เข้าสู่ระบบLa réception du dossier de Maître Moreau fut un événement solennel. Le détective privé avait expédié une enveloppe sous scellé, contenant des photos, des relevés de comptes, et des extraits de registres académiques.
Daphné était seule dans son bureau, enveloppée dans son peignoir en soie, sirotant un deuxième café. La nervosité était palpable. Elle ouvrit l'enveloppe et étala les documents sur le bureau.
Elle commença par les photographies. Lyra, prise en filature : Lyra faisant ses courses au marché, Lyra avec des camarades d'études buvant un verre dans un bar de quartier, Lyra dans un musée, visiblement passionnée. La jeune femme menait une vie simple, modeste, mais active et joyeuse.
Puis, Daphné attaqua les relevés de comptes et le statut académique.
Comptes Bancaires : Les relevés étaient minces. Lyra travaillait, payait ses études, et n'avait aucun actif financier extravagant. Elle était manifestement désintéressée de l'argent.
Notes : Ses notes à La Sorbonne étaient excellentes. Une étudiante brillante, passionnée. Rien à redire.
Généalogie : Ses parents étaient instituteurs à la retraite près de Bordeaux. Des gens honnêtes, sans histoires.
Rien. Aucune faille, aucun scandale, aucune dette secrète. Lyra était exactement ce qu'elle prétendait être : une étudiante pauvre et brillante, sans ambition sociale.
Daphné Delacroix fut prise d'une panique nouvelle. C'était la pire des situations : Lyra n'était pas une opportuniste. Elle était sincère. Et son absence d'ambition financière la rendait invulnérable aux manigances de Daphné.
Elle parcourut une dernière feuille, une note rédigée à la main par Maître Moreau :
« Madame, je me permets d'ajouter cette information, bien que vous ne l'ayez pas demandée. J'ai enquêté sur les raisons de l'intérêt soudain de Monsieur Alexandre Delacroix pour cette affaire de droit maritime. J'ai découvert que l'une des pièces perdues lors du déménagement est une petite statuette archéologique que l'on pensait disparue depuis la guerre. Une statuette qui appartenait autrefois à la famille de Mademoiselle Lyra. »
Daphné se redressa, figée. Elle relut la note. La statuette perdue appartenait à la famille de Lyra ?
Alexandre n'était pas tombé sous le charme d'une simple serveuse. Il s'était intéressé à elle en tant que cliente, en tant que victime, ou peut-être en tant que détentrice d'un héritage sentimental. Il agissait par sens de la justice et de la réparation, des concepts qui rendaient Alexandre humain, et donc, vulnérable.
Le Cahier Secret de Daphné était un outil pour gérer les intérêts, les titres et les contrats. Il ne contenait aucune stratégie pour gérer la justice romantique.
Daphné se leva, le dossier glissant de ses genoux. Lyra n'était pas une intrigante. Elle était le test décisif pour l'âme d'Alexandre.
Elle comprit alors pourquoi Alexandre la défendait au Gala et pourquoi il était prêt à se lancer dans une affaire absurde : il voulait l'aider à récupérer ce qui lui était dû. Et s'il réussissait, ce serait un lien inébranlable entre eux.
— C'est une menace existentielle, murmura Daphné. Ce n'est pas un mariage, c'est une rédemption.
Elle prit son téléphone et appela Alexandre, qui était déjà au bureau.
— Alexandre, vous êtes seul ? — Oui, Mère. Je travaille sur l'affaire de l'artefact. C'est plus complexe que prévu. — Je veux tout savoir sur cette histoire, Alexandre. Maintenant. Et je veux que vous m'emmenez sur le terrain.
— M'emmener sur le terrain ? s'étonna Alexandre. Mais pourquoi ? — Parce que si vous voulez régler cette histoire pour Lyra, vous avez besoin de ma puissance de feu, dit Daphné, son ton redevenant celui d'une femme d'affaires implacable. Et je refuse que mon fils se fasse manipuler par des réseaux de contrebande sans la supervision de sa mère.
La vérité était qu'elle voulait détruire Lyra par son propre idéal. Si Daphné pouvait aider Alexandre à résoudre l'affaire, ou pire, si elle pouvait prouver que la statuette n'était pas si importante que ça, Lyra perdrait son "pouvoir romantique" sur son fils.
— Je veux vous voir ce midi. Et je veux le dossier complet, conclut-elle.
Daphné raccrocha et ramassa les photos de Lyra. La jeune femme n'était pas une ennemie facile. Elle était une force honnête.
Mais Daphné avait encore une carte à jouer : elle était la mère d'Alexandre, et elle connaissait ses faiblesses mieux que quiconque. Elle allait transformer cette affaire de droit maritime en un piège pour Lyra, et en une leçon pour Alexandre.
Elle se dirigea vers le Cahier Secret et réécrivit la ligne concernant Alexandre, d'une écriture ferme :
Plan A (Béatrice) : Écarté. Opération Actuelle : Déconstruire l'Idéal Lyra en participant à sa Quête. Objectif : Récupérer la statuette, puis éloigner Lyra, l'objet de sa gratitude.
C’était un soir de décembre, et Paris était recouvert d’une fine pellicule de givre. L’hôtel particulier des Delacroix brillait de mille feux, mais l’atmosphère à l’intérieur n’avait rien du faste habituel des galas.Les trois frères étaient là. Alexandre, tenant fermement la main de Lyra ; Benjamin, l’air sombre mais présent ; et Cédric, dont le bras entourait les épaules d'une Sophie intimidée mais résolue. Ils se tenaient face à la cheminée, comme un tribunal attendant l'accusée.Daphné entra. Elle ne portait pas son armure de soie habituelle, mais un simple pull en cachemire gris. Elle semblait plus petite, plus humaine. Dans ses mains, elle tenait l'objet du délit : le Cahier Secret.— Merci d'être venus, commença-t-elle, sa voix stable malgré l'émotion. Je sais que la confiance est une porcelaine qui, une fois brisée, ne se recolle jamais parfaitement. Mais je ne vous ai pas fait venir pour des excuses. Je vous ai fait venir pour une fin.Elle s'approcha de la cheminée. Les flam
Cédric marchait dans les rues de Paris comme un somnambule. Dans sa poche, il sentait le poids du petit fragment de parchemin que Sophie lui avait offert — ce mot "Amor" qui lui semblait maintenant être une cruelle ironie.Il arriva devant le petit appartement de Sophie, près de la place Monge. Il hésita, puis frappa. Quand elle ouvrit, elle portait un vieux gilet en laine et tenait un livre. Son sourire s'éteignit en voyant la mine dévastée de Cédric.— Cédric ? Qu’est-ce qui se passe ? Vous êtes blanc comme un linge.Il entra sans dire un mot et s'assit à la petite table de la cuisine, là où ils avaient bu du thé quelques jours plus tôt.— Sophie, je dois vous dire quelque chose. Quelque chose de terrible. — Vous êtes marié ? Vous avez tué quelqu'un ? plaisanta-t-elle, avant de voir qu'il ne riait pas.— C’est pire. Notre rencontre... le homard... le fait que je sois venu aux Archives ce jour-là... Tout cela était écrit.Il lui raconta tout. Le Cahier Secret, le "Plan C", les enquêt
Daphné Delacroix resta immobile au centre de la pièce, le Cahier Secret serré contre sa poitrine. Elle fixa la porte close comme si, par la seule force de sa volonté, elle pouvait faire revenir ses fils, effacer les dernières minutes et réécrire la scène.Mais la réalité ne se laissait pas corriger à l’encre violette.— Madame ?La voix de Gustave, feutrée et prudente, s’éleva du fond du couloir. Le majordome s’approcha, portant un plateau avec une seule tasse de tisane fumante. Il observa le désordre — le carnet jeté, le vase déplacé par le geste brusque d'Alexandre, et surtout, le visage de sa patronne.— Ils sont partis, Gustave, murmura Daphné sans le regarder. — Je crains que oui, Madame. Monsieur Cédric semblait particulièrement... ébranlé. — Ébranlé ? J'ai passé des mois à lui construire un avenir ! J'ai trouvé la femme parfaite, j'ai orchestré des rencontres que le destin lui-même aurait été trop paresseux pour organiser ! Et il me traite de monstre ?Elle se laissa tomber dan
Le retour à Paris fut silencieux. Dans le jet privé, Alexandre et Lyra s'étaient endormis côte à côte, épuisés par l'adrénaline de Naples. Daphné, elle, ne dormait pas. Elle griffonnait dans une marge de son carnet, cherchant comment transformer l'incident Visconti en une "expérience de croissance nécessaire" pour justifier son ingérence.Le lendemain matin, dans le grand salon des Delacroix, l'atmosphère était lourde. Cédric était passé prendre des nouvelles de ses frères, le visage encore rayonnant de sa soirée avec Sophie.— Mère, vous êtes rentrée ! Tout s'est bien passé en Italie ? demanda Cédric avec sa gentillesse habituelle. — Un succès total, mon chéri. Alexandre est sain et sauf, et l'objet a été retrouvé. Un peu de grabuge, mais rien qu'une Delacroix ne puisse gérer.Daphné fut appelée par Gustave pour une urgence en cuisine — une question de température de cave à vin. Elle posa négligemment son sac à main sur le guéridon de l'entrée.Cédric, cherchant un stylo pour noter u
L’air de la sacristie de San Felice était devenu glacial. Le Comte Visconti, que Daphné avait pris pour un noble excentrique et un allié de circonstance, se tenait là, l'élégance prédatrice, entouré de ses deux "gardes du corps" qui ressemblaient plus à des exécuteurs qu’à des majordomes.— Comte, commença Daphné, sa voix ne trahissant qu'un léger tremblement, vous faites une erreur de casting monumentale. Je ne suis pas une touriste que l'on intimide.— Oh, je le sais, Madame Delacroix, répondit Visconti en jouant avec une chevalière en or. C’est pour cela que je vous garde ici. Votre fils a fait le travail difficile : il a localisé l'objet. Mademoiselle Lyra a fourni l'expertise. Et vous... vous avez fourni la couverture parfaite. Qui soupçonnerait une transaction de la Camorra en présence d'une grande dame parisienne ?Alexandre fit un pas en avant, protégeant Lyra de son corps. Sa posture n'était plus celle d'un avocat plaidant, mais celle d'un homme prêt à en découdre.— Laissez-
Dans la pénombre feutrée des archives Visconti, la tension était palpable. La salle sentait la poussière, le papier vieilli et le désir de contrôle de Daphné.Alexandre et Lyra travaillaient côte à côte à une immense table en acajou. Alexandre, le costume impeccable, maniait les registres de transport du XVIIIe siècle, cherchant des manifestes. Lyra, les manches retroussées, examinait des lettres privées et des inventaires de cargaison.Daphné se tenait à l'écart, prétendant lire un journal italien, mais écoutant chaque mot.— Regarde ça, Alexandre, murmura Lyra, pointant une note manuscrite. Un inventaire de bord datant de 1944. Une caisse est marquée "Contenu sensible – Propriété V.F." — V.F. ? C'est la signature de l'officier de liaison que nous cherchions, dit Alexandre. Cette caisse a été déroutée de son transport original vers Palerme. Elle a été déclarée "endommagée" et déchargée ici, à Naples, pour être stockée.— Mais où ? s'interrogea Lyra. Les documents disent qu'elle a été







