เข้าสู่ระบบCe n'est pas la paix du pardon. Le pardon, je l'ai donné à Cassien un an plus tôt, dans la cellule, avec une précision qui ne se répétera pas. Je ne pardonne pas encore Ilyria, il faudrait, pour cela, plus qu'une lettre. C'est, plus simplement, une paix.
C'est la paix qu'on éprouve quand une adversaire, après une longue guerre, écrit une lettre qui ne demande rien.
Je prends une feuille. J'écris u
Il brûle lentement. Le cuir de la reliure prend d'abord une couleur bleutée, puis noircit, puis se rétracte en volutes. Les pages, à l'intérieur, se tordent une à une. L'écriture de Cassien, page après page, disparaît dans le feu.Je reste debout devant la cheminée pendant vingt minutes.Je regarde le journal disparaître.Je sens, dans ma poitrine, une chose calme.Ce n'est pas la vengeance qui brûle dans ce feu. La vengeance est finie depuis un an. Ce n'est pas la mémoire non plus, la mémoire, je la porterai dans mon propre corps, dans ma nuque, dans les yeux verts asymétriques de ma fille.C'est, plus simplement, un objet qui a servi et qui, maintenant, peut cesser d'exister.Quand le journal est entièrement brûlé, je remets une bûche sur le feu. J'attends encore dix minutes. Je pousse les cendres du
Ce n'est pas la paix du pardon. Le pardon, je l'ai donné à Cassien un an plus tôt, dans la cellule, avec une précision qui ne se répétera pas. Je ne pardonne pas encore Ilyria, il faudrait, pour cela, plus qu'une lettre. C'est, plus simplement, une paix.C'est la paix qu'on éprouve quand une adversaire, après une longue guerre, écrit une lettre qui ne demande rien.Je prends une feuille. J'écris une réponse.Ilyria.J'accuse réception. Je note ta lecture du journal. Je note que tu comprends. Je ne te réponds pas plus longuement pour l'instant. Peut-être un jour.Selene.Je la scelle. Je la fais envoyer par le circuit normal.Je range la lettre d'Ilyria dans le coffre-fort de mon cabinet, dans le compartiment intérieur, à côté du carnet noir, que je n'ai plus ouvert depuis mars de l'année pr&ea
— SeleneUn an passe.C'est le premier avril de l'année suivante.Je me lève tôt ce matin-là. J'ai pris l'habitude, depuis mon intronisation, de faire chaque matin, avant le petit déjeuner, une petite promenade dans le parc. Je traverse la roseraie, je monte le petit sentier vers la crête, je m'arrête au grand tilleul, je redescends par l'allée des tilleuls du nord, j'entre dans le jardin d'hiver, je prends dans le socle creux de la statue de Diane une petite chose que j'y ai laissée la veille.Depuis six mois, j'utilise de nouveau le socle de Diane.Non pour cacher des choses.Pour retrouver des choses.J'y ai pris l'habitude de déposer chaque soir un petit mot que j'écris à Rhaegar quand il est à Nyx. Un simple mot. Bonne nuit, Rhaegar. Ou : Nyra a ri aujourd'hui d'une chose que je n'ai pas comprise. Ou : J'ai lu, ce soir, la page 47
Il est assis sur le petit lit de camp de fer, dans sa tunique grise, les cheveux tondus, les pieds nus dans les sandales de cuir tressé que les prisonniers portent. Il ne dort pas. Il attend.Il a, sans doute, été prévenu que je viendrais ce soir. Il se lève quand j'entre.— Selene.Je referme la porte derrière moi. Je laisse la clé dans la serrure, côté intérieur.— Cassien.Je tiens, dans ma main gauche, le journal.Je le pose sur la petite table qui, dans la cellule, sert à la fois de table de nuit et de bureau.— Je te rends ceci.Il regarde le journal. Il me regarde. Il regarde de nouveau le journal.— Tu me le rends ?— Je te le rends. Tu vas rester ici longtemps. Il faut que tu aies de la lecture.— Selene.— Non, Cassien. J'ai encore une chose à te dire et
Je lève un deuxième doigt.— Le deuxième principe. Dans la meute d'Alverac, un enfant qui meurt par la faute d'un membre de la meute donnera lieu, dans les six mois, à une inscription publique de son nom sur la porte de la geôle, avec le nom du responsable. La mémoire n'est pas négociable. Elle sera, chez nous, gravée dans la pierre du même lieu où vivront ceux qui ont produit la mort. Ils cohabiteront.Je lève un troisième doigt.— Le troisième principe. Dans la meute d'Alverac, la fonction d'Alpha ne se transmet plus par le sang. Elle se transmet par le mérite et par l'acceptation de la meute. Ceci prendra effet dès la génération suivant la mienne. Nyra d'Alverac, ma fille adoptive, n'est pas mon héritière par le sang, elle vient d'une meute mineure du sud. Je souhaite, en revanche, qu'elle soit reconnue éligible à me succéder, si elle en fait la demande à mon âge et si la meute la choisit à ce moment-là. Je souhaite également, en revanche, que d'autres candidats de la meute puissen
— SeleneLa cérémonie officielle d'intronisation de la nouvelle Alpha de la meute d'Alverac a lieu le premier avril.J'ai choisi cette date pour une raison que je n'ai pas expliquée au Grand Conseil. Le premier avril est, dans le calendrier ancien des Trois Lunes, le jour du basculement du printemps sur l'hiver, une date qui a, dans les vieilles traditions, un sens de renouvellement complet. Le Conseil, en approuvant la date sans commentaire, n'a pas posé la question.La cérémonie est ouverte au public.Je veux qu'elle le soit.Le manoir d'Alverac, anciennement Varengar, est préparé pendant trois semaines.Je fais, dans la grande salle des réceptions, remplacer le vieux trône Varengar par un trône nouveau. J'ai, en février, commandé sa fabrication à un ébéniste de Vinsan. Je l'ai dessiné moi-même.Le trône est en bois noir. Pas en bois doré, comme celui de Cassien. Pas en bois clair, comme celui du manoir Nyx. En bois noir, un chêne noirci à la flamme, dur, mat, avec des veines appare







