เข้าสู่ระบบLydiaLa première nuit de nos recherches commence trois jours après l'arrivée d'Elias, quand il est enfin assez fort pour se lever et marcher sans risquer de rouvrir sa blessure. Nous attendons que le manoir soit endormi, que les derniers domestiques aient regagné leurs chambres, que les gardes aient pris leur poste de nuit et que le silence soit retombé sur les couloirs comme un linceul de velours noir. Puis nous nous glissons hors de nos chambres respectives et nous nous retrouvons dans le couloir obscur, deux ombres silencieuses unies par le sang et par la quête qui nous anime.Elias a revêtu des vêtements sombres que Margaret lui a procurés en cachette, et il s'est enroulé un bandage propre autour du bras pour contenir le saignement. Il est encore pâle, encore affaibli, mais ses yeux verts brillent d'une détermination farouche, et sa démarche, bien que prudente, est celle d'un homme qui a passé cinq ans à se déplacer sans bruit dans des endroits où le
EliasLa douleur dans mon bras est un feu lancinant qui pulse au rythme de mon cœur, mais ce n'est rien, absolument rien, comparé à la souffrance que j'ai endurée pendant ces cinq années d'exil et de traque et de désespoir. Allongé dans ce lit qui n'est pas le mien, dans cette chambre qui appartient à ma sœur sans qu'elle le sache encore, je regarde le plafond de pierre et je laisse les souvenirs remonter à la surface comme des noyés qui refont surface après des années passées dans les profondeurs.Je m'appelle Elias Thorn, et je suis le dernier fils de la maison Ashworth, le frère cadet de Lydia, l'héritier d'un domaine qui n'existe plus que dans ma mémoire et dans le registre familial que je porte contre mon cœur depuis le jour où j'ai dû fuir la demeure de mes ancêtres. J'avais vingt ans quand ma sœur a disparu, vingt ans et toute la fougue de la jeunesse, toute l'arrogance de celui qui croit que le monde est simple et que la vérité finit toujours par
Ainsi a commencé mon exil.Cinq années. Cinq longues années passées à fuir, à me cacher, à survivre dans les marges du monde. J'ai parcouru les monastères perdus dans les montagnes, ces vieux sanctuaires où les moines copient encore des manuscrits à la lueur des bougies et où le temps semble s'être arrêté depuis des siècles. J'ai exploré les bibliothèques interdites, ces collections de savoir que les autorités religieuses ont condamnées et qui survivent dans des caves secrètes, protégées par des pièges et des sortilèges. J'ai visité les temples oubliés, ces ruines antiques qui datent d'avant l'empire et où résonnent encore les échos des dieux morts.Et partout où j'allais, les serviteurs du pacte me suivaient. Parfois ils m'attrapaient, et je devais me battre pour sauver ma vie — d'où les cicatrices que je porte sur tout le corps, d'où cette blessure au bras qui a failli me tuer la nuit où j'ai enfin retrouvé ma sœur. Parfois ils me perdaient, et j'avais quelq
Elias se redresse un peu plus dans le lit, et il sort de sous sa chemise le médaillon en argent que j'avais aperçu dans la pénombre. Il l'ouvre délicatement, et il me le tend. À l'intérieur, il y a un petit dessin, un croquis maladroit représentant une pierre ovale, de couleur bleue, avec des runes gravées sur sa surface.— Cette pierre, dit Elias en désignant le croquis, s'appelle la Pierre de Mémoire. C'est un artefact ancien, très ancien, créé à une époque où les dieux marchaient encore parmi les hommes et où la magie était aussi courante que l'eau des rivières. Elle a le pouvoir de restaurer les souvenirs effacés par la magie, de briser les sortilèges d'oubli, de rendre à une personne tout ce qu'on lui a volé. Si tu trouves cette pierre, si tu la touches, tous tes souvenirs te reviendront. Tu sauras qui tu es, d'où tu viens, et ce qui t'est arrivé il y a cinq ans.Je prends le médaillon avec des doigts tremblants, et je contemple le croquis de la pier
LydiaL'aube se lève sur le manoir, une aube grise et froide qui teinte les carreaux de la lucarne d'une lumière blafarde et sans chaleur. Cela fait des heures que je veille au chevet de l'inconnu, la main crispée sur la sienne, les yeux fixés sur son visage endormi, guettant le moindre signe de réveil, le moindre mouvement des paupières, le moindre frémissement des lèvres.Le médecin est reparti depuis longtemps, après avoir assuré que la blessure était propre et que le patient se remettrait avec du repos et des soins appropriés. Roland est monté la garde devant la porte, interdisant l'accès à quiconque n'était pas autorisé, et Kaelan est retourné dans son bureau ou peut-être simplement pour cacher son angoisse et son impuissance derrière la façade du devoir.Margaret m'a apporté une tasse de thé et une couverture, et elle est restée un moment à côté de moi, silencieuse et réconfortante, avant de retourner à ses occupations. Elle a regardé l'hom
Il s'arrête net en voyant l'homme étendu sur le sol, la tête sur mes genoux, le bras ensanglanté. Son visage pâlit, ses traits se figent, et je vois dans ses yeux une expression de stupeur mêlée d'effroi et autre chose aussi, quelque chose qui ressemble à de la reconnaissance, une reconnaissance immédiate et troublante.— Elias, murmure-t-il d'une voix blanche. Que fait-il ici ? Comment nous a-t-il retrouvés ?— Vous connaissez cet homme ? demandé-je en levant les yeux vers Kaelan. Qui est-ce ? Pourquoi m'a-t-il appelée par mon nom ? Pourquoi dit-il qu'il me retrouve enfin ?Kaelan ne répond pas tout de suite. Il échange un regard avec Roland, un regard lourd de signification et d'inquiétude, un regard qui semble contenir tout un dialogue silencieux que je ne peux pas déchiffrer. Puis il se tourne vers les gardes qui se sont massés dans le couloir et leur ordonne d'aller chercher un médecin et de préparer une chambre pour le blessé.— Oc







