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Chapitre 5

last update publish date: 2026-02-23 02:17:19

POV : SOFIA 

Je suis entrée dans le manoir Fristson exactement au moment où Jude a franchi les portes. Ses pas lourds. Son souffle court. L'odeur de sang séché sur sa peau.

Tout révélait une seule chose : la défaite. Une défaite écrasante. Humiliante.

Et dans cette maison, l'humiliation est un crime plus grave que la trahison.

Les servantes se sont figées. Les gardes ont baissé les yeux. Moi, j'ai observé.

Jude tremblait. Ses vêtements étaient déchirés, son visage meurtri. On aurait dit qu'il avait été jeté dans une guerre qu'il n'avait aucune chance de gagner.

Je savais déjà que le nom derrière sa chute n'était qu'un souffle dans l'air.

Un nom que j'allais bientôt porter comme un parfum dangereux : "Jeffrey Kingboy."

Jude n'a parlé à personne. Il s'est traîné jusqu'à la salle principale, là où William Fristson l'attendait.

Le maître. Le stratège. Le brasier froid. Je restais dans l'ombre. C'est là que je suis la plus utile.

  William était assis dans son fauteuil imposant, entouré de la lueur glacée des lustres. Il n'a pas bougé quand Jude est arrivé.

Il l'a seulement regardé...

Avec la même expression qu'un roi s'offrant un spectacle décevant.

—« Jude,» dit-il d'une voix calme. «Que t'est-il arrivé ?»

Le calme. Toujours le calme.

Chez William, la colère ne se traduit jamais par des cris. Sa colère respire dans l'air, change la température, déforme la réalité. Jude a essayé de se redresser, mais la douleur l'a brisé en deux.

— «C'est... Jeffrey Kingboy. Il... il m'a humilié.»

La mâchoire de William s'est légèrement contractée. À peine.

Mais pour moi, c'était un tremblement de terre silencieux.

— «Parle. Détaille.»

Jude, comme un enfant pris en faute, a tout raconté.

Le pari. L'étrange renversement de course. La défaite impossible.

Puis la bagarre. Les coups. Les gardes Kingboy écrasant les Fristson.

Et enfin, l'insulte suprême.

Il a avalé sa salive, honteux.

—« Il m'a dit : "Dis à William : le Roi." Et... il a posé le logo du Lion sur moi.»

Le silence qui a suivi, je l'ai senti jusque dans ma colonne vertébrale.

Puis William... a ri.

Un rire court, tranchant, presque sensuel de danger.

— «Ainsi donc, le petit lion veut jouer.»

Je savais ce que ce rire signifiait.

Je savais quel genre de guerre venait d'être déclenchée.

Et je savais que mon rôle allait commencer.

— «Faites venir Sofia.»

Les gardes se sont tournés vers moi.

Je suis sortie de l'ombre.

William s'est redressé légèrement. Ses yeux ont glissé sur moi comme une lame glisse sur une gorge.

Je ne baisse jamais les yeux.

— «Sofia,» dit-il d'une voix basse. «Nous avons un problème. Et un défi.»

Je m'avance d'un pas lent. Je pouvais sentir la tension de Jude, la honte dans son souffle, le regard de William sur ma peau.

— «Pour quel jeu me voulez-vous ?» demandai-je.

William se lève, contourne son fauteuil, et vient vers moi. Il est plus grand que moi, mais jamais autant que mon audace.

— «Jeffrey Kingboy. Il pense pouvoir défier un Fristson, et en sortir indemne. Je veux que tu le lui rappelles.»

— «Comment ?»

Il sourit.

Et quand William sourit... le monde doit trembler.

— «Tu vas entrer dans son clan. Pas comme une ennemie. Pas comme une guerrière. Mais comme... son ombre.»

Son doigt a frôlé ma mâchoire, geste qu'il ne se permet qu'avec ses armes les plus précieuses.

— «Sers-toi de ta beauté. Ta voix. Ton silence. Tes yeux. Tout ce que tu es.»

Il s'est penché plus près.

—« Tu vas devenir ce que Jeffrey désire regarder... mais ne doit jamais toucher. Tu vas lire ses failles, ses peurs, ses colères. Tu vas écouter ses secrets. Et tu vas me les rapporter, un à un.»

Je laisse un sourire léger étirer mes lèvres.

— «Une infiltration ? Une servante ?»

— «Oui. Modeste, douce, invisible. Toutefois... pour Jeffrey, tu devras être une tentation lente. Une chaleur dans un hiver de guerre.»

Je baisse légèrement la tête.

— «J'accepte.»

— «Parfait. Tu pars ce soir. Et Sofia...»

Ses yeux s'assombrissent.

— «Ne sous-estime pas ce garçon. Il dégage quelque chose de dangereux. S'il parvient à te lire... tue-le.»

Je souris froidement.

—« Il ne me lira pas. Je suis le livre que personne n'a jamais su ouvrir.»

Je descends dans la salle des métamorphoses. Mon royaume. Mon théâtre.

Des miroirs partout. Des vêtements de toutes classes sociales. Des parfums, des poudres, des armes invisibles, des perruques soyeuses, des bijoux cachant des poisons.

Je retire doucement ma robe noire. Je laisse tomber la femme fatale.

Je laisse naître la femme-enfant. La servante timide.

Je choisis :

• Une robe rouge simple, presque naïve

• Une coiffure tressée, pure

• Aucune couleur trop voyante

• Un parfum discret au miel

• Un maquillage invisible mais précis, qui me rend plus jeune, plus fragile

Je marche différemment. Je respire différemment.

Je deviens une autre version de moi-même.

Puis je prépare mon arsenal :

• Poudre soporifique dans une broche

• Micro-fil pour infiltrer les murs

• Lame fine dans un peigne

• Fiole de poison lent dans un pendentif

• Pierre de communication miniature glissée dans mon corsage

Je me regarde une dernière fois.

Je ne suis plus Sofia Coppola.

Je suis la servante parfaite.

Une douceur qui cache un couteau.

Une ombre qui respire.

Une caresse capable d'étouffer un empire.

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