เข้าสู่ระบบAlthéa
Je les entends à peine. Leurs paroles ne sont que du bruit. En moi, c'est le chaos. La louve se cabre à la fois contre le contrôle de Lorenzo et contre la sauvagerie de Kael. Elle ne veut ni la laisse ni la meute. Elle veut... elle veut être. Juste être.
— Assez !
Ma voix claque, plus forte que je ne l'aurais cru possible. Les deux hommes se tournent vers moi, surpris.
— Je ne suis pas un trophée à gagner. Je ne suis pas une arme à contrôler. Je suis... je suis ce que je suis. Et je décide.
Je pointe un doigt tremblant vers Lorenzo.
—Toi, tu m'as menti par omission. Tu m'as traitée comme un objet précieux. Tu m'as offert une cage dorée.
Mon doigt se tourne vers Kael.
—Et toi, tu m'offres la forêt, mais à quel prix ? Rejoindre ta meute ? Devenir l'une des vôtres ? Suivre un autre Alpha ?
Je recule d'un pas, les regardant tous les deux, sentant mon corps frémir, les os qui bourgeonnent, la peau qui picote. La lune, quelque part derrière les nuages, m'appelle. C'est une douleur et une promesse.
— Je ne veux de personne. Je veux comprendre. Apprendre. Mais par moi-même.
Lorenzo voit la transformation qui me gagne. Son masque de contrôle se fissure, laissant paraître une lueur d'alarme véritable.
—Althéa, ne fais pas ça. Ici, maintenant... c'est de la folie.
Kael, au contraire, observe, fasciné, ses yeux de loup brillant d'une lueur approbatrice.
—Lâche prise. Laisse-la voir.
La douleur arrive, fulgurante. Je crispe les mâchoires, un cri étouffé s'échappant de mes lèvres. Je tombe à genoux sur la terre froide. Mes muscles se tordent, mes os craquent comme des branches sèches. C'est pire que tout. C'est une agonie. Une renaissance violente.
— Althéa !
Lorenzo fait un mouvement pour avancer, mais Kael lui bloque le chemin, planté devant lui comme un mur.
—Non. C'est à elle. Tu lui as assez pris.
Je les vois, flous, à travers un voile de larmes et de douleur. Leurs silhouettes se brouillent. Leurs odeurs se mélangent : le santal froid, la forêt humide. Et puis... plus rien.
Plus de pensée. Plus de peur. Seulement l'instinct.
Le monde bascule, les couleurs deviennent plus vives, les odeurs plus nettes. Je sens chaque brin d'herbe, chaque ver de terre dans le sol, la sueur de Lorenzo, l'excitation sauvage de Kael. La douleur a cédé la place à une puissance brute, incroyable. Je me relève. Non, quelque chose se relève.
Je regarde mes mains. Ce ne sont plus des mains. Ce sont des pattes. Recouvertes d'un duvet gris, griffues. Je secoue la tête, et une crinière soyeuse suit le mouvement. Je suis... moi. Plus entière que je ne l'ai jamais été.
Je suis la louve.
Mon premier regard en tant que telle se pose sur Lorenzo. Il est immobile, son visage est pâle. Dans ses yeux gris, je ne vois plus le calculateur, mais l'homme. Et dans ses yeux, il y a de la peur. Pas de moi, je le sens. Pour moi.
Puis je tourne la tête vers Kael. Il me regarde, et dans son regard à lui, il n'y a que de la fierté. De la convoitise. De la possession.
Un grognement profond, satisfait, sort de sa gorge.
—Magnifique. Tu vois, Vitalli ? C'est elle. La vraie.
Lorenzo ne répond pas. Il me regarde, et son silence est plus éloquent que tous les mots.
C'est à ce moment-là que d'autres odeurs nous parviennent. Étrangères. Agressives. Le cuir, la poudre, la sueur aigre d'hommes violents. Beaucoup d'hommes.
Kael se raidit instantanément, son sourire disparaît.
—Les Griffes. Ils ont senti son éveil.
Lorenzo sort son arme, son visage redevenu un masque de pierre.
—Tes amis sont venus pour la récolte ?
— Ce ne sont pas mes amis, grince Kael. Ce sont les soldats du Alpha. Ils viennent pour elle.
Des silhouettes émergent des ombres du parc. Une dizaine. Ils se déplacent avec une grâce inquiétante, une agilité qui n'est pas humaine. Leurs yeux luisent dans le noir. Des loups-garous. La meute de Kael.
L'un d'eux, plus grand, aux épaules massives, s'avance. Son regard jaune ignore superbement Lorenzo et Kael pour se poser sur moi.
—Le Loup Lunaire. L'abomination. L'Alpha a ordonné. Mort ou soumission.
Kael se place devant moi, grognant.
—Tu passes sur mon corps, Lykos.
— Tu es déjà mort, traître, rétorque le loup, Lykos. Tu as choisi la hyène contre ta meute.
L'hyène. Lorenzo. L'insulte fait sourire amèrement le mafioso.
—Charmante compagnie que vous fréquentez, loup.
La tension est sur le point de se briser. Je sens les muscles des loups se tendre pour bondir. Je sens le doigt de Lorenzo sur la gâchette.
Et je prends ma décision.
Je n'appartiens à personne.
Un rugissement que je ne savais pas pouvoir produire déchire la nuit. Un son de défi pur, ancestral. Tous les regards, humains et lupins, se tournent vers moi.
Et je charge.
Je ne charge pas pour Lorenzo. Je ne charge pas pour Kael. Je charge pour moi.
Ma première cible est Lykos. La surprise le fige une seconde. Une seconde de trop. Je le percute de plein fouet, mes griffes trouvant la chair sous son bras. Il hurle, plus de surprise que de douleur, et nous roulons au sol dans un tourbillon de fourrure, de griffes et de crocs.
Le parc devient un enfer.
Kael se jette dans la mêlée avec un cri de rage, protégeant mes arrières, affrontant deux loups à la fois. Lorenzo fait feu. Le bruit est assourdissant. Un loup s'effondre avec un jappement de douleur. Les autres deviennent plus prudents, utilisant les arbres comme couverture.
Je suis un ouragan. La peur a disparu, remplacée par une colère froide et une joie sauvage. Je suis forte. Je suis rapide. Je suis vivante. Je me bats contre Lykos, esquivant ses morsures, lui lacérant les flancs. Il est plus lourd, plus expérimenté, mais je suis plus rapide, imprévisible. La puissance lunaire coule dans mes veines.
AlthéaLa nuit m’avale. Je cours, mais ce n’est plus la course exaltante de la meute. C’est une fuite boitillante, un galop d’épave. Le béton est froid et brutal sous mes pieds nus. Le sweat-shirt volé est déchiré à l’épaule, collé au sang qui coule de ma blessure une brûlure profonde et lancinante qui menace à chaque foulée de me faire trébucher. L’odeur de mon propre sang, mêlée à celui des hommes que je viens de… de quoi, au juste ? De mutiler ? De tuer ? Elle m’emplit les narines, un parfum de fer chaud et de conséquences.Je ne pense pas. Je ne peux pas. Si je pense, je verrai le visage de Marco, surpris, se vidant de sa vie. Je sentirai le craquement d’os sous mes doigts transformés. Je goûterai encore cette chair humaine entre mes dents. Et je hurlerai, non pas vers la lune, mais vers le vide en moi.Alors je cours. Vers l’est, toujours. Loin de la forêt, loin de l’appartement-vitrine de ma vie effacée. Je cherche un refuge, un trou où lécher mes plaies, où laisser la tempête e
AlthéaEt puis, une colère. Lente, noire, visqueuse. Elle monte du plus profond de mes entrailles, de cet endroit où, il y a quelques heures à peine, grondait la louve.Il m’a abandonnée. Il m’a laissée choisir, puis il a pris la décision pour nous deux. En me retirant tout.Mais il a oublié une chose.Il ne m’a pas tout retiré.Il m’a laissé ce que Kael m’a donné. Ce que la Lune a réveillé en moi.Je me lève. Le dossier tombe à mes pieds, les pages s’éparpillant comme des feuilles mortes. Je serre le coupe-papier. Sa lame d’argent reflète la lueur blafarde d’un réverbère traversant la fenêtre nue.Je ne suis plus la protégée d’Althéa. Je ne suis plus la louve novice de la meute.Je suis quelque chose d’autre. Quelque chose qui vient de naître dans la douleur et la trahison.Je sors de l’appartement. Je descends l’escalier. La rue est déserte.Je lève les yeux vers la lune, presque pleine, blanche et froide.— Tu as pris ton temps.La voix vient d’une bouche d’ombre, à l’angle de la r
AlthéaLa forêt défile sous mes pattes en un flou gris-argenté. Chaque foulée est longue, puissante, efficace. Ce corps sait courir. Il sait esquiver les troncs bas, bondir par-dessus les troncs tombés, trouver la terre ferme dans les bourbiers. La connaissance est dans mes muscles, dans mes os récemment remodelés. Une connaissance sauvage et exaltante.Mais mon esprit, lui, est un champ de ruines humaines.La mémoire du goût du sang dans ma gueule me fait encore frémir de désir bestial. L’image du cerf terrassé, de sa chute, de la communauté silencieuse et brutale de la meute autour de la prise… c’était beau. C’était vrai. C’était moi.Et pourtant.L’ombre de Lorenzo plane sur chaque arbre, se glisse dans chaque rayon de lune filtrant à travers les branches. Ce n’est plus son visage de contrôle et de mystère que je vois. C’est son visage nu, ravagé, au bord du torrent. Celui qui m’a dit « je reviendrai » en partant seul affronter son père, son monde, sa mort probable.Je cours vers l
AlthéaLe son n'est pas humain. C'est un déchirement de la nuit, long, montant, chargé d'une puissance qui fait vibrer l'air. Un à un, chaque membre de la meute lève le museau ou la tête et répond. La clairière se remplit d'une symphonie de hurlements, discordants et harmonieux à la fois, un cri de défi à la nuit, un hymne à la Lune, une affirmation de puissance collective.Le son entre en moi, résonne dans ma cage thoracique, s'insinue dans mon crâne. La peur s'évapore. Quelque chose d'antique, de bien plus vieux que moi, s'éveille et répond. Ma gorge se serre, mes muscles se tendent. Une envie irrépressible, physique, de joindre ma voix à ce chœur me submerge.Kael me pousse doucement en avant. Je m'avance au centre du cercle, face à Kaan. Tous les hurlements cessent d'un coup. Seul le souffle du vent et le battement de cent cœurs emplissent le silence.Kaan me regarde, ses yeux jaunes brillant d'une lueur surnaturelle.—Louve de sang mêlé, fille de la Lune et du Soleil, la meute te
AlthéaJe tourne les talons, prête à défier son ordre. Mais Kael bouge, se plaçant entre moi et l'entrée. Son expression est dure.—Il a raison, Althéa. C'est un suicide. Ton mafioso a fait son choix. Laisse-le assumer.Je les regarde tous les deux, ces deux mâles dominants, unis pour une fois contre moi. Pour me protéger, certes, mais aussi pour me posséder. La vérité m'éclate en pleine face : je suis passée d'une cage dorée à une cage de pierre et d'instincts. Les barreaux sont différents, mais ils sont bien là.La douleur, la rage, la peur pour Lorenzo se télescopent en moi. La chaleur solaire, cette énergie dorée, explose face à cette impuissance. Elle ne jaillit pas en douceur. Elle gronde, furieuse, frustrée.Les torches vacillent. Les flammes du foyer se courbent comme aspirées vers moi. Une lumière dorée, crue, violente, émane de ma peau. Elle n'éclaire pas, elle brûle l'air. La grotte entière semble retenir son souffle. La carte devant Kaan grésille, ses bords noircissent.Ka
AlthéaLes heures qui suivent sont un glacis.Je reste près du torrent jusqu'à ce que le froid m'envahisse à nouveau, mais cette fois, c'est un froid de l'intérieur. Les paroles de Lorenzo sont des éclats de verre dans mes veines. J'ai mal. D'une douleur qui n'a rien de primal, rien de physique. C'est une déchirure nette et profonde, celle d'un choix impossible qui devient, seconde après seconde, inévitable.Kael ne revient pas. La forêt absorbe le jour, les ombres s'allongent, avalent les couleurs. Je finis par me traîner jusqu'à mon abri rocheux. Les fourrures ne me réchauffent pas. L'odeur du clan m'étouffe. La louve en moi est agitée, confuse, tiraillée entre la réponse charnelle à Kael et la détresse profonde, animale aussi, que me cause la souffrance de Lorenzo. L'animal comprend la perte. Il la craint.La nuit est tombée depuis longtemps quand un pas léger annonce une visite. Ce n'est pas Kael. C'est une femme. Elle entre sans bruit, se tenant à l'entrée. Elle est grande, mince







