เข้าสู่ระบบChapitre 53 — Rayan rappelleRAYANJe n'ai pas dormi depuis trois jours. Ou quatre. Ou cinq. J'ai perdu le compte. Les nuits se ressemblent quand on ne dort pas, elles forment une longue coulée noire où les heures se dissolvent les unes dans les autres. Je reste allongé sur mon canapé, dans mon studio qui sent le fixateur et la poussière, et je fixe le plafond en écoutant les messages de Daryl sur mon répondeur. Il en laisse un par jour, parfois deux. Sa voix est toujours la même : calme, polie, tranchante comme une lame. Il ne menace jamais explicitement. Il n'en a pas besoin. Il sait que je sais ce dont il est capable.La dernière fois que j'ai vu Amélia, c'était à son mariage. Elle portait une robe blanche et elle souriait, mais son sourire ne montait pas jusqu'à ses yeux. Je le connais, ce sourire. Je le connais depuis le lycée, depuis l'époque où elle ratait une mesure de Chopin et qu'elle disait "ce n'est rien, je recommence" avec ce même pli au coin des lèvres. Un sourire qui d
Chapitre 52 — L'enquête sur ViktorDARYLJe n'ai jamais aimé qu'on me résiste. C'est un défaut, je le sais. Mon père dit que c'est une qualité, que c'est ce qui fait les grands hommes, les bâtisseurs d'empire, les vainqueurs. Mon père dit beaucoup de choses. Il les dit avec sa voix calme et ses mains propres et son bureau en acajou où il a signé le contrat de mon mariage comme on signe une fusion-acquisition. Il m'a appris que le monde se divise en deux catégories : ceux qui prennent et ceux qui subissent. J'ai choisi mon camp à huit ans, le jour où j'ai vu ma mère pleurer dans la cuisine pendant qu'il dictait des ordres à son avocat au téléphone. J'ai décidé que je ne serais jamais celle qui pleure. Je serais celui qui dicte.Mais Amélia n'obéit pas aux règles.Elle aurait dû rester. Elle aurait dû accepter. Elle aurait dû comprendre que je l'aimais à ma manière, la seule que je connaisse, la seule qu'on m'ait transmise. Une manière faite d'absence et de contrôle, de bijoux offerts a
Chapitre 51 — Le retour de MarcusMARCUS STERNLa neige est tombée sur Stockholm pendant la nuit, une neige fine et silencieuse qui recouvre les trottoirs sans bruit. Je suis garé depuis deux heures dans une rue perpendiculaire au Chat Bleu, le col relevé, les gants en cuir, un gobelet de café froid dans le porte-gobelet. La Volvo sent le tabac et la laine mouillée. Ma femme dit que je devrais arrêter de fumer. Mon médecin aussi. Mais à soixante-deux ans, après trente-cinq ans de métier, on ne change plus ses habitudes. On les assume.Le métier, justement. J'ai été agent des renseignements suédois pendant vingt ans avant de passer dans le privé. J'ai traqué des espions russes, des trafiquants d'armes, des fraudeurs fiscaux milliardaires, des maris infidèles, des enfants disparus. J'ai retrouvé des gens qui voulaient être retrouvés et d'autres qui ne le voulaient pas. Les seconds sont toujours les plus intéressants. Ils laissent des traces minuscules, des cailloux blancs dans la forêt,
Chapitre 50 — Le disqueVIKTORL'idée est née un matin de décembre, entre deux tasses de café et trois mesures de Chopin. Enfin, je dis matin, mais pour nous le matin commence à midi. On se couche tard, après les sets, après les discussions, après l'amour. Le Chat Bleu ferme à deux heures, mais nous, on ne ferme jamais vraiment. On reste dans la salle vide à jouer pour personne, ou à se regarder, ou à parler. Depuis qu'on a passé la nuit ensemble, on n'a plus peur des silences. Les silences sont devenus des espaces habitables.Celia était au piano, comme toujours, et elle essayait un thème. Un thème simple, presque enfantin, trois notes qui descendaient, trois notes qui remontaient. Elle le jouait en boucle, le variait, le triturait, et je voyais bien qu'elle n'était pas satisfaite.— Ça manque d'ombre, a-t-elle dit.— Ajoute du violoncelle.Elle s'est arrêtée et m'a regardé, les sourcils levés.— Tu veux jouer là-dessus ?— Pourquoi pas ?— Parce que tu ne joues jamais avant le soir.
Chapitre 49 — La première nuitCELIAJe ne sais pas comment on en est arrivés là. C'est-à-dire que je sais, je me souviens de chaque pas, chaque regard, chaque frôlement, mais je ne comprends pas comment j'ai pu franchir cette porte. La porte de ma propre peur. Celle que j'avais verrouillée de l'intérieur le jour où j'ai quitté Daryl, en me jurant que plus jamais personne ne me toucherait comme il m'avait touchée. Pas comme ça. Pas avec cette possession déguisée en désir, cette main qui prend sans demander, ce corps qui pèse sans aimer.Et pourtant je suis là, dans la chambre de Viktor, au-dessus du Chat Bleu, et mes doigts tremblent sur les boutons de mon chemisier.La chambre est petite. Un lit une place, une table de nuit, une lampe à l'abat-jour orange qui jette des ombres chaudes sur les murs. Il y a un violoncelle dans un coin, un vrai, pas celui du club, un ancien, un ancêtre, avec des éraflures sur la caisse et des cordes détendues. Viktor ne doit plus en jouer depuis longtemp
Chapitre 48 — Le ventre qui parleVIKTORLe ventre de Celia est devenu le centre du Chat Bleu. Je ne sais pas comment c'est arrivé. Peut-être le jour où Ingrid a posé la main dessus pour sentir le bébé bouger et que Celia, au lieu de se crisper comme elle le fait chaque fois qu'on la touche sans prévenir, a souri. Peut-être le soir où un client ivre a voulu l'embêter et que tout le bar s'est levé comme un seul homme. Ou peut-être avant, bien avant, dès l'instant où elle est entrée dans ce club en titubant, le manteau trempé de pluie, et qu'elle a demandé si elle pouvait jouer. Ce ventre, on l'a tous adopté. Il est devenu le nôtre. Notre mystère, notre protégé, notre petit roi silencieux.Je suis derrière le bar en train d'essuyer des verres. Une activité que je déteste, mais qui occupe les mains. La droite, surtout. La gauche, je l'ai coincée dans la poche de mon tablier pour ne pas avoir à la regarder. Depuis l'autre nuit, depuis que Celia l'a embrassée, je ne la vois plus tout à fai







