Share

Chapitre 3

last update Terakhir Diperbarui: 2026-02-23 02:14:07

POV : JEFFREY, 9-14 ANS

Après la mort de mon papa.

La nuit qui suivit fut la plus longue de ma vie.

Le manoir Kingboy, d'ordinaire bruissant de vie, étouffait sous le poids du chagrin. On me portait plus qu'on ne me guidait. Je garde surtout des sensations : le goût du sang sur mes lèvres, les mains fermes des gardes, le marbre glissant sous mes chaussures.

Au centre du salon, sous un drap blanc, reposait mon père.

Immobile. Définitif.

Je posai mes mains sur lui : la froideur me transperça. Des taches rouges se formèrent sur le tissu. Son sang, encore tiède. Mes doigts tremblants se couvrirent de rouge.

Un cri muet me brûla la gorge.

Autour de nous, la maison s'agitait : conseillers, messagers, alliés nerveux. Le monde s'organisait déjà pour enterrer le roi... et le clan avec lui.

Moi, je n'étais qu'un enfant chaos au milieu d'un empire qui s'effondrait.

     Ma grand-mère me fit venir dans sa chambre sombre, saturée d'encens. Elle m'observa longuement, puis déclara d'une voix tranchante :

— «Jeffrey... le monde que tu connaissais est mort. Ton père était notre rempart. Les ennemis viennent déjà. Tu n'as plus le droit d'être un enfant.»

Elle posa sa canne entre mes mains, m'obligeant à la serrer. Le bois froid ressemblait à un pacte silencieux.

Ma vie venait de basculer.

Les funérailles furent brèves, presque mécaniques. Les clans inclinèrent la tête sans chaleur. Certains murmuraient déjà des calculs d'alliances.

Puis vint l'émissaire de William Fristson : sourire poli, regard vide, voix dure.

Il annonça la dissolution des accords. Le partage des territoires. La fin officielle du clan Kingboy.

Quand il partit, j'eus l'impression que tout l'air de mon corps s'échappait.

Ma grand-mère resta droite. Dans son silence, je sentais déjà se construire en moi quelque chose de nouveau : une froideur, une discipline, un avenir qu'elle était prête à façonner, peu importe mon âge.

   Les jours suivants ne furent qu'un tourbillon silencieux.

J'étais une ombre glissant dans les couloirs. On murmurait. On pleurait. On craignait.

Puis ma grand-mère me prit par les épaules et me conduisit dans la salle du Rituel. Une salle interdite aux faibles. Aux enfants. Aux innocents.

Je n'étais plus rien de tout ça.

Les murs étaient recouverts d'anciens symboles, de peintures d'or et de rouge. Au centre, un bassin de marbre noir.

Je ne tremblais pas. J'étais froid, creux, vide.

— «Jeffrey,» murmura ma grand-mère. «Tu vas porter son nom. Sa colère. Sa couronne. Mais d'abord... tu dois mourir en tant qu'enfant.»

Elle porta la lame sur ma paume.

Je ne baissai pas les yeux.

Le sang coula, rouge, chaud, et tomba dans le bassin. La douleur me ramena à la vie autant qu'elle m'enterra.

—« Tu es un Kingboy. Tu es un lion. Et un lion ne supplie jamais.»

Je n'ai pas pleuré ce jour-là.

C'est ce qui l'a convaincue : j'étais prêt à être brisé pour être reconstruit.

À la suite de ce rituel, j’ai enduré cinq ans de profonde transformation. 

À dix ans, tout a commencé par un entraînement physique brutal : coups, chutes, réveils à quatre heures du matin, courses interminables jusqu’à vomir, apprendre à encaisser la douleur sans jamais crier.

 À onze ans, la violence a laissé place à la stratégie : échecs, histoire des guerres, psychologie des ennemis, avec une règle gravée dans l’esprit, connais ton adversaire mieux qu’il ne se connaît lui-même.

 À douze ans, les armes sont devenues familières : couteaux, pistolets, fusils de précision, en répétant qu’une arme est l’extension de l’âme et que si l’âme tremble, la main tremble aussi.

 À treize ans, on m’a appris à manipuler, mentir, séduire, parce que les hommes se battent avec des armes, mais les rois avec des mots.

 À quatorze ans enfin, le combat rapproché, tuer sans hésitation, et cette dernière leçon glaciale : regarder l’ennemi dans les yeux au moment de l’abattre, par respect, le minimum qu’on doit à celui qu’on affronte.

Chaque nuit, je rêvais du visage de William.

Chaque matin, je me réveillais avec son nom sur les lèvres.

«Vengeance. Vengeance. Vengeance.»

Le mot battait dans mes veines comme un deuxième cœur.

 À quatorze ans, je n'étais plus un orphelin.

J'étais un héritier.

Le manoir vibrait ce soir-là d'une tension électrique. On avait convoqué le clan pour une réunion importante.

Lorsque j'entrai dans la grande salle, un silence lourd s'abattit.

Je portais un manteau noir aux coutures argentées. Dans mon dos, brodé d'un fil d'or éclatant, le lion royal rugissait.

La salle scintillait sous les chandeliers. La table ovale reflétait les visages crispés. La grand-mère siégeait au bout, droite comme un pilier.

Mon oncle, un homme bruyant et lâche, se leva soudain.

— «Nous sommes finis ! Les Fristson imposent leurs lois ! Nous devons plier ou nous serons détruits !»

Sa voix résonna, mais personne ne répondit.

Parce qu'ils attendaient ma réaction.

Je me levai.

Sans un mot.

Je traversai la salle, mes pas résonnant comme des coups de marteau.

Je n'hésitai pas.

Mon oncle recula légèrement.

La lame plongea dans sa cuisse. Un geste net, précis.

Son cri se coinça dans sa gorge. Je lui assénai un coup de poing dans la bouche, assez fort pour lui couper le souffle. Le sang fit un arc rouge sur le sol.

—« Le problème avec toi,» murmurai-je, «c'est que tu parles trop. Et quand on parle trop... on finit par dire des bêtises.»

Je me tournai vers l'assemblée.

—« Ici, c'est la maison Kingboy. Cette ville nous appartient. Si quelqu'un n'est pas d'accord... qu'il sorte maintenant. Et qu'il ne revienne jamais.»

Personne ne bougea.

Soudain la grande porte.

Deux gardes amenèrent un homme ligoté. Un conseiller. Un traître.

— «Il a vendu nos secrets aux Fristson,» dit l'un des gardes.

Je m'approchai.

Le traître tremblait.

—«Est-ce vrai ?»

Il hocha la tête, incapable de soutenir mon regard.

—« Je demande juste... votre pardon...»

Ma grand-mère inspira profondément.

— «Il peut prononcer ses derniers vœux.»

Je sortis mon arme.

POM ! POM ! POM !

Trois tirs. Froids. Précis.

Deux dans la tête. Un dans le cœur.

Il s'effondra comme une marionnette à qui on coupe les fils.

Je rangeai mon arme.

— «Un traître n'a droit ni à la pitié... ni à un dernier vœu.»

La salle entière recula intérieurement.

La peur. Le respect. Le choc.

Ce soir-là, j'avais tué un homme devant toute ma famille.

Et malgré mon âge, personne n'osa me contredire.

Ce soir-là, je compris quelque chose de fondamental : La peur est plus puissante que l'amour.

Le respect s'obtient par le sang. Et pour devenir roi... il fallait d'abord devenir monstre. Mais je ne savais pas encore que la vraie épreuve m'attendait. 

Celle qui testerait non pas ma force...

Mais mon cœur.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 8:

    POV : SOFIA COPPOLAJe m'avançai lentement, les yeux baissés, les mains jointes devant moi. Chaque pas résonnait dans le silence oppressant. Image parfaite de la servante timide.— «Lève les yeux.»J'obéis lentement, relevant mon regard vers le sien.Nos yeux se croisèrent. Et je sentis un frisson glacé me parcourir l'échine.Elle sait. Mon Dieu, elle sait déjà.Le silence s'étira. Elle m'observait. Chaque détail. Chaque respiration. Chaque battement de cils. Comme un rapace observant sa proie avant de fondre.Elle cherche le mensonge. Ne lui donne rien. Rien du tout—« Tu es trop belle pour être servante,»dit-elle enfin, sa voix tranchante comme du verre brisé.Mon cœur rata un battement.Danger. C'est un test.Je gardai mon expression douce, légèrement confuse, avec une touche de gêne.— «Je... je vous remercie, Madame. Mais je ne cherche qu'un toit et un travail honnête.»—« Honnête.»Elle répéta le mot comme s'il était amusant. Ou insultant. Ou les deux.— «Dans cette maison, l'ho

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 7

    POV : SOFIA COPPOLALa voiture me déposa loin des portails. Comme prévu.William avait insisté : "Tu n'arrives pas en voiture de luxe. Tu arrives à pied. Humble. Fatiguée. Désespérée."Je sortis, seule, tenant le petit sac modeste qu'on m'avait donné pour jouer mon rôle. Mes vêtements étaient simples : une robe beige usée, un cardigan élimé, des chaussures plates fatiguées. Mes cheveux étaient tressés en une natte sage qui tombait sur mon épaule. Pas de maquillage voyant. Juste une touche de rose sur les lèvres, un soupçon de mascara.L'image parfaite de l'innocence brisée. Si seulement ils savaient.Le manoir se dressait devant moi, immense, majestueux, dangereux. Une forteresse plus qu'une maison.Ses murs noirs avalaient la lumière du soir londonnien. Ses fenêtres ressemblaient à des yeux vides qui me scrutaient, me jaugeaient, me condamnaient déjà. Le portail de fer forgé s'élevait comme une gueule de monstre prête à se refermer.Tourne-toi. Fuis. Sauve-toi pendant qu'il est encor

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 6

    POV : JEFFREYLa nuit tombait quand j'arrivai au manoir.Les lumières étaient déjà allumées.Ma grand-mère m'attendait dans le hall, droite comme le fer, élégante comme un fantôme royal.— «Bravo, Jeffrey. Aujourd'hui, tu as prouvé que ton sang n'a jamais faibli.» Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.— Et elle sera ton plus grand test. Car cette fois, Jeffrey... le feu que tu devras maîtriser ne sera pas seulement dans ton corps.Elle posa une main sur mon cœur.— Il sera ici. Et si tu perds ce combat... tu perdras tout.Elle caressa ma joue d'une main froide, mais fière.— Tu as gagné un pari... mais tu dois gagner ton destin mainten.Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.Ma Grande Mère se leva avec une grâce surprenante pour son âge. Elle fit un geste vers une porte dissimulée derrière une tenture brodée d’or, un

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 5

    POV : SOFIA Je suis entrée dans le manoir Fristson exactement au moment où Jude a franchi les portes. Ses pas lourds. Son souffle court. L'odeur de sang séché sur sa peau.Tout révélait une seule chose : la défaite. Une défaite écrasante. Humiliante.Et dans cette maison, l'humiliation est un crime plus grave que la trahison.Les servantes se sont figées. Les gardes ont baissé les yeux. Moi, j'ai observé.Jude tremblait. Ses vêtements étaient déchirés, son visage meurtri. On aurait dit qu'il avait été jeté dans une guerre qu'il n'avait aucune chance de gagner.Je savais déjà que le nom derrière sa chute n'était qu'un souffle dans l'air.Un nom que j'allais bientôt porter comme un parfum dangereux : "Jeffrey Kingboy."Jude n'a parlé à personne. Il s'est traîné jusqu'à la salle principale, là où William Fristson l'attendait.Le maître. Le stratège. Le brasier froid. Je restais dans l'ombre. C'est là que je suis la plus utile. William était assis dans son fauteuil imposant, entouré de

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 4

    POV : JEFFREY, 15 ANS Un ans plus tard.Je reçus ma première mission officielle.Un bar clandestin refusait de payer l'impôt aux Kingboy. Pire : il payait désormais les Fristson.Une insulte. Une provocation. Un message.J'y allai avec seulement deux gardes. Pas d'armes visibles. Pas de violence immédiate.Seulement la parole.Je pénétrai dans le bar enfumé. Les conversations cessèrent. Les regards se tournèrent vers moi.Un adolescent... mais un adolescent au manteau noir et au lion d'or.Je m'approchai du comptoir.— «Appelle ton patron.»Le gérant éclata de rire.—« Toi ? Un gamin va me donner des ordres ?!»Je ne répondis pas. Je sortis une photo.La fille du patron. Devant son école.Le rire s'évapora.Il courut chercher son chef.Le patron arriva en hurlant :—« Qui ose menacer ma fille ?»Le gérant me désigna du doigt, tremblant.L'homme s'approcha... et vit le lion Kingboy.— «Un envoyé... Kingboy ?»Puis il éclata de rire.— «Cette vieille mouche t'envoie, toi ? Un gamin ?»

  • LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE    Chapitre 3

    POV : JEFFREY, 9-14 ANSAprès la mort de mon papa.La nuit qui suivit fut la plus longue de ma vie.Le manoir Kingboy, d'ordinaire bruissant de vie, étouffait sous le poids du chagrin. On me portait plus qu'on ne me guidait. Je garde surtout des sensations : le goût du sang sur mes lèvres, les mains fermes des gardes, le marbre glissant sous mes chaussures.Au centre du salon, sous un drap blanc, reposait mon père.Immobile. Définitif.Je posai mes mains sur lui : la froideur me transperça. Des taches rouges se formèrent sur le tissu. Son sang, encore tiède. Mes doigts tremblants se couvrirent de rouge.Un cri muet me brûla la gorge.Autour de nous, la maison s'agitait : conseillers, messagers, alliés nerveux. Le monde s'organisait déjà pour enterrer le roi... et le clan avec lui.Moi, je n'étais qu'un enfant chaos au milieu d'un empire qui s'effondrait. Ma grand-mère me fit venir dans sa chambre sombre, saturée d'encens. Elle m'observa longuement, puis déclara d'une voix trancha

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status