LOGINAndré pousse le dossier médical vers le centre de la table.— Vous avez utilisé ma maladie pour contraindre ma fille. Elle cherchait de l’argent pour me garder en vie, et vous avez décidé que cette peur pouvait servir vos affaires.Élodie sent son estomac se contracter.Elle ne veut pas revivre cette période. Pourtant, elle ne quitte pas la pièce. Son père lui a demandé de rester, et une partie d’elle veut entendre ce que Raphaël répondra lorsqu’il ne pourra accuser ni Camille, ni Dunois, ni les circonstances.Raphaël pose son manteau sur le dossier d’un fauteuil.— J’ai utilisé votre maladie pour la forcer à accepter ce dîner. Je savais qu’elle refusait. Je savais aussi qu’elle n’avait plus le temps de chercher l’argent ailleurs.Sa voix reste basse, chaque mot nettement prononcé.— J’ai pris cette décision parce que je voulais le contrat de Dunois. Personne ne m’y a obligé.Élodie relève les yeux.Raphaël a déjà reconnu sa responsabilité devant Dunois. L’entendre le répéter devant s
Le fonds Varenne est suspendu avant la fin de la journée.Les engagements sont annulés, les œuvres placées sous contrôle du comité et une nouvelle expertise doit être organisée. Madeleine a quitté l’hôtel avec l’avocat de Rochemont avant que quiconque puisse l’interroger.Élodie transmet au professeur Valcourt les photographies prises dans le couloir, puis retourne à Nova-Com. Elle a fait ce qu’elle pouvait pour empêcher les pièces de circuler. La suite prendra plusieurs semaines.Le lendemain matin, elle se rend dans une clinique privée près du parc Monceau.Ses parents sont arrivés de Suisse la veille au soir. Le cardiologue qui suit André a demandé une série d’examens auprès d’un confrère parisien. Rien d’alarmant, selon lui, mais Élodie préfère assister à chaque rendez-vous.Sa mère l’attend devant le service, deux cafés à la main.— Ton père est déjà à l’intérieur. Il a refusé que je l’accompagne.Élodie prend le gobelet qu’elle lui tend.— Il déteste qu’on le regarde pendant les
La pluie assombrit les pierres de l’hôtel de Varenne lorsque Élodie franchit l’entrée réservée au personnel.À l’étage, les salons destinés aux investisseurs sont encore fermés. Des employés alignent les catalogues sur les fauteuils dorés, règlent l’éclairage des vitrines et retirent les housses qui protègent les tableaux. La réception ne commence qu’à onze heures, mais les bouteilles reposent déjà dans les seaux d’argent et des bouquets blancs occupent chaque cheminée.Valentin attend Élodie devant une porte latérale.Son costume sombre se fond dans le décor. Seul le badge fixé à sa veste indique qu’il appartient au comité chargé d’examiner le fonds.— Le professeur est à l’intérieur.Il lui ouvre la porte.Le salon privé tranche avec le faste du reste de l’hôtel. Une table, trois ordinateurs et plusieurs dossiers imprimés ont remplacé le mobilier ancien. Le professeur Valcourt travaille près de la fenêtre, ses lunettes posées au bout du nez.Élodie retire son manteau.— Ils ont modi
Élodie termine les formalités de départ lorsque Raphaël entre dans le hall.Il porte un manteau noir sur une chemise sans cravate. La nuit a laissé une légère fatigue sur son visage, mais sa démarche garde la même assurance. Marc le suit avec deux téléphones et une pile de dossiers.Raphaël aperçoit la valise près d’Élodie.— Tu rentres à Paris ?— Oui.— Viens avec moi.Il fait signe à un employé de prendre son bagage.Élodie regarde à travers les portes vitrées. La voiture qu’elle a commandée n’est pas encore arrivée. L’hélicoptère de Raphaël l’attend déjà sur la plateforme.Elle tend son reçu au concierge.— D’accord.Raphaël ne laisse paraître aucune satisfaction. Il se contente de ralentir pour marcher à côté d’elle jusqu’à la voiture qui doit les conduire à l’appareil.Lucas se trouve encore près des anciennes écuries. Il parle au téléphone, entouré de deux membres de son équipe. Lorsqu’il voit Élodie monter avec Raphaël, il s’interrompt une fraction de seconde.La voiture démar
À dix heures, les employés démontent l’estrade installée devant le château.La veille, personne n’y prêtait attention. Elle semblait destinée à la remise des prix. Ce matin, les panneaux retournés contre le mur révèlent un autre décor : les emblèmes de Rochemont et de Mercier Automobiles, séparés par une date et les mots « partenariat compétition ».Une longue table attend encore sous la verrière. Trois stylos sont alignés devant des dossiers reliés de cuir. Les bouteilles de champagne repartent dans leurs caisses sans avoir été ouvertes.Élodie s’arrête en haut des marches.Rochemont se tient au milieu de la cour avec Hélène Kessler, la directrice de Mercier. Deux membres de son conseil l’accompagnent. Lucas attend un peu plus loin, les mains dans les poches de son manteau.— Vous n’allez pas suspendre trois années de négociations pour une seule course, dit Rochemont.Sa colère attire les regards malgré le ton contenu.Hélène Kessler ne se laisse pas impressionner.— Cette course dev
Élodie s’arrête à quelques pas de Raphaël.Le couloir est désert. Une lampe reste allumée près de l’escalier, laissant le reste de l’étage dans une lumière plus douce. Au rez-de-chaussée, les derniers invités regagnent leurs chambres.— Tu pourrais commencer par cesser de m’attendre devant mes portes, dit-elle.Raphaël ne bouge pas.— C’était toi, au volant de la vingt-sept ?Élodie sort sa clé de sa pochette.— Il est tard.— Le badge que tu portais hier disait Nora Weiss. La vingt-sept est inscrite au même nom. Tu as disparu avant les qualifications et tu portes encore le bracelet des pilotes.Son regard descend vers ses mains. De légères marques rouges restent visibles à la base de ses doigts, laissées par les gants et les vibrations du volant.— Quand est-ce que tu as appris à conduire comme ça ?Élodie introduit la clé dans la serrure.— Tu es venu me faire passer un interrogatoire ?— Je pose une question à ma femme.Elle tourne la poignée, puis se retourne vers lui.— C’est peu
L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régula
Le réveil n'avait pas encore sonné quand l'obscurité de la chambre commença à peser sur Élodie. Allongée immobile, les yeux fixés sur le plafond invisible, elle sentait chaque muscle de son dos protester contre la fatigue. La nuit avait été intense, une étreinte sans âme qui n'avait laissé derrière
— Joyeux anniversaire, Élodie.La voix d'Élodie ne fut qu'un murmure, une vibration fragile aussitôt étouffée par le silence glacial du salon. Face à elle, l'unique bougie plantée dans un cupcake solitaire vacillait, projetant des ombres instables sur la table de marbre blanc. Élodie souffla. L'obs
Élodie resta clouée au sol, les paumes à plat contre le carrelage dont le froid remontait jusqu'à sa poitrine. Camille s'avança, une couverture en cachemire négligemment posée sur ses épaules frêles. Elle affichait ce sourire de façade, ce masque de "douceur" qui masquait une lame de rasoir. Derri







