เข้าสู่ระบบSofiaLa route serpente dans la nuit noire, loin des lumières de la ville, vers la propriété que Léonardo appelle "la maison". Ce n'est pas une maison. C'est une forteresse. Elle se dresse au bout d'une allée bordée de cyprès, silhouette massive et austère contre le ciel étoilé. Aucune lumière n'accueille, seulement l'obscurité menaçante des fenêtres aveugles.La limousine glisse silencieusement devant le perron. Marco, qui nous a précédés dans un autre véhicule, est déjà là. Il ouvre la portière. Son regard, dans la pénombre, est aussi dur et impénétrable que les murs de la bâtisse. Il tend une main pour m'aider à descendre. Je l'ignore et sors seule, les plis de ma robe de mariée s'accrochant au seuil.La main de Léonardo se pose sur le bas de mon dos, un geste qui pourrait passer pour protecteur mais qui est un rappel de sa possession.— Marco, tout est en ordre ?— Oui, patron. Les périmètres sont sécurisés. L'équipe est en place.L'équipe. Des hommes que je ne vois pas, tapi dans
Léonardo.Puis c’est à son tour. Il ne regarde pas le célébrant. Il me regarde, moi.— Je le veux, dit-il.Ce ne sont pas les mots traditionnels. C’est une déclaration brute, personnelle. Je le veux. Pas « je le veux bien ». Je le veux. Comme on veut un objet. Un trophée. Une conquête.Un frisson parcourt l’assistance. Certains sourient, trouvant cela romantique, intense. Ma mère sanglote. Moi, je vois la vérité dans ses yeux. C’est l’homme de la douche. L’homme jaloux. L’homme qui envoie son garde du corps traquer sa fiancée. C’est un rappel, en pleine cérémonie, de la nature réelle de notre union.L’échange des alliances. L’anneau d’or qu’il glisse à mon doigt est lourd, serti d’un diamant trop gros. Il écrase la chair, scellant la fracture sous un symbole de luxe.— Vous pouvez embrasser la mariée.Il ne se fait pas prier. Il ne s’agit pas d’un baiser chaste. Il pose une main dans mon cou, sous le voile, et attire ma bouche vers la sienne. Ce n’est pas un baiser d’amour. C’est une
SofiaLe jour J se lève, non pas avec les doux rayons d’un soleil prometteur, mais avec une lumière blafarde et diffuse qui semble lessiver toute couleur du monde. Je suis éveillée depuis des heures, allongée dans le lit que je ne partage plus vraiment avec Léonardo, à écouter le silence tendu de l’appartement. Il a passé la nuit ailleurs, « par tradition », avait-il dit d’une voix sans inflexion. Une tradition qui arrangeait tout le monde.Ma mère et Camille arrivent tôt, accompagnées d’une armée de stylistes, de maquilleuses, de coiffeuses. L’appartement se remplit de bruits étouffés, de chuchotements, du parfum sucré des laques. Je suis installée comme une poupée sur un tabouret devant le miroir de la chambre d’amis transformée en salon de beauté. On me manipule, on me touche, on me transforme.Le reflet dans le miroir n’est pas le mien. C’est celui d’une mariée. Impeccable. Parfaite. Un masque de porcelaine sous une cascade de boucles savamment désordonnées. La robe, un chef-d’œuv
SofiaIl ne s’approche pas. Il se poste près du bar, bras croisés, devenant une statue gardienne au milieu de l’orgie feinte. Il est le rappel incarné du monde dont nous essayons de nous échapper. Sa présence transforme la fête en farce sinistre.Camille finit par le voir. Son rire s’éteint net. La couleur quitte ses joues. Elle me regarde, les yeux soudain énormes, pleins d’une panique que je comprends trop bien.— Il est là, murmure-t-elle.— Oui.— Pourquoi ? Qui l’a envoyé ?La réponse est évidente. Il n’y a qu’une personne qui puisse envoyer Marco à la trace, comme un chien de chasse.Léonardo sait. Et il a envoyé son gardien.La soirée est ruinée. Le champagne est amer. Les danseurs semblent soudain grotesques, des pantins sans danger face à la menace silencieuse et réelle qui veille au bar.Camille se lève brusquement.— Je vais lui parler.— Non ! Attends…Mais elle est déjà partie, traversant la foule avec une détermination nouvelle. Je la vois s’approcher de Marco. Elle doit
SofiaLa veille du mariage, l'air lui-même semble saturé d’électricité statique. L’appartement est enfin débarrassé des cartons et des échantillons, transformé en un écrin silencieux et trop parfait, prêt pour le chaos de demain. Le silence est pire que le bruit. Il laisse trop d’espace aux pensées.Ma mère est partie se reposer à l’hôtel avec mon père, épuisée mais radieuse. Léonardo est enfermé dans son bureau pour des « derniers ajustements », ce qui signifie probablement des affaires qui n’ont rien à voir avec des fleurs ou des rubans. Je suis seule, errant comme une âme en peine dans les pièces trop grandes, sentant le poids de la bague comme un anneau de fer au doigt.C’est alors que Camille débarque, telle une tornade rose et pailletée dans le calme mortifère. Elle porte un sourire trop large, une lueur de conspiration dans les yeux.— Alors, madame la presque-mariée ! Tu ne penses tout de même pas passer ta dernière soirée de liberté à compter les carreaux du parquet ?Elle a
SofiaCamille lève les yeux de l’enveloppe qu’elle vérifie. Un léger rose lui monte aux joues.— Léonardo veut que tout soit sécurisé. C’est normal, non ? Avec son statut…— Ce n’est pas à sa sécurité que je pense.Le silence s’installe, lourd du non-dit. Elle pose l’enveloppe.— Sofia… Arrête, s’il te plaît. Je fais ce que tu m’as demandé. Je garde mes distances. On discute, c’est tout. Il est… intéressant.— « Intéressant » est un mot qu’on utilise pour un tableau abstrait, Camille. Pas pour un homme comme Marco. Il est dangereux.— Pour qui ? Pour moi ? Parce qu’il est grand, fort et qu’il travaille dans la sécurité ? Tu l’as déjà vu être dangereux ? Vraiment ?Le défi dans sa voix me cloue le bec. Non. Je ne l’ai jamais vu agir. Je n’ai que des suppositions, des intuitions, la connaissance du monde qu’il représente. Des preuves circonstancielles que je ne peux pas lui montrer.— Je le sens, dis-je, faiblement.— Et moi, je sens autre chose, rétorque-t-elle, se levant pour s’étirer







