LOGIN⊰᯽⊱┈──╌❊╌──┈⊰᯽⊱
Après être arrivé aux urgences de l'hôpital Ambroise-Paré dans un crissement de freins, Éléonore avait été rapidement prise en charge par une équipe médicale efficace. Théo avait crié qu'il s'agissait d'une urgence obstétricale, et instantanément une civière était apparue, des infirmières s'étaient précipitées, et Éléonore avait disparu derrière des portes battantes que Théo ne pouvait franchir. Théo était maintenant en salle d'attente depuis ce qui lui semblait être une éternité, mais qui n'était probablement qu'une quarantaine de minutes. Il s'inquiétait vraiment, profondément, viscéralement pour Éléonore. Ses mains tremblaient légèrement, chose rare chez lui habituellement si posé. Il faisait les cent pas devant les rangées de chaises inconfortables, incapable de s'asseoir, incapable de rester immobile. Il avait toujours été là pour elle, constamment, depuis son enfance solitaire. Il connaissait Éléonore comme si c'était lui qui l'avait élevée, parce qu'en un sens, c'était le cas. Il l'avait vue grandir, avait été témoin de ses joies rares et de ses peines nombreuses. C'était une jeune fille si fragile émotionnellement, malgré l'apparence dure qu'elle s'était construite. Elle était perpétuellement à la recherche désespérée de l'amour et de l'attention de ses parents, comme un enfant qui tend les bras vers des adultes qui ne la voient pas. C'était déchirant, vraiment. Éléonore avait reçu tellement de choses matérielles dans sa jeunesse – des jouets hors de prix qui s'empilaient dans sa chambre sans jamais être déballés, des vêtements de créateurs, des gadgets technologiques dernier cri. Mais jamais ce dont elle avait vraiment besoin : de l'amour, de la présence, de l'attention sincère. Et maintenant qu'elle avait un petit être qui grandissait dans son ventre, une minuscule vie qui dépendait d'elle, Théo avait remarqué qu'une lueur d'espoir fragile avait fleuri dans ses yeux habituellement morts. Il l'avait bien observée, même si Éléonore essayait de le cacher. Cette dernière était heureuse, vraiment heureuse pour la première fois depuis longtemps, même si elle prétendait le contraire par fierté ou par peur de s'attacher. Éléonore aimait déjà profondément son bébé, Théo en était absolument certain. Il le voyait dans la façon dont sa main se posait inconsciemment sur son ventre, dans ses regards perdus dans le vide où elle souriait légèrement. Le perdre la détruirait complètement et irrémédiablement. Ça briserait ce qui restait de bon en elle. Une infirmière d'une trentaine d'années en blouse bleue arriva finalement dans la salle d'attente, parcourant du regard les quelques personnes présentes. « Famille de Éléonore Dubois ? » Théo bondit littéralement de sa chaise. « Oui, c'est moi ! » Elle lui adressa un sourire professionnel et rassurant. « Le médecin gynécologue souhaiterait s'entretenir avec vous. Veuillez me suivre, s'il vous plaît. » Il suivit donc l'infirmière le long de couloirs aseptisés qui sentaient le désinfectant et l'anxiété, jusqu'au bureau du médecin en charge d'Éléonore. L'infirmière poussa doucement la porte du bureau spacieux et Théo lui emboîta le pas, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Elle lui fit signe poliment de prendre place dans l'un des fauteuils en cuir face au bureau imposant, ce qu'il fit en s'asseyant au bord du siège, trop nerveux pour se caler confortablement. L'infirmière s'inclina respectueusement avant de s'en aller discrètement, refermant la porte derrière elle et les laissant seuls. Derrière le bureau se tenait une femme d'environ quarante-cinq ans, aux cheveux courts et professionnels, des lunettes à monture fine perchées sur son nez. Ses diplômes prestigieux étaient encadrés au mur derrière elle – faculté de médecine de Paris, spécialisation au Royaume-Uni, certifications diverses. Elle dégageait une autorité tranquille et rassurante. « Bon, Monsieur Moreau. » Elle consulta brièvement le dossier médical ouvert devant elle. « Vous êtes le tuteur légal de ma patiente, voilà pourquoi je m'adresse à vous directement plutôt qu'à sa famille biologique. » « Docteur, est-ce que tout va bien ? » Demanda Théo d'une voix étranglée par l'inquiétude, ne pouvant plus supporter le suspense. « Le bébé... Éléonore... ils vont bien ? » La gynécologue soupira profondément, un soupir lourd de sens qui fit battre le cœur de Théo encore plus fort. Puis elle se redressa sur son siège ergonomique, croisa ses mains aux ongles courts et soignés sur le bois verni de son bureau, le regard grave fixé intensément sur lui par-dessus ses lunettes. « Monsieur Moreau, » elle commença avec cette franchise clinique que développent les médecins, « la grossesse de Mademoiselle Dubois présente quelques complications préoccupantes. » Elle laissa ses mots faire leur effet avant de continuer. « Nous avons heureusement réussi à stopper la fausse couche imminente cette fois, grâce à votre rapidité à l'amener ici. Le fœtus présente toujours un rythme cardiaque, ce qui est encourageant. Mais, » elle marqua une pause significative, « si cela venait à se reproduire, et compte tenu de la fragilité que nous avons observée, nous ne pourrons peut-être rien faire pour sauver la grossesse. » Théo sentit son sang se glacer dans ses veines. « Alors que me conseillez-vous, Docteur ? Qu'est-ce que nous devons faire ? Il y a sûrement quelque chose... » « Nous devons la garder en observation hospitalière. » Elle retira ses lunettes, les nettoyant machinalement avec un tissu. « Nous ne savons pas précisément quand un nouvel épisode pourrait se produire, et nous voulons pouvoir suivre très attentivement cette grossesse pour écarter tout risque supplémentaire. Repos complet, surveillance constante, traitement préventif. Au minimum deux à trois semaines. » « Docteur, » Théo passa une main fatiguée sur son visage, sentant le poids de la responsabilité l'écraser, « elle est mannequin professionnelle. Un mannequin reconnu internationalement. Sa carrière, c'est... c'est tout pour elle. C'est la seule chose qui lui donne de la valeur à ses propres yeux. Comment lui dire qu'elle devra tout arrêter brutalement comme ça ? Vous comprenez ce que ça signifie ? Les contrats rompus, les pénalités, sa réputation... » « Monsieur Moreau, » la gynécologue le regarda avec une empathie sincère mais professionnelle, « je vous comprends parfaitement, et je mesure les implications. Mais en ce moment précis, notre priorité absolue est d'écarter tout risque pour le bon développement du fœtus qui grandit en elle. Sa santé et celle de son enfant passent avant tout le reste. Une carrière peut se reconstruire. Un bébé perdu ne revient pas. » Elle remit ses lunettes. « Cela ne prendra pas éternellement, quelques semaines de précaution qui pourraient sauver cette grossesse. » Théo soupira profondément, un soupir qui venait du plus profond de son âme, puis passa longuement une main sur son visage comme pour en effacer la fatigue et l'angoisse. Comment allait-il expliquer cette situation délicate à Éléonore sans qu'elle ne s'effondre complètement ou ne s'énerve au point de se faire plus de mal ? « Nous ne pouvons pas faire autrement, je présume ? » Il connaissait déjà la réponse mais avait besoin de l'entendre. Elle hocha gravement la tête. « Non. C'est une nécessité médicale. » « C'est bon, Docteur. » Théo se résigna, sachant qu'il n'avait pas vraiment le choix. « J'accepte. Je vais gérer sa carrière et ses obligations. Mais j'aurais juste une faveur importante à vous demander. Une faveur capitale. » « De laquelle s'agit-il ? » Questionna la gynécologue en penchant légèrement la tête, intriguée. « Je voudrais, » Théo la regarda droit dans les yeux avec une intensité presque menaçante, « que toute cette histoire ne s'ébruite absolument pas. Pas un mot à quiconque. Si les médias venaient à découvrir que Mademoiselle Dubois est enceinte sans être mariée, qu'elle ne connaît même pas le père... » Il secoua la tête. « Ils en feraient un vrai carnage médiatique. Les tabloïds, les réseaux sociaux, les commentaires haineux... Je ne veux pas de ça pour elle. Elle est déjà suffisamment fragile. » « Ne vous inquiétez surtout pas, Monsieur Moreau. » Elle lui adressa un soubre rassurant et professionnel. « Nous sommes strictement soumis au secret médical le plus absolu. C'en va de ma carrière et de ma licence de pratiquer. Aucune information ne sortira de cet hôpital sans l'autorisation explicite de la patiente. Vous avez ma parole. » « Bien, Docteur. » Théo se leva, soulagé sur ce point au moins. « Je devrais aller la voir maintenant. Dans quelle chambre se trouve-t-elle ? » Elle consulta ses notes. « Chambre 304, troisième étage, aile privée. » Il s'inclina respectueusement, profondément, avant de s'en aller d'un pas pressé. Lorsqu'il fut sorti du bureau et que la porte se referma derrière lui avec un déclic, il s'adossa contre le mur du couloir et soupira longuement, fermant les yeux quelques secondes. Comment allait-il faire pour trouver le père de ce bébé ? C'était devenu encore plus urgent maintenant. La seule chose qu'il savait était son prénom – Julien, peut-être ? Éléonore n'était même pas certaine, c'était flou dans sa mémoire embrumée par l'alcool de cette nuit-là. Pas de nom de famille, pas de numéro, pas de réseau social, rien. Juste un visage dont les traits s'estompaient déjà dans le souvenir, et une boîte de nuit parmi des dizaines dans le 8ᵉ arrondissement. C'était vraiment une situation fâcheuse, compliquée, presque impossible. Mais Théo était déterminé. Pour Éléonore, il remuerait ciel et terre s'il le fallait. ⊰᯽⊱┈──╌❊╌──┈⊰᯽⊱Soupirs, Jalousies et Mirages°•~━━✥❖✥━━~•°Julien était enfin rentré chez lui. Le Dr Bae lui avait accordé quelques jours de repos qu'il avait, pour une fois, effectivement pris – impossible de faire autrement avec Thomas sur son dos, vigilant comme une sentinelle, qui vérifiait deux fois par jour qu'il mangeait et dormait correctement.Il avait à peine échangé avec Éléonore durant ces jours. Quelques messages courts, quelques réponses brèves. Pas les appels du soir habituels, pas cette voix dans son oreille avant de s'endormir. Ça lui avait pesé plus qu'il ne l'aurait admis facilement.Il reprenait le travail aujourd'hui. Il espérait que ça l'aiderait à mettre de l'ordre dans sa tête.Il soupira.Thomas, assis côté passager, ferma les yeux une seconde.Ça faisait une semaine que les soupirs ponctuaient les silences de son frère de façon quasi musicale. Il avait appris à les compter – trois depuis qu'ils avaient quitté
Colère, Raccroché et Épuisement°•~━━✥❖✥━━~•°Éléonore claqua la porte de sa chambre derrière elle.Elle sentait tout son corps trembler – pas de froid, pas de faiblesse, mais de cette colère qui n'avait nulle part où aller, qui cherchait une sortie et n'en trouvait pas. Elle posa ses mains sur son ventre, ce geste devenu réflexe, et fixa sa chambre d'un regard perdu.La porte s'ouvrit derrière elle.Elle ne se retourna pas.« Tu vas enfin me dire ce qui ne va pas ? »La voix de Théo. Calme. Patiente. La voix de quelqu'un qui sait attendre.Éléonore alla s'asseoir sur le bord du lit, lentement, ses jambes qui portaient tout ce poids. Les larmes étaient déjà là, elle ne savait pas depuis quand exactement.« Théo, j'ai l'impression de devenir folle. »Elle baissa la tête.« Mes hormones ne cessent de faire des leurs et je suis incapable de les contrôler. Regarde. »Elle leva les
Jalousie et Défense°•~━━✥❖✥━━~•°Éléonore s'était rendue à l'hôpital aussi vite que possible après le coup de fil de Thomas. Elle n'avait pas bien saisi tous les détails dans l'urgence de la conversation – des mots comme "évanoui" et "fièvre" et "il va bien mais" –, mais la seule chose qui avait vraiment atterri en elle était que Julien n'allait pas bien.Et c'était suffisant pour qu'elle soit debout avant même d'avoir raccroché.Théo n'avait pas eu le temps de s'apprêter correctement. Éléonore l'avait pratiquement tiré vers la sortie, ce que Théo avait compris sans commentaire – il avait juste attrapé ses clés et suivi, sachant reconnaître les urgences qui n'en étaient pas selon les apparences mais qui l'étaient complètement pour la personne qui les vivait.Le trajet se fit dans un silence tendu.Éléonore avait le ventre imposant maintenant – ce ventre qui changeait son centre de gravité, qui modifiait sa façon de marcher, qui
Fièvre et Manque°•~━━✥❖✥━━~•°« Salut ! »La voix douce d'Ah-neul le fit se retourner dans le couloir.« Ah, salut. »Il passa une main fatiguée dans sa chevelure châtaine, le geste de quelqu'un qui essaie de se secouer sans vraiment y croire.« Julien, t'as pas l'air bien. »Elle posa le dos de sa main sur son front. Et grimaça.« Mais t'es brûlant. »Il retira doucement sa main et continua son chemin. Ah-neul fronça les sourcils et lui emboîta le pas à petites foulées.« Julien. Tu as de la fièvre. Tu dois aller te reposer. »« Pas la peine de t'inquiéter. C'est juste un peu de fatigue. » Il tapota son épaule, lui offrit un sourire rassurant. « Aujourd'hui c'est mon dernier tour avant mon jour de repos. Je me reposerai cette nuit correctement. »Elle ouvrit la bouche.Il était déjà parti.Elle soupira en passant une main sur son visage. Il n'était vraiment pas raisonnable, son ami. Pas du tout.---Julien, lui, ne voyait pas le mal à ça.Il travaillait dur depuis des semaines, pren
Confidences et Couleurs°•~━━✥❖✥━━~•°Après que Catherine fut repartie, Théo à sa suite, le silence retomba sur la chambre avec cette qualité particulière des silences qui ne sont pas vides mais trop pleins.Éléonore essayait de se convaincre, avec toute l'énergie qu'elle pouvait rassembler, que ce divorce n'était pas de sa faute. Sa mère le lui avait dit clairement. Théo le lui aurait dit aussi. Et pourtant la pensée revenait, insistante, creusant le même sillon : si elle n'avait pas existé, si cette grossesse n'avait pas tout précipité, si son père n'était pas rentré ce jour-là...Elle avait beau avoir des griefs envers ses parents, des griefs légitimes, profonds, elle ne voulait pas être la raison pour laquelle une famille s'effondrait. Même une famille qui n'en avait jamais vraiment été une.Elle finit par s'allonger, les yeux au plafond, les pensées qui tournaient.Des coups légers sur la porte.Elle ferma les yeux
Aveux et Départs°•~━━✥❖✥━━~•°Dans le véhicule, l'atmosphère était d'un calme particulier, ce calme qui s'installe naturellement entre des gens qui n'ont pas besoin de remplir le silence pour exister ensemble. Personne ne parlait, et ce ne serait certainement pas Éléonore qui viendrait briser ça en premier.Elle se sentait étrangement paisible. Après avoir confronté Ah-neul ce matin, quelque chose s'était déposé en elle comme la poussière après qu'on a secoué un vieux tapis. Pas résolu, pas oublié, mais posé. À chaque fois que son visage lui revenait en tête, c'était une légère irritation, comme une pierre dans la chaussure. Elle avait du toupet, il fallait le lui accorder. Venir lui tenir ce genre de discours avec ce sourire-là.Mais bon. Elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir d'aimer Julien. Elle-même avait succombé à ce charme-là, et elle avait pourtant résisté à beaucoup de choses dans sa vie.Elle soupira en regardant défiler l







