เข้าสู่ระบบAlessia
Ça commence par un article dans un magazine que je n'aurais jamais lu de ma vie.
Un magazine mondain milanais, papier glacé, huit euros le numéro, ce genre de magazine que la mère de Leonardo laissait traîner sur la console de l'entrée à la villa avec un petit dédain amusé, en disant je ne le lis pas, on me l'offre. Un magazine qu'elle lisait entièrement, en réalité, du somma
Puis plus fort.En octobre, une revue de vulgarisation scientifique reprend mes travaux dans un article de synthèse. Ils me contactent pour une interview. Je refuse. Je fais passer par le Dr Ferri une note polie : le Dr Ferraro ne donne pas d'interview à ce stade de sa carrière et préfère laisser ses publications parler pour elle.Cette phrase me plaît.Je préfère laisser mes publications parler pour moi.En décembre, presque un an jour pour jour après la publication du premier article, je soumets le deuxième. Encore aux Comptes rendus. Il est accepté en révision mineure en février.En mars, il est publié.Cette fois, l'effet est immédiat.Deux articles majeurs en deux ans, dans la même revue de premier plan, par une chercheuse dont personne ne connaît le visage et dont personne ne sait où elle travaille, ça se remarque. Ça se remarque même beaucoup.Le téléphone commence à sonner.Le Dr Ferri filtre. Roberto filtre. Je ne parle à personne directement. Une revue américaine me demande
ElenaLes mois qui suivent, je disparais.Pas physiquement. Physiquement, je suis là, à Castel del Poggio, dans ma petite maison de pierre. Le boulanger, l'épicière, le curé et le facteur me voient tous les jours, ils me disent bonjour, je leur dis bonjour. On commence à me connaître. Le boulanger sait que j'aime les michettes croustillantes et pas les grands pains. L'épicière garde pour moi les meilleures oranges de son fournisseur sicilien. Le facteur, un jeune homme de vingt-cinq ans qui s'appelle Marco et qui conduit une petite mobylette rouge, monte jusqu'à ma maison même quand il n'y a qu'une seule lettre pour moi, il ne la met pas dans la boîte au bas de la ruelle, il monte, il sonne, il me la tend en main propre, il me dit bonjour Signora Ferraro, il repart.Je disparais dans un autre sens.Je disparais dans le travail.Chaque matin, je me lève à six heures. Le feu de la cheminée s'est éteint pendant la nuit — je le rallume, je remets deux bûches. Je fais mon café dans la cafe
J'écris.Premier soir à Castel del Poggio. J'ai mon toit. J'ai mon lit. J'ai ma cheminée. J'ai mon marbre. J'ai ma plante. J'ai mes cahiers. J'ai ma vue. J'ai ma peur. Je n'ai pas encore mon calme. Il viendra.Je referme le carnet.Je descends.Je m'assieds près de la cheminée. Je regarde le feu.Je pense à ma mère, une seconde. Je me demande si elle est vivante. Ça fait un an et demi que je n'ai pas de nouvelles. Je pense qu'elle est probablement en train de regarder la télévision, seule, dans son appartement de Milan, une soupe qui refroidit dans une assiette sur la table basse. Je ne lui en veux plus. Je ne lui ai pas pardonné, exactement. C'est autre chose. Je l'ai remise à sa place — pas dans le sens agressif du mot, mais dans le sens géographique : je l'ai remise à la place qu'elle occupe réellement dans ma vie, une place minuscule, une place lointaine, une place dont je n'attends plus rien.Je pense à Leonardo, une seconde. Il n'est plus rien. Il est un nom dans un dossier chez
Davide allume le feu dans la cheminée. Il a apporté du petit bois et un briquet. Le feu prend rapidement. Une chaleur monte lentement dans la pièce. Les tomettes commencent à se réchauffer, elles rendent doucement le froid qu'elles ont accumulé pendant six mois.Il fait un café dans la cafetière italienne du céramiste. Il verse deux tasses. Nous nous asseyons à la table de bois massif, l'un en face de l'autre.Le silence est très différent de celui de l'atelier. À Florence, le silence était plein — pigeons, cloches, voitures au loin, voisins. Ici, le silence est vide. Ce n'est pas oppressant. Ce n'est pas angoissant. C'est un silence qui laisse de la place.— Comment tu te sens, demande Davide.Je réfléchis.— Je me sens arrivée.— Arrivée où ?— Je ne sais pas. Chez moi, peut-être. Dans un chez-moi que je n'ai jamais eu. Je n'ai jamais habité un endroit qui était vraiment à moi. Chez ma mère, c'était chez ma mère. Chez Leonardo, c'était chez Leonardo. Chez toi, c'était chez toi, même
ElenaLe village s'appelle Castel del Poggio.Il est perché sur une colline entre Sienne et Arezzo, à peu près à mi-chemin, dans une zone que les cartes touristiques ignorent parce qu'il n'y a rien à y voir de spectaculaire — pas d'église romane célèbre, pas de fresque à visiter, pas de vignoble étoilé. Juste un petit village toscan comme il y en a mille, une place au centre avec un tilleul, une église simple en pierre grise, une épicerie qui vend aussi les journaux et le tabac, un bar-restaurant qui fait office de rendez-vous du village, et une soixantaine de maisons resserrées sur trois rues en colimaçon.C'est Davide qui l'a trouvé.Il connaissait un vieux céramiste qui vivait là — un ami de son professeur des Beaux-Arts, un homme de quatre-vingts ans qui avait passé sa vie à tourner des vases dans un four à bois. Le céramiste était mort au printemps. Sa fille, qui vivait à Milan, cherchait à louer la maison plutôt qu'à la vendre — trop de souvenirs, trop d'objets à trier. Elle vou
Le soir, il ouvre effectivement une bouteille. Un vin blanc de Toscane, doré, léger, un vin qui n'a rien de solennel. Il pose deux verres sur la table de bois brut, à côté de la petite plante verte qui a fait deux nouvelles feuilles.Il verse. Il lève son verre.— À Elena Ferraro qui a soumis trois articles cette année, dit-il.— À Davide Conti qui a vendu quatre toiles cette année, je réponds.On trinque.Le verre fait un petit tintement clair.Je bois une gorgée. Le vin est frais, légèrement fruité, avec une pointe minérale.— Ce soir, dit Davide, on ne parle pas d'eux.— On ne parle pas d'eux.— Tu as réfléchi ?— À quoi ?— À ce que tu m'as dit hier. À ta décision.Je hoche la tête.Il faut que j'explique.Hier soir, avant de m'endormir, je lui ai dit — comme ça, sans préambule, alors qu'il éteignait la lampe du salon — je veux quitter Florence.Il n'avait pas répondu tout de suite. Il avait fini d'éteindre la lampe. Il s'était retourné vers moi.— Où ?— Je ne sais pas encore.—
Alessia Sa voix est plate. Sans émotion. Sans chaleur. Sans rien. La voix d'un homme qui parle à un meuble. La voix d'un homme qui a oublié que je suis une femme, que j'ai un cœur, que j'ai besoin qu'on me regarde.Je pose le plateau sur la table de chevet en acajou. Je le pose à côté de son télép
AlessiaLe réveil sonne à six heures. Je l'éteins avant qu'il ne dérange Leonardo. Il dort encore. Il dort toujours plus tard que moi. Ses cheveux bruns sont éparpillés sur l'oreiller blanc comme des racines mortes. Ses lèvres sont entrouvertes, laissant échapper une respiration lente, régulière, p
Je touche mes joues. Elles sont creuses. Les pommettes saillantes, les tempes caves, les yeux enfoncés dans leurs orbites. Je ne mange pas. Je n'ai pas faim. Je n'ai plus faim depuis longtemps. La nourriture n'a pas de goût. Rien n'a de goût. Rien n'a de couleur. Rien n'a de sens. Ma bouche ne goût
Alessia La porte claque. Le bruit résonne dans la villa vide. Dans ma poitrine vide. Dans ma tête vide. Puis le silence. Le silence s'installe, immense, froid, absolu. Le silence d'une maison trop grande pour une personne seule. Le silence d'une vie trop petite pour ce qu'elle aurait dû être. Le s







