로그인AnoukLes heures passent.Je suis toujours au chevet de Marc. Il dort. Il se réveille par moments, ouvre les yeux, me regarde, puis se rendort. Il est trop faible pour parler, trop faible pour faire autre chose que respirer.Mais il est là. Il vit. C'est tout ce qui compte.La nuit tombe. Les lumières de l'hôpital s'allument, tamisées, jaunes. Le couloir se vide, les infirmières parlent plus bas, les pas s'espacent.Dante arrive.Je l'entends dans le couloir avant de le voir. Ses pas sont lents, traînants, différents d'habitude. Il n'est pas le même que ce matin. Il est épuisé. Vidé. Vaincu, peut-être.Il pousse la porte. Il entre.Il est méconnaissable.Son costume est couvert de poussière et de sang – le sien, celui des autres, je ne sais plus. Son visage est gris, marqué par la fatigue, les n
Le bruit derrière lui se rapproche. Des coups à la porte. Des voix amplifiées.— Police ! Ouvrez !— Il faut que j'y aille, dit Castellano.— Va.— Anouk... une dernière chose.— Quoi ?— Je suis fier de toi. De ce que tu es devenue. De la femme que tu es. De celle que tu as choisie. Tu es forte, Anouk. Plus forte que moi. Plus forte que ta mère. Plus forte que tout le monde.— Castellano...— Adieu, ma fille.La ligne coupe.Je reste là, le téléphone collé à l'oreille, à écouter le vide. Le silence. Le néant.Dante me prend la main. Il ne dit rien. Il ne demande rien. Il attend.— Il est arrêté, dis-je. Castellano est arrêté.— Je sais. Je l'ai entendu.— Il a dit qu'il était dé
Je le regarde. Cet homme qui a tué, qui a commandité des meurtres, qui a tenu une ville entière sous sa coupe. Cet homme qui a pleuré sur moi, qui m'a lavée de mon sang, qui m'a aimée comme personne ne m'avait jamais aimée.— Je ne sais pas si je peux accepter ça, dis-je.— Je sais.— Je ne sais pas si je peux accepter d'aimer un homme qui a un policier au téléphone. Un homme qui fait la loi au-dessus de la loi. Un homme qui décide qui vit et qui meurt.— Je sais.— Arrête de dire je sais.Il sourit. Un sourire triste, fatigué, mais réel.— Je sais que tu as raison, dit-il. Je sais que je ne suis pas quelqu'un de bien. Je sais que tu mérites mieux. Je sais tout ça. Mais je ne peux pas changer ce que je suis. Je ne peux pas effacer ce que j'ai fait. Tout ce que je peux faire, c
Il se tourne vers lui.— À l'époque, j'étais à la BAC. Je m'occupais des affaires de la ville. Je voyais défiler les petits caïds, les gros bonnets, les gars qui pensaient que la loi ne s'appliquait pas à eux. Et puis j'ai rencontré lui.— Vous l'avez arrêté ?— Non. Je l'ai observé. Pendant des mois. Je me suis demandé comment un gamin de vingt ans pouvait être aussi... propre. Dans un milieu où tout le monde se sert, où tout le monde trahit, où tout le monde finit par tomber. Lui, il ne tombait pas.— Parce que j'avais des règles, dit Dante.— Parce que tu avais des règles, confirme Renaud. Parce que tu ne faisais pas de vagues. Parce que tu savais où s'arrêter. Parce que tu étais utile.— Utile ?— Utile. Dans ce monde, il y a ceux qui c
AnoukL'hôpital sent la mort.C'est la première chose que je remarque en franchissant les portes automatiques. Cette odeur. Ce mélange d'antiseptique et de souffrance, de chair qui se débat et de silence qui gagne. Une odeur que je n'oublierai jamais, parce qu'elle colle à la peau des couloirs, aux draps des lits, aux mains des infirmières qui font ce qu'elles peuvent.Nous avons déposé Marc aux urgences il y a trois heures. Trois heures que je tourne en rond dans ce couloir blanc, les mains sales, les vêtements tachés, les yeux secs. Trois heures que j'attends qu'on me dise s'il va vivre ou mourir.Dante est à côté de moi. Il n'a pas bougé depuis qu'on est arrivés. Assis sur une chaise en plastique blanc, le dos droit, les mains sur les genoux. Il a l'air calme. Trop calme. C'est le calme des hommes qui ont vu trop de choses, qui ont appris
Castellano n'est pas là.Mais ses hommes sont là. Et ils savent que nous n'avons plus rien. Plus de balles. Plus de munitions. Plus d'espoir.Le chef – un homme trapu, chauve, une cicatrice sur la joue , s'avance. Son arme est pointée sur Dante.— Fin de partie, dit-il.— Fin de partie, répond Dante.— Tu as quelque chose à dire avant de mourir ?Dante me regarde. Il sourit.— Oui. Elle est à moi. Et je reviens toujours.Le chef rit. Un rire court, sans joie.— Pas cette fois.Il lève son arme.Et soudain, une voix. Une voix amplifiée, officielle, autoritaire. Une voix qui vient de partout, qui remplit l'air, qui traverse les murs, qui écrase tout.— ICI LA POLICE ! JETEZ VOS ARMES ! VOUS ÊTES ENCERCLÉS !Les hommes de Castellano se figent. Ils se regardent, incr&







