la nuit tombée, les mains vides, le cœur lourd, les pieds en sang dans mes chaussures trouées. Maman a préparé la soupe. La même soupe d'herbes, la même eau chaude avec des feuilles, la même absence de goût, de substance, de vie. Je la bois sans faim, sans plaisir, sans rien. Juste pour avoir quelque chose de chaud dans le ventre. Juste pour faire comme si on mangeait. Juste pour ne pas perdre l'habitude.Papa rentre plus tard. Il a trouvé une demi-journée de travail chez un fermier, à déblayer la neige, à porter du foin, à creuser des trous dans la terre gelée. Il rapporte un peu de pain, un peu de fromage, un peu d'espoir. On partage. Chacun sa part. Maman donne la sienne à tante Aisling, qui a les mains qui tremblent et les yeux qui se perdent dans le vide. Papa donne la sienne à maman, qui refuse, qui accepte, qui
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