เข้าสู่ระบบChapitre 6
Ethan
Elle est là.
Je le sais avant même qu'elle ne franchisse la porte. Mon assistante vient de m'annoncer son arrivée, mais je l'ai sentie. Cette tension dans l'air, ce poids dans ma poitrine, cette certitude que tout va basculer.
Elle entre, et je lis la décision sur son visage. Pâle, les traits tirés, mais le menton relevé. Elle a pleuré, c'est évident. Ses yeux sont rougis, ses lèvres serrées. Et pourtant, elle est magnifique. Plus que jamais. Cette fragilité qu'elle tente de masquer derrière une dignité fragile me coupe le souffle.
— Asseyez-vous.
Elle obéit sans un mot. Elle pose son sac sur ses genoux, croise les mains, et me regarde. Pas avec haine, pas avec défi. Avec une résignation qui me brûle plus que je ne l'aurais imaginé.
— Vous avez pris votre décision.
Ce n'est pas une question. Je le sais déjà. Elle hoche lentement la tête.
— J'accepte.
Deux mots. Deux mots qui scellent son destin et le mien. Je devrais ressentir de la satisfaction, un sentiment de victoire. Mais je ne ressens qu'un vide étrange, une douleur sourde qui s'insinue en moi malgré mes défenses.
— Bien. Dans ce cas, nous devons établir les règles.
Elle ne cille pas. Elle attend, le dos droit, les épaules tendues.
— Nous devrons donner l'image d'un couple parfait, reprends-je d'une voix neutre. Aux yeux du monde, vous serez ma femme, et je serai votre mari. Nous apparaîtrons ensemble lors des événements publics. Vous sourirez, vous serez élégante, et personne ne devra douter de notre union.
— Je sais jouer la comédie.
— Ce n'est pas une comédie, Mila. C'est une alliance. Un contrat. Et il devra être respecté à la lettre.
Elle me fixe, et je vois la colère renaître dans ses yeux. Tant mieux. La colère, je peux la gérer. C'est la tristesse que je redoute.
— Quelles sont les autres règles ? demande-t-elle d'une voix glacée.
— Chacun conservera sa liberté. Je ne vous imposerai rien dans l'intimité. Vous aurez votre chambre, vos espaces, votre vie privée. Je n'interviendrai pas.
— C'est généreux.
Le sarcasme dans sa voix est évident. Je l'ignore.
— Il y a une règle supplémentaire. La plus importante.
— Laquelle ?
Je me lève, contourne le bureau, m'arrête devant elle. Elle lève les yeux vers moi, et je plonge dans ce bleu qui m'a hanté pendant huit ans.
— Vous ne devrez jamais tomber amoureuse de moi.
Elle accueille ces mots comme une gifle. Je la vois accuser le coup, ses lèvres s'entrouvrent, ses doigts se crispent sur son sac. Puis elle se lève à son tour, se plante face à moi, et me fixe avec une intensité qui me transperce.
— Pourquoi parlez-vous d'amour si ce mariage n'est qu'une affaire ?
Sa question me cueille comme une lame. Je soutiens son regard, mais quelque chose en moi vacille. Je détourne les yeux, reviens vers la fenêtre. La ville est toujours là, indifférente, écrasée par un ciel gris.
— Parce que certaines erreurs peuvent détruire une vie entière.
Le silence retombe. Je sens son regard sur ma nuque, je sens ses questions qui s'accumulent, ses doutes qui grandissent. Mais je ne peux pas lui en dire plus. Pas encore. Peut-être jamais.
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
— Cela veut dire que ce mariage a des limites. Et que l'amour n'en fait pas partie.
Elle s'approche, contourne le bureau pour se placer face à moi. Elle est si proche que je pourrais la toucher. Mais je ne le fais pas. Je reste immobile, les mains dans les poches, le visage impassible.
— Vous avez peur, dit-elle soudain.
Je me fige. Cette femme est trop perspicace. Trop dangereuse.
— Je n'ai peur de rien.
— Alors pourquoi cette règle ? Si vous êtes si sûr que l'amour n'a pas sa place, pourquoi avoir besoin de l'interdire ?
Parce que je me protège. Parce que je sais ce que je ressens déjà. Parce que si vous tombez amoureuse, je ne pourrai plus tenir mes distances.
Mais je ne dis rien de tout cela. Je me contente de la regarder, le visage fermé, les mâchoires serrées.
— L'amour est une faiblesse, dis-je enfin. Et je ne peux pas me permettre d'être faible.
Elle me dévisage longuement. Je vois la confusion dans ses yeux, la douleur, l'incompréhension. Et je vois aussi autre chose, une lueur de défi qui me rappelle pourquoi elle est la seule.
— Très bien, murmure-t-elle. Je respecterai votre règle. Je ne tomberai jamais amoureuse de vous.
Chaque mot est un couteau. Mais je hoche la tête, comme si c'était exactement ce que je voulais entendre.
— Parfait. Demain, nous signerons les documents officiels. Mon avocat préparera le contrat de mariage. Vous pourrez le consulter avant de signer.
— Un contrat de mariage. Évidemment.
— Je protège mes intérêts, Mila. Vous ferez de même.
Elle secoue la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Mes intérêts ? Je n'ai plus rien. Vous m'avez tout pris.
— Je vous ai offert une issue.
— Non. Vous m'avez achetée.
Le mot claque dans l'air. Je ne le corrige pas. Parce qu'elle a raison. Parce que c'est exactement ce que j'ai fait. Et parce que je ne peux pas lui expliquer pourquoi sans tout détruire.
— Vous pouvez encore changer d'avis, dis-je d'une voix sourde.
— Non. Je ne peux pas. Et vous le savez très bien.
Elle ramasse son sac, se dirige vers la porte. Avant de sortir, elle se retourne une dernière fois.
— Une question, Ethan.
— Je vous écoute.
— Est-ce que vous avez déjà aimé quelqu'un ?
Son prénom dans sa bouche me frappe comme un éclair. Je la regarde, interdit. Elle ne m'a jamais appelé par mon prénom. C'est la première fois. Et cette simple syllabe suffit à faire trembler mes certitudes.
— Non, dis-je enfin. Jamais.
Elle hoche lentement la tête, comme si elle comprenait quelque chose qui m'échappe.
— C'est bien ce que je pensais.
Puis elle sort, et la porte se referme derrière elle.
Je reste seul, le cœur battant, les mains moites. Elle a vu à travers moi. Elle a deviné que cette règle n'était pas pour elle, mais pour moi. Et elle n'a rien dit. Elle est partie.
Demain, elle signera. Demain, elle deviendra ma femme. Et chaque jour, je devrai lutter contre ce que je ressens.
Mais je sais déjà que je vais perdre ce combat. Et qu'elle finira par le découvrir.
Chapitre 32MilaJe marche vers la sortie.Mes talons claquent sur le marbre. Mes mains tremblent. Je veux partir. Je veux fuir. Oublier cette soirée. Oublier Victoria. Oublier tout.Mais elle est là. Devant moi. Sur le seuil. Comme si elle m'attendait.— Mila. Déjà partie ?Je m'arrête. Je la fixe. Elle sourit. Ce sourire froid. Cruel.— Laissez-moi passer.— Pas si vite. J'aimerais qu'on parle. Entre femmes.— Je n'ai rien à vous dire.— Mais moi, j'ai beaucoup à vous dire. Sur Ethan. Sur vous. Sur ce mariage.— Je ne suis pas intéressée.— Vraiment ? Vous ne savez rien de lui. Rien du tout.Je serre les poings. Je reste droite. Digne. Mais elle voit. Elle sait où frapper.— Vous croyez le connaître ? Vous croyez qu'il vous a épousée par hasard ?— Je ne crois rien.— Bien. Parce qu'il ne vous aime pas. Vous n'êtes qu'un contrat. Une alliance. Un papier.— Je le sais.— Alors pourquoi restez-vous ?— Parce que c'est mon choix.— Votre choix ? Vous n'avez pas de choix. Vous êtes piég
Chapitre 30MilaJ'arrive au bras d'Ethan.La salle est immense. Lumineuse. Pleine de monde. Des visages que je connais. Des visages qui m'ont méprisée. Humiliée. Jugée. Je les vois. Ils me voient. Ils se figent.Ethan me guide. Sa main est posée sur ma taille. Ferme. Protectrice. Il ne me quitte pas. Pas une seconde. Pas un regard.Les murmures commencent. D'abord hostiles. Puis admiratifs. Puis envieux.— Ils sont venus ensemble.— Il ne la lâche pas.— Regarde comme il la regarde.— Ils ont l'air… amoureux.Je souris. Pour la première fois, je souris vraiment. Pas pour eux. Pour moi. Pour lui. Parce que sa main est là. Parce qu'il est là. Parce que nous sommes là. Ensemble.Nous traversons la salle. Les invités s'écartent. Certains nous saluent. D'autres détournent les yeux. Je les ignore. Je ne vois que lui. Son profil. Sa mâchoire. Ses yeux.— Vous tenez bien votre rôle, dis-je à voix basse.Il se penche vers moi.— Ce n'est pas un rôle.— Alors qu'est-ce que c'est ?— Un début.
Chapitre 29EthanJe ne peux pas la laisser partir.Je la regarde s'éloigner. Son dos. Ses épaules. Sa démarche. Elle marche vite. Trop vite. Je veux la rattraper. Je veux lui dire d'arrêter. Je veux tout lui dire. Mais je ne bouge pas. Je reste figé. Lâche. Impuissant.Les heures passent. Je rentre à la villa. Elle n'est pas là. Je l'attends. Elle ne vient pas. Je l'appelle. Pas de réponse. Je lui écris. Pas de réponse.Je passe la nuit sans dormir. À fixer le plafond. À penser à elle. À ses mots. À sa douleur. À ma lâcheté.Le matin, je prends une décision. Je ne peux pas laisser les rumeurs détruire notre mariage. Je ne peux pas la laisser partir. Pas comme ça. Pas sans me battre.Je l'appelle. Elle répond. Sa voix est froide. Distante.— Quoi ?— Il faut qu'on parle.— Je n'ai rien à vous dire.— Alors écoutez-moi. Une seule fois. Ensuite, si vous voulez partir, je ne vous retiendrai pas.Un silence. Long. Puis un soupir.— Où ?— À la villa. Ce soir.— Très bien.Elle raccroche.
Chapitre 28MilaLa rumeur éclate un matin.Je l'apprends par Clara. Un message. Un lien. Un article. Je clique. Je lis. Je me fige.« Le mariage Carter au bord de la rupture. Ethan Carter aperçu seul à une réception. Mila Hartley absente. Divorce imminent ? »Je fixe l'écran. Les mots dansent. Les photos défilent. Ethan. Seul. Dans une soirée. Sans moi. Sans ma main. Sans mon nom.Mon cœur se serre. Je lis les commentaires. Les spéculations. Les moqueries.— Elle n'a pas tenu longtemps.— Je le savais. Une arriviste ne fait pas long feu.— Pauvre fille. Jetée comme une vieille chaussette.Chaque mot est une lame. Chaque rire est une gifle. Je ferme l'application. Je respire. Je me lève. Je dois aller travailler. Je dois continuer. Je dois faire comme si je n'avais pas vu.Je sors de la villa. La voiture m'attend. Le garde aussi. Je monte. Je regarde par la fenêtre. La ville défile. Je pense à Ethan. À ses silences. À ses mensonges. À ses absences. Pourquoi était-il seul à cette récep
Chapitre 27EthanMon téléphone vibre.Je le sors de ma poche. Un message. Numéro inconnu. Je l'ouvre. Je lis. Je me fige.« Elle est plus précieuse que vous ne le pensez. Vous n'êtes pas le seul à la chercher. »Mon sang se glace. Je relis. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les mots sont là. Noirs sur blanc. Une menace à peine voilée. Une menace contre Mila.Je regarde autour de moi. Je suis dans mon bureau. Seul. La porte est fermée. Les fenêtres sont teintées. Personne ne peut me voir. Personne ne peut m'entendre. Mais je sens des yeux. Partout. Des yeux invisibles. Des yeux qui savent.Je tape une réponse.« Qui êtes-vous ? »Pas de réponse. J'attends. Une minute. Deux. Cinq. Rien.J'appelle Julian.— Ethan ? Qu'est-ce qui se passe ?— J'ai reçu un message. Anonyme. Il concerne Mila.— Qu'est-ce qu'il dit ?Je le lui lis. Silence. Long. Lourd.— Qui est au courant ? demande-t-il.— Personne. Enfin. Je croyais.— Qu'est-ce que ça veut dire ?— Ça veut dire que quelqu'un sait. Quelqu
Chapitre 26MilaJ'ouvre les yeux.La lumière est douce. Le jour se lève à peine. Je cligne. Ma tête est lourde. Mon corps est faible. Mais la fièvre est tombée. Je respire mieux.Je tourne la tête. Et je le vois.Ethan. Endormi sur la chaise. Près de mon lit. Sa main tient toujours la mienne. Sa tête est penchée sur le côté. Ses traits sont détendus. Differents. Plus jeunes. Presque vulnérables.Je reste immobile. Je n'ose pas bouger. Je n'ose pas respirer. Je le regarde. Ses cheveux sombres. Ses cils longs. Sa mâchoire carrée. Ses lèvres. Tout ce que je n'ai jamais osé regarder. Tout ce que je n'ai jamais eu le droit de voir.Il est là. Il est resté. Toute la nuit. Pour moi.Je pense à tout. À ses mots. À ses gestes. À cette nuit. À sa main dans la mienne. À sa voix. À cette phrase. « Vous êtes ma faiblesse. La seule. La plus grande. »Mon cœur se serre. Je ne comprends pas cet homme. Capable de froideur. Capable de tendresse. Capable de tout et de rien. Capable de me repousser et d







