L’ombre de ton nom

L’ombre de ton nom

last updateLast Updated : 2025-12-15
By:  Thienly60Ongoing
Language: French
goodnovel16goodnovel
Not enough ratings
33Chapters
795views
Read
Add to library

Share:  

Report
Overview
Catalog
SCAN CODE TO READ ON APP

Dix années d’efforts, de sacrifices, de fidélité. Pour Ly Moon, devenir directrice du département graphisme de MDLSC est l’aboutissement d’une vie. Mais au soir de sa victoire, elle découvre que le succès peut être une condamnation : trahie par son amie Rita et son propre fiancé, elle trouve la mort sous les phares d’une voiture. Lorsqu’elle ouvre les yeux, ce n’est plus le monde qu’elle connaît. Un homme l’attend — un ange, qui se nomme Star. Il lui offre le choix : devenir lumière, ou redevenir flamme. Ly choisit la vengeance. Renvoyée dix ans en arrière, fiancée à Aurion Star, héritier du plus puissant empire créatif du monde, elle se retrouve face à celle qui l’a détruite… mais cette fois, c’est elle qui écrit les règles. Entre cendres et or, entre la femme qu’elle était et celle qu’elle devient, Ly avance sur le fil du pardon et du pouvoir, jusqu’à ce que même l’amour devienne une arme. L’Ombre de ton nom — Une histoire de renaissance, d’anges et de trahison, où la lumière la plus pure peut naître de l’obscurité la plus profonde.

View More

Chapter 1

Renaissance

Le PDG de MDLSC prit une longue inspiration, comme pour suspendre le temps. Autour de Ly, la salle était électrique — chuchotements, tintements de verres, regards qui évaluaient. Sous la chaleur des projecteurs, le tissu de sa robe adhérait à sa peau. Elle posa une main sur le pupitre de marbre pour s’ancrer, incapable de dire si c’était le sol qui vacillait ou son propre cœur.

— À compter d’aujourd’hui, annonça-t-il d’une voix traînante, la nouvelle directrice de la branche Graphisme sera…

Un frisson parcourut l’assistance. Les pupilles se dilatèrent, les sourires se firent coupants. Elle connaissait ce silence : celui qui précède le verdict.

— Laisse tomber, Ly, glissa Rita tout contre son oreille. Cette fois, c’est pour moi.

La brûlure de ce murmure sur sa peau. Ly ne se retourna pas. Elle sentait, derrière ce parfum trop sucré, la lame d’un sourire qui n’avait jamais connu la douceur. Elle se redressa, s’obligea à respirer. Dix ans. Dix années à avaler l’humiliation avec du café froid, à recommencer, à s’effacer. Ce soir aurait dû pencher du côté de la justice.

— Ly Moon. Félicitations.

Son nom résonna dans l’air comme une cloche pure. Les applaudissements éclatèrent, trop forts, trop nombreux, comme pour couvrir autre chose : la déception des uns, la rage d’une autre. Elle ne sentait plus ses doigts quand le PDG lui tendit la plaque : « Ly Moon — Directrice du département Graphisme ». Le métal était plus lourd qu’elle ne l’imaginait, froid, tangible. Elle sourit. Elle dit merci. Elle joua son rôle.

Et pourtant, en elle, quelque chose se tendit, se resserra, menaçant de céder. Elle ne savait pas pourquoi.

Les collègues défilèrent. Les « tu le mérites » pleuvaient, lisses, interchangeables. Elle reconnaissait ce regard chez certains : la convoitise bien coiffée, le compliment qui collait aux dents. Elle s’accrocha aux visages qui comptaient, une stagiaire tremblant d’émotion, un maquettiste aux yeux humides. Là, elle pouvait respirer. Puis un tintement sec : le pied d’une flûte heurta la table. Un bruit infime, mais il fendit quelque chose en elle. Un présage, pensa-t-elle aussitôt, avant de se moquer elle-même d’y avoir songé.

Son téléphone vibra.

Rita.

« Félicitations, ma chère directrice.

N’oublie pas : beaucoup veulent ta place. Certains iront très loin. »

Ly leva les yeux. Dans l’ombre du bar, Rita la fixait. Verre à la main. Une mèche derrière l’oreille. Ce sourire poli qui n’atteignait jamais ses yeux. Ly connaissait ce sourire. Elle l’avait vu prospérer dans les couloirs, s’insinuer en réunion, froisser des réputations d’une simple caresse. Elles se toisèrent, un battement de cœur trop long. Rita leva sa flûte. *À ta chute*, murmura son regard. Ly sentit la sueur glisser le long de sa colonne, fine, glacée.

Elle riait, parlait, remerciait. Son corps faisait ce qu’il devait. Son esprit, lui, se recroquevillait quelque part entre ses côtes. L’air vint à manquer. La musique était trop forte. Elle s’excusa, s’éclipsa. Ses pas résonnèrent sur le marbre du couloir ; l’écho la suivait comme un second cœur.

Dans l’ascenseur, la lumière crue trahissait la fatigue sous ses yeux. Elle se vit, étrangère à elle-même : une femme qui venait enfin de gagner, et qui avait peur comme si elle avait tout perdu. Elle inspira, ferma les yeux, compta jusqu’à cinq. Le téléphone vibra de nouveau. Le nom s’afficha et son visage s’illumina.

Mon amour

« Je t’attends devant l’entreprise. Hâte de te serrer dans mes bras. »

Une vague de chaleur la submergea. Il savait quand elle avait besoin de lui. Il savait toujours. Elle s’accrocha à cette pensée comme à une rambarde au-dessus du vide. Les portes s’ouvrirent. Le souffle frais de la nuit effleura sa peau. Elle salua les agents de sécurité, répondit machinalement aux sourires. Dehors, la ville étirait ses néons. L’air sentait la pluie qui hésitait.

La rue était presque déserte. Une brume fine, argentée, traînait à hauteur de genoux, s’enroulant autour des pneus des voitures garées. Elle avança, cherchant sa silhouette. Elle écrivit : « Tu es où ? » puis effaça. Non. Il avait dit « devant ». Elle attendit. Ses doigts serrèrent le téléphone si fort que ses jointures blanchirent. Une sensation idiote, puérile, lui monta à la gorge : et s’il ne venait pas ?

Un moteur au loin. Des phares s’allumèrent. La voiture démarra, rapide. Trop. Ly fit un pas en arrière. La brume diffractait la lumière ; pendant une seconde, tout — la voiture, la ville, elle-même — parut irréel, comme si on avait ralenti le temps.

Elle pensa : ce n’est pas pour moi.

Elle pensa : mais si.

Elle n’eut pas le temps de crier.

Le choc fut une explosion silencieuse. La douleur ne vint pas tout de suite — d’abord, il y eut la surprise, absurde, comme trébucher sur un trottoir invisible. Puis son corps lui rappela sa présence : métal contre os, asphalte contre peau, l’odeur de fer qui envahit sa bouche. Le ciel tournoya, puis se stabilisa, indifférent.

Des pas. Des voix. Elle flottait, enveloppée dans une ouate qui laissait filtrer le monde comme à travers de l’eau. Et là, à la limite de son champ de vision, deux silhouettes se découpèrent. L’une tenait l’autre. Leurs visages étaient éclairés par les phares ; leurs traits nets. Elle n’avait pas besoin de s’approcher pour comprendre. Elle savait.

Rita.

Lui.

Ils s’étreignirent. Il enfouit son visage dans son cou. Elle caressa ses cheveux, lentement, avec possessivité. Leurs lèvres se rencontrèrent. C’était un baiser sans urgence, presque tendre, presque doux — d’une douceur obscène. Ly aurait voulu fermer les yeux, mais ils restèrent grands ouverts, comme cloués par la nuit. Rita finit par la regarder. Sur ses lèvres, l’ébauche d’un mot qu’elle connaissait trop bien chez ceux qui obtiennent enfin ce qu’ils convoitent.

« Merci. »

Le reste, elle ne l’entendit pas. Les sirènes arrivèrent trop tard, comme appartenant à un autre monde. On l’appelait, on s’agitait autour d’elle. Ly se détacha de son corps avec la simplicité d’un souffle qui s’échappe.

Quand elle rouvrit les yeux, tout était or.

Pas l’or pesant des bijoux. L’or de la lumière, qui s’étirait dans l’air comme une soie chaude. Il n’y avait ni sol ni plafond, et pourtant, elle se tenait, stable. Elle regarda ses mains : ses doigts étaient les mêmes, mais plus nets, comme si quelqu’un avait ajusté la mise au point. Son cœur ne battait plus dans sa poitrine — il pulsait partout, très doucement, comme une marée.

— Bonjour, Ly.

La voix était claire et profonde, une note qui résonnait dans l’espace et en elle. Elle se retourna. L’homme qui se tenait là était vêtu d’un blanc qui n’aveuglait pas. Il n’avait pas d’âge. Ou peut-être les avait-il tous. Son regard était calme, mais pas vide ; il contenait un rivage où l’on pouvait déposer une fatigue ancienne.

— Où suis-je ? demanda-t-elle. Sa voix ne tremblait pas.

— Entre deux rives, répondit-il. Là où l’on pose les questions que la vie ne laisse pas le temps de formuler. Je m’appelle Star. Si tu veux un mot simple : un ange.

Elle rit, un son bref qui la surprit.

— Je suis morte, alors.

— Oui.

— Et… ce n’était pas un accident.

— Non.

Le mot tomba, net, sans fard. Il ne s’attarda pas sur une compassion infantilisante. Il choisit la vérité, et la laissa respirer. Ly ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, elle revit la scène : le verre qui tinte, la brume, le sourire poli, la douceur obscène du baiser. Quand elle rouvrit les yeux, quelque chose en elle s’était déplacé. La douleur s’était tassée, laissant un espace parfaitement dessiné. Un espace où une décision pouvait tenir.

— Pourquoi suis-je ici ?

— Parce qu’il existe des morts injustes, dit Star doucement. Des vies tranchées net, non par le hasard mais par une volonté. Ces âmes-là… ont le choix.

— Le choix ?

— Pardonner. Ou se venger.

Elle laissa le mot s’infiltrer. *Venger*. Il ne grinçait pas contre ses dents. Il ne salissait rien. Il donnait du relief au monde.

— Et toi ? demanda-t-elle. Tu es… mon guide ?

— Si tu le veux. Si tu le choisis. Jusqu’au bout.

Il sourit. Ce n’était pas un sourire pour rassurer. C’était un sourire qui reconnaissait en elle ce qu’elle avait peut-être toujours nié : elle n’était pas seulement douce, loyale, endurante. Elle était capable d’être juste. Même si la justice devait être taillée à la main.

— Je ne veux pas d’un ange, dit-elle. Je veux quelqu’un qui m’aime. Pas quelqu’un qui m’observe.

— Je ne t’ai jamais observée, Ly, répondit-il. Je t’ai veillée. Depuis ton premier souffle.

— Alors pourquoi ne pas m’avoir sauvée ?

— Parce que je peux t’offrir plus que ce que tu as perdu. Je peux t’offrir le temps. Et un terrain. Pour rejouer la partie.

Elle le fixa. Sa voix, sa présence, ce calme — tout en lui était étrangement familier, comme une chanson qu’on croit entendre pour la première fois et que l’on connaît déjà.

— Si je choisis la vengeance, dit-elle. Qu’est-ce que je deviens ?

— Vivante, répondit-il simplement. Vivante autrement. Tu reviendras avant l’engrenage. Tu garderas ce que tu sais. Et je serai avec toi. Pas au-dessus de toi. Avec toi.

Elle sentit, à ce mot, une chaleur précise pulser dans sa poitrine. *Avec*. Elle pensa à toutes les fois où elle avait avancé seule. À ses mains sur le clavier, la nuit. À la façon dont la machine répondait, mais jamais personne.

— Quand ?

— Quand tu ouvriras les yeux là-bas, dit Star. Le 19 mai 2015. Le jour où tu as franchi la porte de MDLSC pour la première fois.

— Et toi ?

— Je serai là. Très visible cette fois. Nous serons fiancés.

— Pardon ? Elle rit, secouée par l’absurdité. Et pourquoi Rita serait-elle jalouse de ça ?

— Parce que, sur Terre, on m’appelle Aurion Star.

Le nom traversa l’espace comme un éclair silencieux. Des images affleurèrent dans son esprit : couvertures de magazine, chiffres qui faisaient vaciller les puissants, un héritage qui changeait la gravité autour de lui. Le monde qui s’inclinait sans qu’on le lui demande.

— L’héritier.

— Oui.

— Et tu me choisis, moi.

— Je te choisis depuis longtemps, dit-il.

Il ne baissa pas les yeux. Il ne détourna pas la tête comme ceux qui jouent un rôle. Il la regarda comme on regarde un horizon qu’on a décidé d’atteindre.

— Alors, dit-elle, donne-moi ta main.

Il tendit la sienne. Sa paume était tiède, étonnamment humaine. Quand leurs doigts se touchèrent, le monde doré se mit à vibrer très doucement, comme une corde pincée. Ly eut la sensation très claire d’enfilier à nouveau son nom, son corps, sa vie. Mais quelque chose avait changé. Elle ne savait pas si c’était dans ses yeux, ou dans la façon dont son cœur se positionnait dans sa poitrine : un peu plus à gauche, un peu plus près du courage.

— Je veux qu’ils voient, murmura-t-elle. Qu’ils comprennent ce qu’ils m’ont pris. Et ce que je suis capable de reprendre.

— Alors regarde, souffla Star. Regarde comme on renaît.

La lumière se rétracta. Le doré devint un souffle, puis une étincelle. Dans cette étincelle, Ly crut distinguer le reflet de la plaque dorée avec son nom… et, derrière, un autre reflet : ses propres yeux, plus calmes, plus tranchants.

Elle ferma les siens.

La première sensation fut celle d’un tissu contre sa peau : une chemise qu’elle avait oubliée depuis des années. Puis l’odeur de café, trop fort, trop chaud, comme elle l’aimait au début. La fenêtre laissait entrer une lumière claire : mai. Elle savait, avant même de regarder le calendrier. 19 mai 2015. Le téléphone vibra sur la table de nuit. Un nom à la fois inconnu et familier s’afficha.

Aurion.

« Je suis en bas. »

Son cœur ne s’emballa pas : il s’aligna. Elle posa les pieds au sol. Ses mains tremblaient très légèrement, comme avant une présentation importante — sauf que cette fois, c’était le monde qu’elle s’apprêtait à présenter à lui-même.

— Très bien, dit-elle à voix basse, au silence de la pièce. Commençons.

Elle souffla. Et descendit.

Expand
Next Chapter
Download

Latest chapter

More Chapters

To Readers

Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.

No Comments
33 Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status