INICIAR SESIÓNCamille et Léo forment un couple stable, jusqu'à ce qu'Eléna, artiste libre et tourmentée, entre dans leur vie. Une attraction immédiate et dévastatrice naît entre les deux femmes, tandis que Léo, d'abord témoin impuissant, devient progressivement l'enjeu silencieux de leur conflit intérieur. Eléna, incapable de choisir, entretient une relation passionnelle avec Camille tout en provoquant un désir ambigu chez Léo. Un triangle amoureux se forme, fait de jalousies rentrées, de trahisons non dites et d'un amour qui les lie et les déchire simultanément. Chaque tentative de rapprochement avec l'un éloigne irrémédiablement l'autre, dans une danse destructrice où tous trois brûlent.
Ver másCamille
Je devrais être en répétition. Mon archet devrait glisser sur les cordes du Stradivarius, épouser les courbes de la Sonate à Kreutzer. Je devrais être dans la lumière tamisée de la salle, concentrée, pure.
Je suis ici.
Devant la vitrine de la galerie L’Éclat Fracturé, et je regarde le tableau. Une toile immense, presque violente. Des rouges et des noirs qui s’entre-dévorent, avec, au centre, une blessure de blanc. Une déchirure. Ça s’appelle « Écho #7 ». Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça me parle. Ça me crie quelque chose que je n’entends pas encore.
Et puis, il y a elle.
L’artiste. Elle se tient un peu en retrait, près d’un pilier, un verre de vin à la main. Elle ne sourit pas. Elle observe les gens observer son travail. Ses cheveux sombres sont une chute libre. Sa robe est un simple drap de lin taché de peinture, comme une seconde peau accidentée. Elle incarne le tableau. Elle est la déchirure.
Mon téléphone vibre dans ma poche. Léo.
— Tu rentres dîner ? J’ai pris des saint-jacques.
Sa voix est chaude, ponctuée. Celle de quelqu’un qui bâtit des choses solides, des emplois du temps, des projets de vie. Des menus.
— Je termine bientôt. Une petite heure.
Je mens. La répétition était à seize heures. Il est dix-neuf heures trente. Je ne sais pas pourquoi je mens. Pas encore.
Je raccroche et je lève les yeux. Elle me regarde.
Ses yeux sont de la couleur d’un ciel d’orage. Ils ne me lâchent plus. C’est un choc physique, un vertige au creux de l’estomac. Je ne souris pas non plus. Je ne peux que soutenir son regard, comme on accepterait un défi, comme on se laisserait choir dans un précipice.
Elle se détache du pilier et marche vers moi. Ses pas sont silencieux sur le parquet ciré. Elle sent le térébenthine, l’huile de lin et quelque chose de sauvage, de végétal.
— Il vous parle ?
Sa voix est plus grave que je ne l’imaginais. Un peu rauque. Elle désigne le tableau d’un mouvement du menton.
— Il crie, je crois.
La réponse sort d’elle-même. Je ne me contrôle plus.
Un léger sourire effleure ses lèvres. Ce n’est pas un sourire de joie. C’est un sourire de reconnaissance.
— Enfin. La plupart des gens disent « C’est intéressant » ou « Les couleurs sont vibrantes ». Des conneries polies.
— Ce n’est pas poli, ce que vous faites.
— Non. Ce n’est pas poli.
Elle me dévisage, franchement, sans pudeur. Je devrais me sentir nue, jugée. Je me sens vue. Vraiment vue. Pour la première fois depuis des années, peut-être. Léo me voit, moi, Camille, sa compagne. Mes collègues me voient, la violoniste. Elle, elle regarde la fêlure. Et elle aime ça.
— Vous êtes musicienne.
Ce n’est pas une question. Elle a vu mes mains. Les callosités sur le bout des doigts de la main gauche, la légère courbure de la main droite, habituée à tenir l’archet.
— Violoniste.
— Le Stradivarius. La sonate de Beethoven. C’était vous, il y a deux semaines à la Philharmonie.
Je reste sans voix. Elle y était. Dans cette mer de smokings et de robes longues, elle était là. Et elle m’a remarquée.
— C’était… propre. Techniquement parfait.
Il y a une ombre de critique dans sa voix. Comme si la perfection était une insuffisance.
— Il manquait quoi ?
Je demande ça, le cœur battant à grands coups sourds contre mes côtes.
Elle prend une seconde, ses yeux plongent dans les miens.
— La rage. La folie. Kreutzer, c’est un meurtre passionnel traduit en notes. Vous l’avez joué comme une élégie. C’était beau. C’était mort.
Les mots me frappent en plein plexus. Ils sont d’une justesse qui fait mal. C’est exactement ce que je ressens depuis des mois, cette sensation de jouer sous cloche, d’être parfaite et vide. Léo me dit que je suis sublime. Elle, elle dit que je suis morte.
Je ne trouve rien à répondre. Un silence électrique s’installe entre nous. Le vernissage grouille autour, mais nous sommes dans une bulle. Un espace clos, pressuri
sé, où l’air se fait rare.
— Je m’appelle Eléna.
— Camille.
— Je sais.
On rentre en fin d'après-midi. Fatigués, apaisés. La visite a fait du bien. On a parlé de tout sauf de nous, de tout sauf d'elle. On a été normaux, presque.Dans l'appartement, la lumière du soir est douce. Je pose mes affaires. Léo va à la cuisine chercher de l'eau.Je reste dans le salon, près de la fenêtre. La ville en contrebas, les lumières qui s'allument.Il revient, me tend un verre. Nos doigts se touchent.La décharge.Je la sens, et je sais qu'il la sent aussi. Ce courant qui a toujours passé entre nous, ce magnétisme, cette évidence physique.On reste là, figés, le verre entre nous, nos doigts qui se touchent toujours.Ses yeux plongent dans les miens.— Camille, souffle-t-il.— Oui.— J'arrête pas de penser à toi. À nous. À ce que c'&ea
Je me tourne sur le côté. Je serre l'oreiller contre moi. L'oreiller de Léo, celui qui sent encore lui. Je respire son odeur, j'essaie de m'ancrer, de revenir.Mais mon corps est en feu.Ce n'est pas lui que je désire, là, maintenant. C'est elle. C'est sa bouche. C'est ses doigts. C'est cette façon qu'elle avait de me faire jouir en me regardant, comme si mon plaisir était son œuvre d'art.Je pleure. Sans bruit. Des larmes de rage contre moi-même.Pourquoi ? Pourquoi mon corps ne veut pas obéir ? Pourquoi cette femme continue de m'habiter alors que j'ai choisi ? Pourquoi l'amour ne suffit pas à éteindre le désir ?Je me lève. Je vais à la porte. Je l'ouvre.Léo est dans le canapé, éclairé par la lune. Il ne dort pas. Ses yeux sont ouverts, fixés au plafond.— Je n'arrive pas à dormir, di
Léo lit vraiment, lui. Il est plongé dans son bouquin, un truc sur la reconstruction après les catastrophes – ironique, je ne sais pas s'il l'a choisi exprès. Ses sourcils froncés, sa façon de se mordre la lèvre inférieure en lisant les passages difficiles. Je connais chacun de ses tics, chacune de ses expressions. Sept ans.Mais le message est là. Dans la pièce d'à côté. Qui attend.Je pense à toi. À tes mains.Qu'est-ce qu'elle veut ? Pourquoi elle écrit maintenant ? Elle sait que je suis rentrée avec Léo, elle nous a vus à l'hôtel, elle sait que j'ai choisi. Alors pourquoi ?Parce qu'elle est Eléna. Parce qu'elle ne supporte pas de perdre. Parce que la souffrance des autres est son carburant.Non. C'est trop facile, ça. La diaboliser. Faire d'elle la méchante de l'histo
Mais je ne dis rien.Parce que au fond, tout au fond, sous la colère et la douleur, il y a cette petite flamme qui refuse de s'éteindre. Cette petite flamme qui s'appelle l'espoir. Et qui porte le même nom qu'elle.— Je ne peux pas te promettre que j'y arriverai, dis-je enfin. Je ne peux pas te promettre que je te pardonnerai un jour. Je ne peux pas te promettre que je ne me réveillerai pas dans six mois en réalisant que je n'y arrive pas.— Je sais.— Mais je peux te promettre que je vais essayer. De mon côté. Que je vais me battre aussi. Parce que je t'aime. Parce que je nous aime. Parce que sept ans, ça ne s'efface pas en un jour, même si toi tu as tout effacé en quelques mois.Elle ferme les yeux. Une larme coule.— Merci, souffle-t-elle.— Ne me remercie pas. Je ne fais pas ça pour toi. Je fais ça pour nous. Pour ce qu'o
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