LOGINCHAPITRE 74LE POINT DE VUE DE DMITRILe travail de surveillance avait ses règles.La première — la plus importante — ne jamais se précipiter. Les gens qui se précipitaient faisaient des erreurs. Les erreurs coûtaient des informations. Les informations perdues coûtaient des vies.Pas nécessairement la sienne.Parfois celles des autres.Je travaillais pour Morozov depuis neuf ans. J'avais appris ces règles à ses côtés — pas dans des manuels, pas dans des formations. Dans le terrain. Dans ces moments où on fait quelque chose de trop vite et où on comprend immédiatement pourquoi on aurait dû attendre.Alors j'attendis.La première semaine je cartographiai simplement.Katia Morozov — ses habitudes, ses horaires, ses itinéraires. Cette discipline qu'elle avait dans ses déplacements. Ces taxis toujours pris aux mêmes endroits. Ces cafés où elle s'arrêtait.Et cet appartement.Dixième arrondissement. Rue de la Grange-aux-Belles. Troisième étage, porte gauche.Elle y allait trois fois par sem
CHAPITRE 73 LE POINT DE VUE DE MOROZOVJe restai dans le salon après qu'elle fut partie.Ce verre dans la main. Cette vodka qui tiédissait légèrement — je la préférais froide mais je n'avais pas envie de me lever pour en prendre une autre.La porte de sa chambre était fermée depuis dix minutes.Je regardai le couloir.Katia.Vingt-six ans. Belle comme sa mère — cette façon qu'elle avait de tenir sa tête, ces yeux, cette mâchoire. Sa mère en plus jeune, en plus libre peut-être. Sa mère sans les années que ce monde lui avait coûtées.Je n'avais pas voulu que Katia hérite de ces années.C'était pour ça que je l'avais protégée — trop peut-être, selon certains. Ce cercle étroit, ces gens triés, ces endroits surveillés. Cette façon que j'avais d'être informé de tout sans qu'elle le sache.Pas de la méfiance.De l'amour.C'est ce que les pères font — ils construisent des murs autour de ce qui compte. Pas pour emprisonner. Pour protéger.Mais ce soir.Cette conversation.Quelque chose ne son
CHAPITRE 72 LE POINT DE VUE DE KATIAL'appartement de mon père sentait toujours la même chose.Ce mélange — cigare froid, cuir des fauteuils, ce parfum d'ambiance qu'il faisait diffuser depuis des années dans toutes les pièces. Une odeur que j'avais appris à associer à l'enfance — pas la sécurité exactement, quelque chose de plus complexe. La présence d'un homme qui occupait tout l'espace même quand il n'était pas là.Je rentrai à vingt-deux heures.Tard — j'espérais qu'il serait dans son bureau, absorbé par ses dossiers, ces appels qu'il passait toujours en fin de soirée avec ses associés de Moscou.Il était dans le salon.Assis dans son fauteuil habituel — ce cuir sombre, cette lampe à côté, ce verre de vodka à moitié plein sur la table basse. Il lisait quelque chose. Il leva les yeux quand j'entrai.Ce regard.Mon père avait un regard particulier — ces yeux profonds et gris qui ne laissaient jamais passer grand chose. J'avais grandi sous ce regard. J'avais appris très tôt à contrô
CHAPITRE 71LE POINT DE VUE DE GIULIATrois semaines.J'avais organisé des dîners pour cinquante personnes en moins de quarante-huit heures. J'avais géré des crises que je ne raconterai jamais. J'avais tenu cette maison debout pendant des années où elle aurait pu s'effondrer.Trois semaines pour un mariage — c'était largement suffisant.Du moins c'est ce que je me disais.Le lendemain matin je trouvai ma liste sur le bureau de la cuisine.Vingt-deux points.Je la relus.En ajoutai trois.Vingt-cinq.Les fleurs — j'avais déjà appelé le fleuriste. Des pivoines blanches, des branches de mimosa, des roses de jardin. Rien d'ostentatoire. Cette maison n'avait jamais eu besoin d'ostentation.Le traiteur — mon contact habituel, celui qui travaillait avec discrétion et produisait des choses remarquables sans que personne ne comprenne exactement comment.La robe — ça c'était le seul point qui m'inquiétait.Pas parce que je ne savais pas quoi choisir. Parce que je ne savais pas si Lina voudrait
CHAPITRE 70LE POINT DE VUE DE LINALa villa.Ces grilles qui s'ouvrirent automatiquement. Ce gravier sous les pneus. Ces lumières du jardin.Je regardai tout ça depuis la vitre avec quelque chose de différent ce soir — cette façon qu'on a de voir les choses familières autrement après les avoir quittées dans des circonstances difficiles. Comme si l'absence temporaire rendait le retour plus réel.Adriano descendit le premier.Contourna la voiture.Ouvrit ma portière.Je descendis.Il ne lâcha pas ma main.Nous entrâmes.Giulia était dans le couloir.Elle me vit.Et cette femme — cette femme de soixante ans qui ne montrait jamais rien, qui avait vingt-trois ans de choses vues et tues — porta la main à sa bouche une seconde.Une seule.Puis elle se recomposa.— Je vais préparer quelque chose de chaud, dit-elle.— Merci Giulia, dis-je.Elle s'éloigna vers la cuisine.Adriano me guida vers le salon.Il s'assit sur le canapé.Je m'assis à côté de lui.Proche — pas la distance habituelle des
CHAPITRE 69LE POINT DE VUE DE MARCOJ'entendis les voitures avant de les voir.Trois — le convoi habituel quand Adriano se déplaçait vers quelque chose d'inconnu. Pas plus, pas moins. Cette économie de moyens qui était sa marque — pas d'ostentation, pas de démonstration inutile. Juste ce qu'il fallait.Je descendis le premier.L'entrepôt — façade en brique rouge, ces fenêtres condamnées au niveau de la rue, cette porte en métal rouillé qui avait dû servir à des choses diverses selon les décennies. Le quartier était calme à cette heure — ces rues industrielles qui ne s'animaient que le jour.Adriano descendit derrière moi.Je le regardai.Douze ans.Et je ne l'avais jamais vu exactement comme ça.Ce visage — fermé à un point que je n'avais pas encore mesuré. Cette façon de tenir son corps, ces épaules, cette mâchoire. Pas de la colère froide — pas seulement. Quelque chose de plus personnel.Il marchait vers cet entrepôt avec la certitude absolue de quelqu'un qui a décidé quelque chose
CHAPITRE 61LE POINT DE VUE DE LINA Le souffle me manquait, ma poitrine soulevée par des hoquets erratiques, alors que je planais au bord de l'abîme. J'étais si proche de l'explosion, chaque nerf de mon corps tendu comme une corde de violon prêt à rompre. Mais Adriano, ce maître de mon désir, conn
CHAPITRE 60LE POINT DE VUE DE LINA La respiration d'Adriano s'était enfin calmée, transformée en un râle grave et satisfait qui résonnait dans sa poitrine. Je restais immobile un instant, savourant la chaleur de son corps contre le mien, le poids de nos membres emmêlés dans les draps froissés.Ad
CHAPITRE 59LE POINT DE VUE DE LINA Adriano était assis au bord du lit, le dos légèrement voûté, ses épaules tendues sous sa chemise. Je pouvais voir les lignes de souci creusées sur son front, la façon dont ses doigts serraient inconsciemment le drap. Ses pensées voyageaient mille lieux d'ici, lo
CHAPITRE 58 LE POINT DE VUE D'ADRIANOLa nuit était fraîche.Je marchais vers la voiture sans me presser — ces quelques mètres entre la porte de l'immeuble et le trottoir, ce trajet court que je pris lentement parce que j'avais besoin de ça. De ce froid léger sur le visage. De ce bruit de la vill







