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Chapter 3

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-09-03 15:40:06

Le Prix de la Curiosité

Les jours suivants s'écoulèrent selon un rituel glacé : petit-déjeuner en silence, absence de Gabriel jusqu'au soir, dîners tendus où chaque phrase ressemblait à un duel. Ophélie avait fini par s'y habituer — ou du moins, par apprendre à masquer à quel point cette froideur méthodique commençait à l'atteindre.

Ce matin-là , elle le trouva dans le bureau, une pièce qu'elle n'avait encore jamais osé franchir, la porte entrouverte pour la première fois depuis son arrivée. Gabriel était penché sur des documents, les manches de sa chemise relevées, une expression concentrée qui le rendait, malgré elle, presque humain.

— Vous devriez fermer cette porte, dit-elle depuis le seuil. Un vrai tyran ne laisse jamais de faille.

Il releva la tête, surpris de la trouver là , puis un sourire — le premier vraiment sincère qu'elle lui voyait — apparut brièvement.

— Un vrai tyran n'a pas d'épouse assez insolente pour le lui faire remarquer.

— Puis-je entrer ?

— Tu es déjà entrée.

Elle avança de quelques pas, le regard attiré malgré elle par le coffre massif dans le coin de la pièce — celui qu'elle n'avait pas le droit de toucher.

— Qu'y a-t-il là -dedans qui mérite tant de secret ?

— Des souvenirs, répondit-il d'une voix soudain plus basse. Rien qui te concerne.

— Vous répétez souvent cette phrase. « Rien qui te concerne. » Vous savez, pour un homme qui prétend vouloir un mariage crédible aux yeux du monde, vous êtes étonnamment avare de vous-même.

Il se leva, contourna le bureau, s'arrêta à quelques pas d'elle — assez proche pour qu'elle sente à nouveau cette odeur de cèdre qui semblait s'être infiltrée dans chacun de ses souvenirs récents.

— Tu veux savoir qui je suis vraiment, petite colombe ?

— Oui.

— Tu es sûre ? Parce qu'une fois que tu sauras, tu ne pourras plus prétendre l'ignorer.

Quelque chose dans sa voix — une gravité nouvelle, presque une mise en garde — la fit hésiter. Mais elle avait toujours été trop curieuse pour son propre bien.

— J'en suis sûre.

Il resta silencieux un long moment, ses yeux sombres plongés dans les siens comme s'il cherchait à évaluer jusqu'où il pouvait aller sans tout perdre.

— Une autre fois, dit-il finalement, la déception l'envahissant malgré elle. Pas aujourd'hui.

— Vous reculez toujours au dernier moment.

— C'est une habitude qui m'a maintenu en vie jusqu'ici.

Elle allait répliquer quand un homme entra sans frapper — un colosse au visage balafré qu'elle avait déjà croisé, toujours en retrait, toujours silencieux.

— Patron, on a un problème avec le container du Vieux-Port, annonça-t-il, jetant à peine un regard à Ophélie.

— J'arrive, répondit Gabriel, son visage se refermant instantanément, comme une porte qu'on claque. Rentre dans ta chambre, Ophélie. Ceci ne te concerne pas.

— Encore cette phrase.

— Et elle restera vraie tant que tu n'auras pas appris à me faire confiance.

— Comment voulez-vous que je vous fasse confiance si vous ne me dites jamais rien ?

Il s'arrêta sur le seuil, sa main sur le chambranle de la porte, et pour la première fois, elle crut déceler quelque chose comme du remords dans son regard.

— La confiance se mérite avec le temps, pas avec des questions. Sois patiente. Ou pars. Mais ne fais pas les deux à la fois.

Il disparut avec le colosse, la laissant seule dans le bureau, face au coffre fermé et à cette curiosité qui, elle le sentait, allait bientôt la mener bien plus loin qu'elle ne l'aurait souhaité.

Ce soir-là , alors qu'elle traversait le jardin pour rejoindre sa chambre, elle surprit une conversation téléphonique de Gabriel, sa voix portée par le silence nocturne :

— Non, elle ne sait rien. Et elle ne doit rien savoir avant que ce soit terminé. [...] Je sais ce que je lui dois. Je n'ai pas oublié pourquoi je l'ai épousée.

Ophélie se figea derrière un massif de lauriers, le cœur cognant contre ses côtes.

*Pourquoi je l'ai épousée.*

Pas *pour l'argent*. Pas *pour la dette*. *Pourquoi je l'ai épousée* — comme s'il y avait une raison bien plus précise, bien plus ancienne, que celle qu'on lui avait donnée le jour de la signature.

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