เข้าสู่ระบบJe me dégage doucement. Je reprends le lapin. Je le serre contre moi. Je vais jusqu'à la fenêtre. Dehors, la nuit tombe. Les chiens sont couchés dans le jardin, silencieux, comme s'ils savaient. Le monde entier sait. Le monde entier s'est arrêté avec moi.
— Noah a peur du noir, je dis.
— Je sais.
— Il faut qu'il ait une lumière.
— Damian le saura.
— Il ne le sait pas.
Je lève les yeux vers lui. Je dois lui dire. Je dois lui dire tout. Mais je sais , je sais déjà, dans un endroit de mon cœur que je n'ose pas regarder , que je vais devoir choisir entre cet homme et mon fils. Et je sais aussi que ce n'est pas un choix. Que ça n'a jamais été un choix. Qu'aucune mère au monde n'hésiterait une seconde.— Il veut que je vienne. Seule.— Non.— Lionel.— Non. C'est un piège.— Il a Noah.— Je m'en fiche. C'est un piège. Tu ne vas pas y aller.— Il a Noah.— Aurora...— IL A NOAH.Je crie. Je me lève. Je crie dans le jardin, dans la lumière dorée, avec les chiens qui se lèvent inquiets autour de nous, avec Lionel qui me regarde comme si je venais de le poignarder.— Il a mon fils. Il a mon fils et il me donne quarante-huit heures. Tu crois que j'ai le choix ? Tu crois qu'une mère a le choix ? Tu crois que je vais rester ici à attendre que tes hommes trouvent une loc
Aurora— Ne dis pas mon nom à Lionel, dit-il.Je me détourne. Je fais deux pas. Lionel me regarde. Je fais signe que tout va bien. C'est un mensonge. Rien ne va bien.— Noah va bien, dit Damian.Ma main se crispe sur le téléphone.— Je veux l'entendre.— Il dort.— Je veux l'entendre respirer.Un silence. Puis un bruit de pas, une porte qui s'ouvre, et tout à coup, tout au bout du fil, un petit ronflement régulier. Le petit ronflement de Noah. Mon Noah. Je m'effondre sur un banc de pierre. Je pleure sans bruit, la main sur la bouche. Lionel s'approche. Je tends le téléphone vers lui pour qu'il entende. Il entend. Il ferme les yeux. Il pose son poing contre sa bouche.Damian reprend le téléphone.— Tu as entendu.— Oui.— Il dort bien. Il a mangé du poisson ce soir
Nous sortons. Le jardin est baigné d'une lumière dorée. Les chiens nous suivent. Nous marchons sans but, côte à côte, le long de l'allée de cyprès. Nous ne parlons pas. Nous n'avons pas besoin de parler. Quelque chose s'est construit entre nous ces dernières heures , quelque chose de plus solide que le désir, de plus profond que la passion. Une alliance. La vraie.— Aurora.— Oui.— Merci.— Pour quoi.— De ne pas m'en vouloir.— Pour quoi.— Pour ce que j'ai été. Au début. Avec toi.Je m'arrête. Je le regarde. Le soleil rase son visage, et pour la première fois je vois cet homme comme il est vraiment , pas le monstre du premier jour, pas le dieu cruel du bureau. Un homme. Un homme qui a été mal construit par un père malade, qui a pris la place d'un fr
AuroraNous travaillons depuis l'aube.Lionel a passé vingt coups de téléphone entre cinq et huit heures du matin. Je l'ai écouté faire. C'est impressionnant, un homme comme lui au travail , c'est une machine de précision. Il appelle des gens dont je ne connais pas les noms. Il dit trois phrases. Les gens obéissent. Des fichiers arrivent par mail. Des listes de vols. Des relevés bancaires , je ne demande pas comment il les a eus. Des signalements de caméras de péage. Une trace de carte bleue dans une station essence à cent quatre-vingts kilomètres au sud de la ville, à dix-huit heures hier soir.— Il va vers la côte, dit Lionel.— Comment tu le sais ?— Cette station essence est sur l'autoroute du sud. Il a pris de l'essence et des sandwiches. Deux sandwiches. Un jambon-beurre. Un autre — il lit la note — un a
Je me dégage doucement. Je reprends le lapin. Je le serre contre moi. Je vais jusqu'à la fenêtre. Dehors, la nuit tombe. Les chiens sont couchés dans le jardin, silencieux, comme s'ils savaient. Le monde entier sait. Le monde entier s'est arrêté avec moi.— Noah a peur du noir, je dis.— Je sais.— Il faut qu'il ait une lumière.— Damian le saura.— Il ne le sait pas. Il ne sait rien de lui. Il ne sait pas qu'il déteste les petits pois. Il ne sait pas qu'il faut couper ses spaghetti en trois. Il ne sait pas qu'il a un petit creux dans la joue gauche quand il sourit vraiment fort. Il ne sait pas que quand il dit je ne suis pas fatigué, ça veut dire qu'il est épuisé. Il ne sait rien, Lionel. Il ne sait rien de notre fils.Notre fils. Je viens de dire notre fils. Je ne l'avais jamais dit. Lionel se fige derrière m
Les gens se retournent. Une femme s'approche. Lionel me relève, me tient, je me débats, je crie encore, je crie jusqu'à ce que ma gorge saigne, je crie le prénom de mon fils dans une rue où il n'est plus, dans une ville où il vient de disparaître, dans un monde qui vient de s'effondrer.— NOAH. NOAH. MON BÉBÉ. NOAH.Lionel me serre contre lui. Il dit des choses. Je ne les entends pas. Je n'entends que le silence à la place du rire. Ce silence-là. Ce silence épouvantable. Ce silence qui ne finira jamais.Il a pris mon fils.AuroraJe ne sais pas comment je suis rentrée à la villa.Je ne sais pas qui a conduit. Je ne sais pas si j'ai parlé. Je ne sais pas si j'ai pleuré , je crois que je n'ai pas pleuré, je crois que je n'ai pas pu, je crois que les larmes se sont arrêtées net quel







