ANMELDENLe Prix de la Curiosité
Les jours suivants s'écoulèrent selon un rituel glacé : petit-déjeuner en silence, absence de Gabriel jusqu'au soir, dîners tendus où chaque phrase ressemblait à un duel. Ophélie avait fini par s'y habituer — ou du moins, par apprendre à masquer à quel point cette froideur méthodique commençait à l'atteindre.
Ce matin-là , elle le trouva dans le bureau, une pièce qu'elle n'avait encore jamais osé franchir, la porte entrouverte pour la première fois depuis son arrivée. Gabriel était penché sur des documents, les manches de sa chemise relevées, une expression concentrée qui le rendait, malgré elle, presque humain.
— Vous devriez fermer cette porte, dit-elle depuis le seuil. Un vrai tyran ne laisse jamais de faille.
Il releva la tête, surpris de la trouver là , puis un sourire — le premier vraiment sincère qu'elle lui voyait — apparut brièvement.
— Un vrai tyran n'a pas d'épouse assez insolente pour le lui faire remarquer.
— Puis-je entrer ?
— Tu es déjà entrée.
Elle avança de quelques pas, le regard attiré malgré elle par le coffre massif dans le coin de la pièce — celui qu'elle n'avait pas le droit de toucher.
— Qu'y a-t-il là -dedans qui mérite tant de secret ?
— Des souvenirs, répondit-il d'une voix soudain plus basse. Rien qui te concerne.
— Vous répétez souvent cette phrase. « Rien qui te concerne. » Vous savez, pour un homme qui prétend vouloir un mariage crédible aux yeux du monde, vous êtes étonnamment avare de vous-même.
Il se leva, contourna le bureau, s'arrêta à quelques pas d'elle — assez proche pour qu'elle sente à nouveau cette odeur de cèdre qui semblait s'être infiltrée dans chacun de ses souvenirs récents.
— Tu veux savoir qui je suis vraiment, petite colombe ?
— Oui.
— Tu es sûre ? Parce qu'une fois que tu sauras, tu ne pourras plus prétendre l'ignorer.
Quelque chose dans sa voix — une gravité nouvelle, presque une mise en garde — la fit hésiter. Mais elle avait toujours été trop curieuse pour son propre bien.
— J'en suis sûre.
Il resta silencieux un long moment, ses yeux sombres plongés dans les siens comme s'il cherchait à évaluer jusqu'où il pouvait aller sans tout perdre.
— Une autre fois, dit-il finalement, la déception l'envahissant malgré elle. Pas aujourd'hui.
— Vous reculez toujours au dernier moment.
— C'est une habitude qui m'a maintenu en vie jusqu'ici.
Elle allait répliquer quand un homme entra sans frapper — un colosse au visage balafré qu'elle avait déjà croisé, toujours en retrait, toujours silencieux.
— Patron, on a un problème avec le container du Vieux-Port, annonça-t-il, jetant à peine un regard à Ophélie.
— J'arrive, répondit Gabriel, son visage se refermant instantanément, comme une porte qu'on claque. Rentre dans ta chambre, Ophélie. Ceci ne te concerne pas.
— Encore cette phrase.
— Et elle restera vraie tant que tu n'auras pas appris à me faire confiance.
— Comment voulez-vous que je vous fasse confiance si vous ne me dites jamais rien ?
Il s'arrêta sur le seuil, sa main sur le chambranle de la porte, et pour la première fois, elle crut déceler quelque chose comme du remords dans son regard.
— La confiance se mérite avec le temps, pas avec des questions. Sois patiente. Ou pars. Mais ne fais pas les deux à la fois.
Il disparut avec le colosse, la laissant seule dans le bureau, face au coffre fermé et à cette curiosité qui, elle le sentait, allait bientôt la mener bien plus loin qu'elle ne l'aurait souhaité.
Ce soir-là , alors qu'elle traversait le jardin pour rejoindre sa chambre, elle surprit une conversation téléphonique de Gabriel, sa voix portée par le silence nocturne :
— Non, elle ne sait rien. Et elle ne doit rien savoir avant que ce soit terminé. [...] Je sais ce que je lui dois. Je n'ai pas oublié pourquoi je l'ai épousée.
Ophélie se figea derrière un massif de lauriers, le cœur cognant contre ses côtes.
*Pourquoi je l'ai épousée.*
Pas *pour l'argent*. Pas *pour la dette*. *Pourquoi je l'ai épousée* — comme s'il y avait une raison bien plus précise, bien plus ancienne, que celle qu'on lui avait donnée le jour de la signature.
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Le SauvetageLes jours suivants furent marqués par un chaos organisé : Elena installée dans une aile de la villa qu'on préparait à la hâte, le père d'Ophélie soigné par un médecin discret que Gabriel avait fait venir en urgence, et Falcone livré aux autorités compétentes du Milieu — une justice qu'Ophélie préférait ne pas trop questionner.Elle trouva Gabriel, un soir, assis seul dans le jardin, contemplant la mer avec une expression qu'elle ne lui connaissait pas — un mélange de soulagement et de perte, comme si retrouver sa mère avait paradoxalement ravivé le deuil qu'il croyait avoir surmonté.— Comment allez-vous ? demanda-t-elle en s'asseyant à ses côtés.— Je ne sais pas, avoua-t-il honnêtement. J'ai passé vingt ans à construire mon identité autour d'une perte qui n'était pas réelle. Qui suis-je, maintenant, Ophélie, si même ma vengeance reposait sur un mensonge ?— Vous êtes l'homme qui a sauvé sa mère ce soir, malgré la confusion et la
L'ÉchangeQuand la portière s'ouvrit brusquement, Ophélie sursauta violemment, prête à hurler avant de reconnaître le visage éreinté de Marco.— C'est fini. Suivez-moi. Vite.À l'intérieur de l'entrepôt, la scène qui l'attendait dépassait tout ce qu'elle avait imaginé. Son père, amaigri et terrifié mais indemne, était assis contre un mur, surveillé par un des hommes de Gabriel. Falcone, un homme au visage anguleux et au regard glacial, était menotté au sol, une blessure superficielle saignant à l'épaule. Et face à Gabriel, une femme âgée aux cheveux gris, le visage marqué par les années mais indéniablement reconnaissable d'après les photographies du mur de la chambre interdite, se tenait debout, tremblante.— Elena, murmura Ophélie, incapable de détacher son regard de la scène.Gabriel, face à sa mère qu'il croyait morte depuis vingt ans, semblait figé, incapable de faire un geste, ses yeux embués d'une émotion trop vaste pour être contenue.â
L'ÉchangeQuand la portière s'ouvrit brusquement, Ophélie sursauta violemment, prête à hurler avant de reconnaître le visage éreinté de Marco.— C'est fini. Suivez-moi. Vite.À l'intérieur de l'entrepôt, la scène qui l'attendait dépassait tout ce qu'elle avait imaginé. Son père, amaigri et terrifié mais indemne, était assis contre un mur, surveillé par un des hommes de Gabriel. Falcone, un homme au visage anguleux et au regard glacial, était menotté au sol, une blessure superficielle saignant à l'épaule. Et face à Gabriel, une femme âgée aux cheveux gris, le visage marqué par les années mais indéniablement reconnaissable d'après les photographies du mur de la chambre interdite, se tenait debout, tremblante.— Elena, murmura Ophélie, incapable de détacher son regard de la scène.Gabriel, face à sa mère qu'il croyait morte depuis vingt ans, semblait figé, incapable de faire un geste, ses yeux embués d'une émotion trop vaste pour être contenue.—
Plan de SauvetageLa salle des cartes, comme l'appelait Marco, ressemblait davantage à une salle de guerre qu'à un bureau. Des plans de l'entrepôt de l'Estaque s'étalaient sur la grande table, entourés d'hommes que Gabriel avait convoqués en urgence.— L'entrepôt a deux issues, expliquait Marco, pointant du doigt un schéma griffonné à la hâte. Une porte principale, forcément surveillée, et une issue de secours côté quai, plus discrète mais visible depuis le poste de garde.— Combien d'hommes Falcone a-t-il postés ? demanda Gabriel.— Nos informateurs comptent six hommes visibles. Peut-être plus à l'intérieur.Ophélie, assise en retrait mais refusant de quitter la pièce, observait la préparation avec un mélange de terreur et de fascination.— Et si vous échouiez ? demanda-t-elle soudain, incapable de retenir la question.Tous les regards se tournèrent vers elle. Gabriel s'approcha, s'accroupissant près de sa chaise pour être à sa hauteur.— Nous n'éc
Le Visage de la TrahisonLe nom de Mathilde resta suspendu dans l'air comme une lame. Ophélie sentit ses jambes vaciller et dut s'appuyer contre le mur du hall.— Ce n'est pas possible, murmura-t-elle. Mathilde vous connaît depuis vingt ans. Elle vous a vu grandir. Elle a soigné vos blessures il y a trois jours à peine.— Je sais, répondit Gabriel, la voix rauque. C'est bien ça le pire.Marco s'avança, une tablette à la main affichant des relevés téléphoniques.— On a intercepté des appels entre son portable personnel et un numéro enregistré au nom d'un cousin de Falcone. Sept appels ces deux dernières semaines. Le dernier date d'hier soir, vingt-trois minutes après votre départ pour le Vieux-Port.Gabriel ferma les yeux un instant, comme pour encaisser un coup.— Où est-elle maintenant ?— Dans la cuisine. Elle ne se doute de rien.— Fais-la venir. Ici. Maintenant.Ophélie voulut protester, mais Gabriel posa une main ferme sur son épaule.— Tu dois êt
La TrahisonLe bonheur fragile qui s'était installé entre eux ne dura que trois jours.Ophélie descendit un matin pour trouver la villa en effervescence — des hommes qu'elle ne connaissait pas allant et venant avec des mines graves, Marco au téléphone dans un coin, le visage blême, et Gabriel, au centre de cette agitation, une expression qu'elle ne lui avait jamais vue : la panique, mal dissimulée sous une façade de contrôle qui se fissurait à vue d'œil.— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle, s'approchant prudemment, sentant déjà l'angoisse lui nouer l'estomac.Gabriel se tourna vers elle, et ce qu'elle lut dans ses yeux la glaça bien plus que n'importe quelle menace de Falcone.— Ton père a disparu, annonça-t-il d'une voix tendue, chaque mot pesant lourd dans l'air. Et Falcone a revendiqué l'avoir enlevé — en échange, il veut te récupérer, Ophélie. Toi, contre ton père.— Quoi ? Comment est-ce possible ? Il était sous votre protection !— Il était s







