เข้าสู่ระบบLe visage de Lorenzo se décompose.
Ce n'est pas une métaphore. Je le vois littéralement, physiquement, se décomposer. Les muscles de sa mâchoire se relâchent, ses yeux s'écarquillent, sa bouche s'ouvre sur un cri qui ne vient pas, et pendant une seconde — une seule seconde — je vois dans son regard quelque chose que je n'avais jamais vu. Quelque chose comme de la surprise. De la vraie surprise. La surprise de l'homme qui croyait avoir un atout et qui découvre que sa main est vide.Le visage de Lorenzo se décompose.Ce n'est pas une métaphore. Je le vois littéralement, physiquement, se décomposer. Les muscles de sa mâchoire se relâchent, ses yeux s'écarquillent, sa bouche s'ouvre sur un cri qui ne vient pas, et pendant une seconde — une seule seconde — je vois dans son regard quelque chose que je n'avais jamais vu. Quelque chose comme de la surprise. De la vraie surprise. La surprise de l'homme qui croyait avoir un atout et qui découvre que sa main est vide.— Tu mens, souffle-t-il.— Je ne mens jamais, Lorenzo. C'est cela qui me rend si dangereuse. Les menteurs finissent par croire leurs propres mensonges. Moi, je mens aux autres, mais je ne me mens jamais à moi-même. Tes écrits étaient dans la vieille cabane du berger, celle que tu utilisais enfant, celle dont tu parlais dans tes lettres à ta mère. Tu les as cachés là en pensant que personne ne penserait à regarder dans un endroit si évident. Tu as eu tort.Il hurle.
GiuliaLe col est un tombeau qui hurle encore.Je le comprends dès que mes pieds foulent la terre noircie, dès que mes narines se remplissent de cette odeur impossible — fer, cendre, peur, mort — qui colle à la gorge comme une main sale. Les pierres fument encore par endroits, des fumerolles grises s'élèvent des éboulis comme les âmes de ceux qu'on vient d'y ensevelir, et le vent qui descend des corniches charrie avec lui des poussières de sang séché qui piquent les yeux et font tousser les blessés. Les gémissements montent de partout à la fois, un concert discontinu, une musique de boyaux ouverts et d'os brisés, et les corbeaux — déjà — tournent au-dessus des crêtes dans ce ballet sinistre qu'ils connaissent depuis toujours, ces charognards qui savent avant tout le monde où la mort a décidé de s'installer, qui suivent les armées comme les mouettes suivent les bateaux de pêche, avec cette patience infinie des creatures qui ont compris que l'humanité ne ce
GiuliaEt puis je charge, parce qu'il y a un moment où le stratège doit mourir et où le guerrier doit naître, et ce moment est venu, et je charge à la tête de la garde, douze loups et moi, dans la sortie du col, et la bataille m'avale, la bataille m'emporte, et je deviens ce que mon sang a toujours attendu que je sois.Je ne me cache plus, pas cette nuit, la dissimulation tient mais la retenue tombe, et je combats comme une hybride, comme une fille de deux sangs, je suis plus rapide que les loups, plus forte que les vampires, ma lame est partout, elle pare, elle frappe, elle ouvre, et le premier mercenaire qui me fait face n'a le temps de rien comprendre, et le deuxième non plus, et je sens autour de moi mes loups qui me regardent, mes loups qui me découvrent, et je sens leur stupeur se changer en furie, en fierté, en cette ivresse particulière des guerriers qui suivent un chef qui combat devant eux.— Avec moi, hurle Enzo quelque part à ma droite, avec l'Alpha, avec l'Alpha.Et le li
GiuliaIls viennent à la deuxième heure de la nuit, la nuit noire, la nuit morte, la nuit sans un souffle de lune, exactement comme Tomaso l'avait annoncé dans son dernier corbeau, exactement comme je l'avais calculé, et je suis à mon poste depuis la tombée du jour, à la sortie du col, avec la garde, et à travers les relais, à travers les guetteurs muettes qui se passent le signal de rocher en rocher, je suis leur approche, quatre-vingts lames, soixante-dix peut-être après les dernières désertions, une colonne qui serpente dans la vallée du Ruisseau Noir, qui traverse le bois penché, qui monte vers la gorge.Et je les sens avant de les voir, ma perception nouvelle, celle que la dissimulation m'a ouverte, lit la nuit comme une page, les cœurs lointains, les souffles, la marée froide des vampires qui avancent, et parmi eux, au milieu, un cœur que je reconnaîtrais entre mille, un cœur qui bat trop fort, un cœur qui brûle, le cœur de Lorenzo, et Lorenzo est devant, comme prévu, Lorenzo ma
GiuliaLa veille, la dernière nuit, la nuit avant la nuit, et je savais que je ne dormirais pas, je le savais comme on sait les choses du corps, et j'ai renvoyé tout le monde, Silas, Lucia, les servantes, j'ai dit je veux être seule, et ils sont partis, et je suis restée seule dans ma chambre, avec la carte roulée, avec la lame posée, avec l'armure de cuir préparée sur le mannequin comme un deuxième moi-même qui m'attend, debout, silencieuse, patiente.J'ai tout revérifié dans ma tête, une dernière fois, les postes, les signaux, les lignes de retraite, les soins, les caves des enfants, la porte de secours, j'ai cherché la faille, la faille que j'aurais manquée, le détail qui tue les plans, et je n'ai rien trouvé, rien de plus que l'incertitude ordinaire, l'incertitude qui est le prix d'entrée de toutes les batailles, et alors je me suis assise près de la fenêtre, et j'ai regardé la nuit, la nuit presque sans lune, la nuit qui ressemble déjà à demain.Et il est venu, bien sûr qu'il est
Giulia Nous montons au col le lendemain, Matteo et moi, avec Enzo et les capitaines des archers, et le voyage se fait par les crêtes, loin des pistes, invisibles, parce que Tomaso a prévenu que Lorenzo a des éclaireurs, deux bannis qui rôdent, et qu'un seul d'entre eux qui nous verrait sur le col ferait tout échouer, alors nous marchons comme des chasseurs, courbés, silencieux, et je découvre le col en chef de guerre, non plus en dessinateur de cartes. Il est plus parfait que la carte ne le disait, le col de Verlac, une blessure dans la montagne, les parois grises qui montent, qui montent, si lisses que même les chèvres les évitent, et le passage au sol, large d'abord, puis qui se pince, qui serre, jusqu'à ce passage de quarante pas où dix hommes pourraient arrêter mille, et au-dessus, les corniches, les corniches où nos archers sont déjà en place, trente silhouettes plaquées contre la roche, immobiles, invisibles, et quand Enzo siffle le signal, trente arcs se lèvent en même temps







