เข้าสู่ระบบ⊰᯽⊱┈──╌❊╌──┈⊰᯽⊱
La séance photo avait débuté après que la maquilleuse eut terminé son travail minutieux. Éléonore avait chipotté comme à son habitude, critiquant l'ombre à paupières trop foncée, le highlighter pas assez subtil, le gloss trop collant. Mais rien de vraiment grave cette fois, juste assez pour maintenir sa réputation d'exigeante sans créer de véritable tension. La maquilleuse avait l'habitude, elle hochait simplement la tête et ajustait sans protester, sachant que c'était le prix à payer pour travailler avec Dubois Éléonore. Éléonore adorait la tenue qu'on lui avait préparée pour ce shooting. Elle était radicalement différente de ce qu'elle avait l'habitude de porter lors de ses séances habituellement sophistiquées et haute couture. Cette fois, c'était du streetwear luxe, un concept plus décontracté mais tout aussi travaillé. La tenue était composée d'un t-shirt blanc oversized Vetements avec un imprimé graphique minimaliste, d'un jogging oversize gris perle Fear of God qui tombait parfaitement sur ses hanches étroites, et d'une paire de sneakers noires Balenciaga Triple S qui ajoutaient du volume à sa silhouette élancée. Les vêtements épousaient son corps avec une négligence étudiée, créant cet équilibre parfait entre désinvolture et luxe que seuls les meilleurs stylistes savaient obtenir. Un rien lui allait, vraiment. C'était presque injuste. Elle pouvait porter un sac poubelle et avoir l'air d'un top model. Éléonore aimait particulièrement les projecteurs qui se trouvaient braqués intensément sur elle, ces faisceaux lumineux qui la transformaient, qui sculptaient son visage en angles parfaits. Les flashs incessants des appareils photo qui crépitaient comme des feux d'artifice lui donnaient une assurance presque surnaturelle, une confiance qu'elle ne trouvait nulle part ailleurs dans sa vie. Chaque clic était une validation, chaque "Magnifique, Éléonore!" du photographe était comme une caresse à son ego meurtri. C'était le seul moment où une attention véritablement particulière lui était donnée, où on la regardait vraiment, où son existence avait un poids, une importance. Et ça, elle aimait profondément, presque désespérément. Cette sensation d'être vue, admirée, désirée, même si ce n'était que pour son apparence, même si c'était superficiel et éphémère. Être le centre de l'attention, être celle vers qui tous les regards convergent, c'était ce qui lui faisait du bien, surtout après les paroles empoisonnées que lui avait assenées sa mère quelques heures auparavant. Ces mots résonnaient encore dans sa tête comme un écho toxique, mais sous ces lumières, devant ces objectifs, elle pouvait presque les oublier. Presque. Le shooting photo se déroulait merveilleusement bien. Éléonore se donnait à fond, investissant chaque pose d'une intensité qui faisait tout le talent des grands mannequins. Elle exécutait ses poses à la perfection, avec cette fluidité naturelle qui ne s'apprenait pas, cette capacité à incarner exactement ce que le photographe visualisait avant même qu'il ne le demande. Main dans les cheveux, regard perdu au loin, sourire en coin mystérieux, moue boudeuse, expression arrogante – tout y passait avec une aisance déconcertante. Elle était absolument confiante que rien ne viendrait déranger son travail, que cette séance serait une réussite comme toutes les autres. Elle était dans sa zone de confort, dans son élément, là où elle excellait sans effort apparent. Mais c'était sans compter sur son estomac qui décida soudainement de faire des siennes. Un violent mal de ventre la saisit brutalement, la prenant complètement par surprise au milieu d'une pose. La douleur était fulgurante, aiguë, comme si quelqu'un lui tordait les entrailles avec une force impitoyable. Une envie irrépressible et urgente de vomir le peu de nourriture qu'elle avait prise la veille – à peine quelques bouchées de toast et un thé vert – lui monta à la gorge comme une vague acide. Elle interrompit brusquement la séance, le visage soudainement blême, décomposé. « Coupez! » cria-t-elle d'une voix étranglée, une main plaquée sur sa bouche. Sans attendre de réponse, sans même s'excuser, elle se précipita hors du plateau vers sa loge, ses pas précipités et mal assurés résonnant dans le couloir. Cette boule qui grossissait dans sa gorge, cette nausée qui montait par vagues, elle ne pouvait plus les supporter. Ses jambes tremblaient, sa vision se brouillait légèrement sur les bords. Son assistante personnelle, Camille, une jeune femme efficace d'une vingtaine d'années qui travaillait pour elle depuis deux ans, arriva précipitamment derrière elle, le visage marqué par l'inquiétude sincère. Ses yeux s'agrandirent en la voyant s'accrocher au chambranle de la porte, visiblement mal en point. « Mademoiselle Dubois, est-ce que tout va bien ? » Demanda-t-elle d'une voix tremblante en se rapprochant prudemment, ne sachant pas si elle devait la toucher ou garder ses distances. « Vous avez besoin de quelque chose ? De l'eau ? Des médicaments ? » « J... j'ai mal... » Gémit-elle pathétiquement en s'accrochant désespérément à la chaise de maquillage, ses jointures blanchissant sous la force de sa prise. Sa voix était méconnaissable, réduite à un murmure douloureux qui n'avait plus rien de l'arrogance habituelle. Elle avait instinctivement enroulé son bras autour de son ventre dans un geste protecteur, presque maternel. Une soudaine peur viscérale, primitive, la saisit tout entière, glaciale comme de l'eau en hiver. Elle venait brutalement de se souvenir qu'elle portait un bébé dans son ventre. Un être vivant, fragile, qui dépendait entièrement d'elle. Et si cette douleur signifiait que quelque chose n'allait pas ? Et si elle était en train de le perdre ? La panique s'empara d'elle avec une force qu'elle n'avait jamais connue. « J... Théo... trouve-le. » Avait-elle murmuré d'une voix brisée, presque suppliante, tout en se laissant glisser lentement sur le sol froid de la loge, son dos contre le mur. « S'il te plaît... j'ai besoin de Théo... » Ses jambes ne la portaient plus, la douleur était trop intense, trop déstabilisante. Elle se recroquevilla sur elle-même, genoux contre la poitrine, essayant vainement de contenir cette souffrance qui irradiait dans tout son abdomen. Camille s'empressa immédiatement d'aller chercher Théo comme demandé, ses talons claquant frénétiquement dans les couloirs de l'agence. Elle le chercha partout – dans les autres studios, au café, dans les bureaux administratifs – mais il semblait introuvable, comme volatilisé. Et pendant ce temps, le staff commercial de l'agence commençait à s'impatienter dangereusement. C'était une grosse production, des dizaines de milliers d'euros investis, un planning serré. « Camille, où se trouve Éléonore ? » Avait demandé le photographe principal, un homme d'une cinquantaine d'années reconnu dans tout le milieu, en consultant sa montre Rolex avec une expression agacée. « Nous avons du retard sur le planning. Les autres mannequins attendent. L'équipe entière attend. » La jeune fille ne savait absolument pas quoi répondre, prise entre deux feux. Éléonore était gravement mal en point, recroquevillée dans sa loge, elle avait désespérément besoin de Théo, et sans lui, elle ne savait pas ce qu'elle devait faire, quelle décision prendre. Elle n'était qu'une assistante, pas une professionnelle médicale. Devait-elle appeler une ambulance ? Prévenir la direction ? Mentir au photographe ? « Bon, pas de problème. » Le photographe soupira avec résignation, visiblement contrarié mais professionnel. « Dis à Éléonore que nous allons prendre la deuxième équipe en photo en attendant, puis nous terminerons avec les photos de groupe, d'accord ? Ça nous laisse quoi... quarante-cinq minutes ? Une heure maximum ? » Elle acquiesça rapidement de la tête, avec peut-être trop d'empressement, et s'empressa de retourner à sa recherche frénétique de Théo. Elle fouilla systématiquement chaque étage, chaque recoin de l'immeuble, interrogeant tout le monde. Et lorsqu'elle trouva enfin ce dernier au téléphone dans un bureau isolé du cinquième étage, probablement en train de passer des appels pour retrouver le mystérieux père du bébé, elle le pressa fermement par le bras avec une urgence qui ne laissait place à aucune question et l'emmena pratiquement en courant. Lorsqu'ils arrivèrent enfin à la loge, Théo s'empressa immédiatement de se mettre à genoux près d'Éléonore. La jeune femme était toujours recroquevillée sur le sol carrelé, tremblant, le visage tordu par la souffrance. Elle ne cessait de gémir douloureusement, des sons presque animaux qui faisaient mal à entendre. L'inquiétude se lisait clairement sur le visage normalement impassible de Théo, ses traits se creusant d'angoisse. « Éléonore, respire. Respire profondément avec moi. » Murmura tendrement Théo en posant une main réconfortante sur son épaule, essayant de la calmer avec sa présence apaisante. « Inspire... expire... voilà. Nous allons à l'hôpital tout de suite. Je suis là maintenant. Je ne te quitte plus. » Il se releva avec détermination et souleva Éléonore dans ses bras avec une facilité surprenante malgré le poids de la jeune femme, comme si elle ne pesait rien. Éléonore était légère, trop légère peut-être. Cette dernière pleura silencieusement contre son épaule, de grosses larmes chaudes roulant sur ses joues pâles, trempant le costume de Théo. La douleur était absolument insupportable, lancinante, terrifiante. Mais plus que la douleur physique, c'était la peur qui la déchirait. Elle avait si peur de perdre son bébé, cet enfant qu'elle n'avait pas prévu, qu'elle n'avait pas voulu au début, mais qu'elle réalisait maintenant désirer plus que tout. « Camille, » Théo se tourna vers l'assistante qui les regardait, complètement dépassée par les événements, les mains tremblantes. « Rassemble toutes ses affaires – son téléphone, son portefeuille, ses vêtements de rechange, tout. Et préviens immédiatement le directeur de l'agence qu'Éléonore ne pourra absolument pas finir la séance d'aujourd'hui. Invente ce que tu veux – malaise, intoxication alimentaire, je ne sais pas. Mais surtout, » il la regarda intensément, « pas un mot sur sa vraie condition. À personne. Tu comprends ? » « Bien, Monsieur Moreau. » Elle s'inclina rapidement, déjà en train de rassembler frénétiquement les affaires éparpillées d'Éléonore. Théo s'empressa ensuite de rejoindre le parking souterrain aussi vite que possible sans courir pour ne pas secouer Éléonore davantage. Il installa délicatement la jeune femme sur le siège passager de la Mercedes, l'attachant soigneusement, ajustant l'inclinaison pour qu'elle soit plus confortable. Éléonore gémissait toujours, les yeux fermés, le visage contracté. Théo fit le tour du véhicule en quelques enjambées rapides et s'empressa de prendre le volant, ses mains agrippant le cuir avec force. Camille les rejoignit rapidement, à bout de souffle, avec le grand sac Prada contenant toutes les affaires d'Éléonore qu'elle déposa sur la banquette arrière. Théo démarra en trombe, faisant crisser les pneus sur le béton du parking, et prit la direction de l'hôpital Ambroise-Paré, le meilleur établissement privé de Paris, celui où toutes les célébrités allaient pour garantir discrétion et excellence médicale. Il slalomait dangereusement entre les voitures, grillant quelques feux oranges, klaxonnant impatiemment. Chaque gémissement d'Éléonore était comme un coup de poignard dans son cœur.❍« Mademoiselle Dubois, ce n'est vraiment pas le moment pour vous d'être pudique ! » S'exclama l'infirmier avec une pointe d'exaspération à peine contenue dans la voix, ses mains sur ses hanches dans une posture qui trahissait sa frustration croissante. « Laissez-moi simplement m'occuper de vous correctement. C'est mon travail. »« Putain, je vous ai déjà dit clairement que j'étais parfaitement capable de faire ma toilette tout seule ! » Renchérit Éléonore avec véhémence, les dents serrées au point que sa mâchoire en tremblait, le visage visiblement contrarié et fermé comme une huître. « Je n'ai absolument pas besoin de vous ni de personne d'autre. Sortez. »Cela faisait maintenant une bonne trentaine de minutes interminables que l'infirmier – le même jeune homme sympathique de la veille – était passé dans sa chambre pour lui proposer de l'aide pour sa toilette matinale, sachant parfaitement que la patiente, dans son état affaibli, n'était médicalement pas capable de le faire seule s
°•~━━✥❖✥━━~•°La porte grinça doucement dans la pénombre, un son minuscule amplifié par le silence absolu de la nuit, essayant de produire le moindre bruit possible dans ce couloir d'hôpital endormi. Il n'était que deux heures trente du matin, l'heure où même les insomniaques trouvent enfin le sommeil, où la ville elle-même semble retenir son souffle. Les visites officielles étaient terminées depuis plusieurs heures déjà, les derniers visiteurs ayant été fermement mais poliment raccompagnés vers vingt-deux heures par le personnel de nuit.Mais Catherine avait tellement envie dévorante, presque maladive, de voir comment allait sa fille qu'elle n'avait absolument pas pu attendre sagement le lendemain matin. L'anxiété la rongeait de l'intérieur comme un acide, l'empêchant de fermer l'œil dans la chambre d'hôtel que Théo avait réservée non loin de l'hôpital. Elle avait tourné et retourné dans le lit king-size luxueux, fixant le plafond dans l'obscurité, son esprit torturé par des images d
Théo garda les yeux sur la route, mais sa voix était douce et rassurante quand il répondit. « Alors tu partiras de la chambre, mais tu resteras à l'hôpital. Tu attendras. Tu reviendras le lendemain. Et le jour d'après. Et encore celui d'après. » Il lui lança un regard encourageant. « La persévérance, Catherine. C'est ce qui manquait avant. Montre-lui que cette fois, tu ne partiras pas au premier obstacle. Que tu es là pour rester, quoi qu'il arrive. » « D'accord, » elle hocha la tête, se redressant un peu plus sur son siège. « D'accord. Je peux faire ça. Je vais faire ça. » Le reste du trajet se passa en silence, chacun perdu dans ses propres pensées. Catherine répétait mentalement ce qu'elle pourrait dire à Éléonore, cherchant les mots justes qui ne la blesseraient pas davantage. Théo, de son côté, priait silencieusement pour que cette réunion ne tourne pas au désastre complet. Lorsqu'ils arrivèrent enfin à l'hôpital Ambroise-Paré, le parking souterrain était presque vide à cette
❍ Mais derrière ces choix professionnels qui avaient propulsé sa carrière vers les sommets, elle avait perdu progressivement sa seule fille, l'avait vue se refermer année après année jusqu'à ce que son regard devienne froid quand elle la voyait. Elle le savait au fond d'elle, elle en était parfaitement consciente, elle était l'unique responsable du changement radical de sa fille, de sa transformation d'une enfant lumineuse et aimante en cette adulte cynique et blessée. Elle renifla subitement, portant ses mains tremblantes à son visage pour cacher les larmes qui montaient inexorablement, incontrôlables. Elle se sentait si pathétique, si misérable et profondément indigne d'être appelée une mère. Quelle mère abandonne son enfant pour des projecteurs et des applaudissements ? Théo stoppa immédiatement ses mouvements en l'entendant renifler de cette façon, ce son vulnérable et brisé qui ne lui ressemblait pas du tout. Il se retourna lentement pour lui faire face, et il fut genuement
°•~━━✥❖✥━━~•° Éléonore s'était retrouvée complètement seule dans sa chambre d'hôpital, cette chambre aseptisée aux murs blancs impersonnels dont elle allait devoir s'accommoder pendant un certain temps indéterminé. Le silence était pesant, oppressant, seulement rompu par le bip régulier et monotone des machines qui surveillaient ses constantes vitales. Elle soupira profondément en fermant les yeux avec lassitude, laissant sa tête retomber contre l'oreiller trop ferme. Immédiatement, le visage du jeune homme lui revint en tête avec une clarté troublante – ces yeux marron brillants, ce sourire chaleureux, cette présence rassurante qui contrastait tellement avec le froid de l'hôpital. Julien. Elle ne s'attendait absolument pas à le retrouver ainsi, et encore moins dans cet hôpital, dans ces circonstances surréalistes qui semblaient sorties d'un scénario de série mal écrite. Elle aurait tellement voulu lui parler véritablement, en tête-à-tête, sans le Dr. Martin, sans Théo, sans tém
Julien sentit quelque chose se briser en lui face à tant de bienveillance sincère. Il ne savait toujours pas ce qu'il était censé faire dans cette situation impossible, mais un peu de conseils extérieurs ne serait certainement pas de refus. Il en avait désespérément besoin, de cette perspective objective que seuls les amis proches peuvent offrir. Alors il soupira profondément, résigné à partager ce fardeau qui pesait trop lourd sur ses épaules, ce qui fit immédiatement sourire Maxime victorieusement, sachant qu'il avait gagné. « Je... » Julien prit une grande inspiration, cherchant ses mots. « Je l'ai retrouvée. » Dit-il finalement, ces trois mots sortant dans un souffle chargé d'émotion. Maxime et Léa froncèrent simultanément les sourcils, visiblement confus, échangeant un regard interrogateur. « De quoi tu parles exactement ? » Demanda Maxime, complètement perdu. « Qui as-tu retrouvée ? Une ancienne patiente ? Une amie perdue de vue ? » « Je parle... » Julien ferma brièvement le







