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Chapitre 35

last update publish date: 2026-06-09 23:11:52

Chapitre 35

Adrien

Je quitte la salle de bal comme un naufragé abandonne une épave, les jambes lourdes, le souffle court, les tempes battantes d'une douleur qui n'a rien de physique et qui pourtant me déchire la poitrine. Les portes dorées de l'hôtel Excelsior se referment derrière moi avec un claquement sourd qui résonne dans le vestibule désert, et je m'arrête un instant, chancelant, une main appuyée contre le marbre glacé d'une colonne, l'autre crispée sur mon verre de champagne que je n'ai
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    Chapitre 35AdrienJe quitte la salle de bal comme un naufragé abandonne une épave, les jambes lourdes, le souffle court, les tempes battantes d'une douleur qui n'a rien de physique et qui pourtant me déchire la poitrine. Les portes dorées de l'hôtel Excelsior se referment derrière moi avec un claquement sourd qui résonne dans le vestibule désert, et je m'arrête un instant, chancelant, une main appuyée contre le marbre glacé d'une colonne, l'autre crispée sur mon verre de champagne que je n'ai pas lâché, que je n'ai pas bu, que je tiens encore comme un idiot, comme un homme qui ne sait plus quoi faire de ses mains ni de sa vie.Le silence du vestibule est un baume empoisonné, un silence qui me renvoie à moi-même, à ma jalousie, à ma honte. Les lambris dorés, les miroirs biseautés qui reflètent mon visage défait, les tapis moelleux dans lesquels mes pas s'enfoncent, tout ce luxe qui m'entoure depuis toujours et que je ne vois plus, me semble soudain dérisoire, insultant, un décor de ca

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    Chapitre 34ÉlinaJe sais qu'il est là depuis l'instant où j'ai franchi le seuil de la salle de bal, car j'ai senti son regard se poser sur moi comme une brûlure, comme une main invisible qui se referme sur ma gorge et qui tente de m'étouffer. Je ne l'ai pas cherché des yeux, je n'ai pas tourné la tête, je n'ai pas laissé mon regard dériver vers cette colonne de marbre où je devine sa silhouette figée, mais je l'ai vu, je l'ai senti, je l'ai reconnu à cette sensation de froid qui m'a parcouru l'échine, à ce frisson ancestral qui ne trompe pas.Adrien Morcant est venu, et il me regarde comme on regarde un fantôme, avec des yeux écarquillés d'incrédulité et de stupeur, comme s'il n'arrivait pas à croire que la femme qui se tient devant lui, dans cette robe de velours pourpre, au bras d'un autre

  • Il l'a perdue pour toujours    Chapitre 33

    Chapitre 33AdrienLa soirée de gala de la Fondation Médéric est l'un de ces événements mondains que je fréquente depuis toujours sans jamais y prendre plaisir, une grand-messe de la philanthropie de façade où les hommes d'affaires en smoking échangent des poignées de main aussi creuses que leurs promesses de dons. La salle de bal de l'hôtel Excelsior ruisselle de dorures et de cristaux, les lustres monumentaux déversent une lumière ambrée sur les robes de haute couture qui bruissent comme des ailes de papillons, et l'orchestre, perché sur une estrade de velours grenat, joue une valse lente que personne n'écoute, couverte par le brouhaha des conversations et le tintement des flûtes de champagne. L'air saturé de parfums capiteux, de jasmin, de tubéreuse, de santal, tourne en volutes épaisses sous les plafon

  • Il l'a perdue pour toujours    Chapitre 32

    Chapitre 32ÉlinaLe restaurant où Noam m'a donné rendez-vous est un endroit discret, presque secret, niché au sommet d'une falaise de granit qui surplombe l'océan, une bâtisse de pierre blanche aux volets bleu marine dont la terrasse vitrée semble flotter au-dessus des vagues. La nuit est tombée depuis longtemps, une nuit sans lune, et les étoiles s'accrochent au ciel comme une poussière de diamants sur un écrin de velours noir. Les tables sont espacées, nappées de lin blanc amidonné qui crisse sous les coudes, éclairées par des bougies dont la flamme vacille dans des photophores de verre dépoli, et l'air salin qui entre par les fenêtres entrouvertes se mêle aux parfums de la mer, du beurre fondu, du pain grillé et des herbes de Provence que le chef effeuille sur les plats. Le bruit des vagues qui se brisent contre les

  • Il l'a perdue pour toujours    Chapitre 31

    Chapitre 31AdrienLe téléphone est glacé contre mon oreille, et la sonnerie résonne interminablement, une plainte monocorde qui semble narguer mon impatience, qui s'étire en un bourdonnement lancinant de seconde en seconde. Mon bureau est plongé dans une pénombre que je n'ai pas pris la peine de dissiper, les rideaux de velours tirés sur les fenêtres, la lampe de bureau éteinte, seule la lueur blafarde de l'écran d'ordinateur jette une clarté spectrale sur le sous-main de cuir, sur les dossiers éparpillés, sur la photo d'Élina que je ne range plus, que je garde posée contre le pied de la lampe.Cela fait trois jours que j'ai vu la conférence, trois jours que je ne dors plus, que je ne mange plus, que j'erre dans le manoir comme un spectre, obsédé par l'image de cette femme que j'ai perdue et qui rayonne sur tous les écrans du pays. Les cernes qui creusent mes yeux se sont agrandis, mes doigts tremblent quand je tiens un verre, et Chloé elle-même a cessé de me parler, lasse de mes sile

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    Chapitre 30ÉlinaLa conférence s'est achevée dans un tonnerre d'applaudissements, et depuis, le monde semble s'être abattu sur moi comme une vague déferlante qui ne cesse de grossir. Les sollicitations affluent par centaines, par milliers, une avalanche de papier et de voix qui menace de m'ensevelir : des appels téléphoniques qui sonnent sans interruption, des courriels qui s'accumulent par centaines dans ma boîte de réception, des lettres recommandées qui s'empilent sur mon bureau en tours branlantes, des messages de félicitations, des demandes d'interviews pour des journaux, des radios, des télévisions, des propositions de partenariats émanant des plus grands laboratoires pharmaceutiques, des invitations à des colloques aux quatre coins du monde, des menaces aussi, parfois, anonymes, griffonnées sur du papier quadrillé, que Noam intercepte avant qu'elles ne parviennent jusqu'à moi.Mon bureau, ce havre de paix où je passais des heures à travailler dans le silence complice des centr

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