MasukPOV : SOFIA
Je suis entrée dans le manoir Fristson exactement au moment où Jude a franchi les portes. Ses pas lourds. Son souffle court. L'odeur de sang séché sur sa peau.
Tout révélait une seule chose : la défaite. Une défaite écrasante. Humiliante.
Et dans cette maison, l'humiliation est un crime plus grave que la trahison.
Les servantes se sont figées. Les gardes ont baissé les yeux. Moi, j'ai observé.
Jude tremblait. Ses vêtements étaient déchirés, son visage meurtri. On aurait dit qu'il avait été jeté dans une guerre qu'il n'avait aucune chance de gagner.
Je savais déjà que le nom derrière sa chute n'était qu'un souffle dans l'air.
Un nom que j'allais bientôt porter comme un parfum dangereux : "Jeffrey Kingboy."
Jude n'a parlé à personne. Il s'est traîné jusqu'à la salle principale, là où William Fristson l'attendait.
Le maître. Le stratège. Le brasier froid. Je restais dans l'ombre. C'est là que je suis la plus utile.
William était assis dans son fauteuil imposant, entouré de la lueur glacée des lustres. Il n'a pas bougé quand Jude est arrivé.
Il l'a seulement regardé...
Avec la même expression qu'un roi s'offrant un spectacle décevant.
—« Jude,» dit-il d'une voix calme. «Que t'est-il arrivé ?»
Le calme. Toujours le calme.
Chez William, la colère ne se traduit jamais par des cris. Sa colère respire dans l'air, change la température, déforme la réalité. Jude a essayé de se redresser, mais la douleur l'a brisé en deux.
— «C'est... Jeffrey Kingboy. Il... il m'a humilié.»
La mâchoire de William s'est légèrement contractée. À peine.
Mais pour moi, c'était un tremblement de terre silencieux.
— «Parle. Détaille.»
Jude, comme un enfant pris en faute, a tout raconté.
Le pari. L'étrange renversement de course. La défaite impossible.
Puis la bagarre. Les coups. Les gardes Kingboy écrasant les Fristson.
Et enfin, l'insulte suprême.
Il a avalé sa salive, honteux.
—« Il m'a dit : "Dis à William : le Roi." Et... il a posé le logo du Lion sur moi.»
Le silence qui a suivi, je l'ai senti jusque dans ma colonne vertébrale.
Puis William... a ri.
Un rire court, tranchant, presque sensuel de danger.
— «Ainsi donc, le petit lion veut jouer.»
Je savais ce que ce rire signifiait.
Je savais quel genre de guerre venait d'être déclenchée.
Et je savais que mon rôle allait commencer.
— «Faites venir Sofia.»
Les gardes se sont tournés vers moi.
Je suis sortie de l'ombre.
William s'est redressé légèrement. Ses yeux ont glissé sur moi comme une lame glisse sur une gorge.
Je ne baisse jamais les yeux.
— «Sofia,» dit-il d'une voix basse. «Nous avons un problème. Et un défi.»
Je m'avance d'un pas lent. Je pouvais sentir la tension de Jude, la honte dans son souffle, le regard de William sur ma peau.
— «Pour quel jeu me voulez-vous ?» demandai-je.
William se lève, contourne son fauteuil, et vient vers moi. Il est plus grand que moi, mais jamais autant que mon audace.
— «Jeffrey Kingboy. Il pense pouvoir défier un Fristson, et en sortir indemne. Je veux que tu le lui rappelles.»
— «Comment ?»
Il sourit.
Et quand William sourit... le monde doit trembler.
— «Tu vas entrer dans son clan. Pas comme une ennemie. Pas comme une guerrière. Mais comme... son ombre.»
Son doigt a frôlé ma mâchoire, geste qu'il ne se permet qu'avec ses armes les plus précieuses.
— «Sers-toi de ta beauté. Ta voix. Ton silence. Tes yeux. Tout ce que tu es.»
Il s'est penché plus près.
—« Tu vas devenir ce que Jeffrey désire regarder... mais ne doit jamais toucher. Tu vas lire ses failles, ses peurs, ses colères. Tu vas écouter ses secrets. Et tu vas me les rapporter, un à un.»
Je laisse un sourire léger étirer mes lèvres.
— «Une infiltration ? Une servante ?»
— «Oui. Modeste, douce, invisible. Toutefois... pour Jeffrey, tu devras être une tentation lente. Une chaleur dans un hiver de guerre.»
Je baisse légèrement la tête.
— «J'accepte.»
— «Parfait. Tu pars ce soir. Et Sofia...»
Ses yeux s'assombrissent.
— «Ne sous-estime pas ce garçon. Il dégage quelque chose de dangereux. S'il parvient à te lire... tue-le.»
Je souris froidement.
—« Il ne me lira pas. Je suis le livre que personne n'a jamais su ouvrir.»
Je descends dans la salle des métamorphoses. Mon royaume. Mon théâtre.
Des miroirs partout. Des vêtements de toutes classes sociales. Des parfums, des poudres, des armes invisibles, des perruques soyeuses, des bijoux cachant des poisons.
Je retire doucement ma robe noire. Je laisse tomber la femme fatale.
Je laisse naître la femme-enfant. La servante timide.
Je choisis :
• Une robe rouge simple, presque naïve
• Une coiffure tressée, pure
• Aucune couleur trop voyante
• Un parfum discret au miel
• Un maquillage invisible mais précis, qui me rend plus jeune, plus fragile
Je marche différemment. Je respire différemment.
Je deviens une autre version de moi-même.
Puis je prépare mon arsenal :
• Poudre soporifique dans une broche
• Micro-fil pour infiltrer les murs
• Lame fine dans un peigne
• Fiole de poison lent dans un pendentif
• Pierre de communication miniature glissée dans mon corsage
Je me regarde une dernière fois.
Je ne suis plus Sofia Coppola.
Je suis la servante parfaite.
Une douceur qui cache un couteau.
Une ombre qui respire.
Une caresse capable d'étouffer un empire.
POV : SOFIA COPPOLAJe m'avançai lentement, les yeux baissés, les mains jointes devant moi. Chaque pas résonnait dans le silence oppressant. Image parfaite de la servante timide.— «Lève les yeux.»J'obéis lentement, relevant mon regard vers le sien.Nos yeux se croisèrent. Et je sentis un frisson glacé me parcourir l'échine.Elle sait. Mon Dieu, elle sait déjà.Le silence s'étira. Elle m'observait. Chaque détail. Chaque respiration. Chaque battement de cils. Comme un rapace observant sa proie avant de fondre.Elle cherche le mensonge. Ne lui donne rien. Rien du tout—« Tu es trop belle pour être servante,»dit-elle enfin, sa voix tranchante comme du verre brisé.Mon cœur rata un battement.Danger. C'est un test.Je gardai mon expression douce, légèrement confuse, avec une touche de gêne.— «Je... je vous remercie, Madame. Mais je ne cherche qu'un toit et un travail honnête.»—« Honnête.»Elle répéta le mot comme s'il était amusant. Ou insultant. Ou les deux.— «Dans cette maison, l'ho
POV : SOFIA COPPOLALa voiture me déposa loin des portails. Comme prévu.William avait insisté : "Tu n'arrives pas en voiture de luxe. Tu arrives à pied. Humble. Fatiguée. Désespérée."Je sortis, seule, tenant le petit sac modeste qu'on m'avait donné pour jouer mon rôle. Mes vêtements étaient simples : une robe beige usée, un cardigan élimé, des chaussures plates fatiguées. Mes cheveux étaient tressés en une natte sage qui tombait sur mon épaule. Pas de maquillage voyant. Juste une touche de rose sur les lèvres, un soupçon de mascara.L'image parfaite de l'innocence brisée. Si seulement ils savaient.Le manoir se dressait devant moi, immense, majestueux, dangereux. Une forteresse plus qu'une maison.Ses murs noirs avalaient la lumière du soir londonnien. Ses fenêtres ressemblaient à des yeux vides qui me scrutaient, me jaugeaient, me condamnaient déjà. Le portail de fer forgé s'élevait comme une gueule de monstre prête à se refermer.Tourne-toi. Fuis. Sauve-toi pendant qu'il est encor
POV : JEFFREYLa nuit tombait quand j'arrivai au manoir.Les lumières étaient déjà allumées.Ma grand-mère m'attendait dans le hall, droite comme le fer, élégante comme un fantôme royal.— «Bravo, Jeffrey. Aujourd'hui, tu as prouvé que ton sang n'a jamais faibli.» Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.— Et elle sera ton plus grand test. Car cette fois, Jeffrey... le feu que tu devras maîtriser ne sera pas seulement dans ton corps.Elle posa une main sur mon cœur.— Il sera ici. Et si tu perds ce combat... tu perdras tout.Elle caressa ma joue d'une main froide, mais fière.— Tu as gagné un pari... mais tu dois gagner ton destin mainten.Mon cœur battit plus fort sans que je sache pourquoi.— Et ?La grand-mère me regarda avec des yeux qui voyaient trop loin.Ma Grande Mère se leva avec une grâce surprenante pour son âge. Elle fit un geste vers une porte dissimulée derrière une tenture brodée d’or, un
POV : SOFIA Je suis entrée dans le manoir Fristson exactement au moment où Jude a franchi les portes. Ses pas lourds. Son souffle court. L'odeur de sang séché sur sa peau.Tout révélait une seule chose : la défaite. Une défaite écrasante. Humiliante.Et dans cette maison, l'humiliation est un crime plus grave que la trahison.Les servantes se sont figées. Les gardes ont baissé les yeux. Moi, j'ai observé.Jude tremblait. Ses vêtements étaient déchirés, son visage meurtri. On aurait dit qu'il avait été jeté dans une guerre qu'il n'avait aucune chance de gagner.Je savais déjà que le nom derrière sa chute n'était qu'un souffle dans l'air.Un nom que j'allais bientôt porter comme un parfum dangereux : "Jeffrey Kingboy."Jude n'a parlé à personne. Il s'est traîné jusqu'à la salle principale, là où William Fristson l'attendait.Le maître. Le stratège. Le brasier froid. Je restais dans l'ombre. C'est là que je suis la plus utile. William était assis dans son fauteuil imposant, entouré de
POV : JEFFREY, 15 ANS Un ans plus tard.Je reçus ma première mission officielle.Un bar clandestin refusait de payer l'impôt aux Kingboy. Pire : il payait désormais les Fristson.Une insulte. Une provocation. Un message.J'y allai avec seulement deux gardes. Pas d'armes visibles. Pas de violence immédiate.Seulement la parole.Je pénétrai dans le bar enfumé. Les conversations cessèrent. Les regards se tournèrent vers moi.Un adolescent... mais un adolescent au manteau noir et au lion d'or.Je m'approchai du comptoir.— «Appelle ton patron.»Le gérant éclata de rire.—« Toi ? Un gamin va me donner des ordres ?!»Je ne répondis pas. Je sortis une photo.La fille du patron. Devant son école.Le rire s'évapora.Il courut chercher son chef.Le patron arriva en hurlant :—« Qui ose menacer ma fille ?»Le gérant me désigna du doigt, tremblant.L'homme s'approcha... et vit le lion Kingboy.— «Un envoyé... Kingboy ?»Puis il éclata de rire.— «Cette vieille mouche t'envoie, toi ? Un gamin ?»
POV : JEFFREY, 9-14 ANSAprès la mort de mon papa.La nuit qui suivit fut la plus longue de ma vie.Le manoir Kingboy, d'ordinaire bruissant de vie, étouffait sous le poids du chagrin. On me portait plus qu'on ne me guidait. Je garde surtout des sensations : le goût du sang sur mes lèvres, les mains fermes des gardes, le marbre glissant sous mes chaussures.Au centre du salon, sous un drap blanc, reposait mon père.Immobile. Définitif.Je posai mes mains sur lui : la froideur me transperça. Des taches rouges se formèrent sur le tissu. Son sang, encore tiède. Mes doigts tremblants se couvrirent de rouge.Un cri muet me brûla la gorge.Autour de nous, la maison s'agitait : conseillers, messagers, alliés nerveux. Le monde s'organisait déjà pour enterrer le roi... et le clan avec lui.Moi, je n'étais qu'un enfant chaos au milieu d'un empire qui s'effondrait. Ma grand-mère me fit venir dans sa chambre sombre, saturée d'encens. Elle m'observa longuement, puis déclara d'une voix trancha







