LOGINDepuis le réveil du puits, la vallée n’avait plus le même visage.
Les anciens, d’abord silencieux, commencèrent à murmurer :
“La fille du cheikh a pris le vent dans sa poitrine.”
“Elle porte son visage.”
“Le puits lui parle quand elle dort.”
Bientôt, les femmes déposèrent des offrandes devant la maison d’Amghar : du sel, du miel, des herbes sèches.
Mais pas tous croyaient à la bénédiction.
Un soir, Hassan monta jusqu’à la crête, là où le vent naissait.
“Tu entends, Hassan ? Tu entends ma voix ?”
Il se retourna.
“C’est elle que tu entends. C’est Tislin. Elle parle à travers moi.”
Il posa la main sur sa poitrine.
“Entre la parole et le souffle. Entre la montagne et la mer.”
Une rafale souleva la poussière, dessinant dans l’air un visage éphémère — le visage de Tislin, formé de sable et de lumière.
Pendant ce temps, au village, les gens s’étaient rassemblés devant le puits.
La peur grandit comme une rumeur.
Les flammes s’éteignirent d’un seul coup.
“Le vent ne punit pas. Il rappelle.”
Les hommes tombèrent à genoux.
Aïcha leva les bras au ciel.
Plus tard, quand le calme revint, Hassan descendit vers le puits.
Et dans ce miroir tremblant, il entendit de nouveau sa voix — la sienne, et celle de Tislin mêlées :
“Le vent a mille visages, mais un seul cœur.”
Alors il comprit :
Le groupe marcha longtemps à travers les Terres Muettes.Les silhouettes noires avaient disparu derrière les roches,mais leur absence n’était qu’un voile fragile étendu sur un gouffre.Hassan le sentait :ce silence-là n’apaisait rien.Il amplifiait tout.Le Gardien avançait sans se retourner,suivi du premier souffle qui oscillait comme une veilleuse affaiblie.Tislin, elle, gardait le regard fixé sur Younes,craignant qu’une nouvelle pulsation invisiblevienne le saisir à l’intérieur.Le plateau s’étendait encore et encore,gris et sans fin.Par moments, la terre semblait vouloir vibrer,comme si ce monde muet cherchait à parlermais n’en avait plus la capacité.Enfin, après ce qui sembla des heures,la terre changea légèrement d’inclinaison :un flanc de montagne se dessinait à l’ouest,érodé, strié de longues marques sombresqui semblaient fumer faiblement sous la lumière morte.Le Gardien s’arrêta.— « Nous y sommes.La Faille du Couchant. »Hassan plissa les yeux.Il ne voyait
Ils quittèrent le refuge avant que la lumière ne prenne pleinement sa place dans la vallée.Le Gardien ouvrait la marche, lourd et silencieux,ses pas creusant la terre sèche comme si la montagne elle-mêmes’écartait devant lui.Derrière, Younes avançait entre Hassan et Tislin,le souffle court,mais sans hésitation.Le premier souffle, lui, oscillait autour de l’enfantcomme une lampe fragile portée par un vent ancien.La vallée semblait retenir sa respiration.Les arbres se courbaient légèrement,les herbes se taisaient,et même les pierres baignaient dans un calme étouffant.Personne ne parlait.Le monde entier semblait écouter.1. Le départHassan jetait régulièrement un regard derrière lui,comme si quelque chose allait surgir d’un instant à l’autre.— On n’aurait jamais dû quitter le refuge aussi vite.— On n’aurait jamais dû entrer dans cette vallée, murmura Tislin, la voix brisée.Le Gardien ne se retourna pas.— « Vous n’aviez pas le choix.La vallée vous a appelés.Il ne res
La vallée ne respirait plus comme avant.Au petit matin, une étrange clarté flottait entre les montagnes,comme un voile posé sur le monde.La lumière n’était ni douce ni vive,mais suspendue —comme si le jour hésitait à naître.Hassan fut le premier à sortir du refuge.L’air lui sembla plus lourd,presque chargé d’un écho qu’il ne comprenait pas.Il inspira profondément,et son souffle lui revint déformé,comme s’il rebondissait sur quelque chose d’invisible.— Le monde… a changé, murmura-t-il.Il se retourna vers l’intérieur du refuge.Younes était assis,les mains posées sur ses cuisses,le regard plongé dans un point invisible du mur.Tislin s’approcha de lui avec précaution.— Younes… tu te sens comment ?L’enfant tourna lentement la tête vers elle.Ses yeux dorés avaient gagné une nuance sombre,comme une ombre douce déposée au fond de la lumière.— Je me sens… différent.Il y a quelque chose en moiqui bouge encore.Le premier souffle apparut,flottant à hauteur de ses épaules
La nuit avait été longue,trop longue,comme un fil qu’on tire jusqu’à sentir qu’il va céder.Lorsque les premiers reflets mornes du matin glissèrent sur la vallée,personne n’avait réellement dormi.Même le Gardien avait passé la nuit à scruter l’horizon,comme une montagne en alerte.Younes était éveillé avant tous.Assis en tailleur,les mains posées sur ses genoux,il regardait la poussière immobile comme si elle lui parlait.Hassan s’approcha doucement.— Tu n’as pas dormi…— Non. J’avais peur… si je dors,qu’ils reviennent…à l’intérieur.Le premier souffle se matérialisa près de lui,sa lumière faible mais stable.— « Ils reviendront.Avec le sommeil ou sans lui.C’est pour cela que tu dois apprendreà fermer la porte.De l’intérieur. »Tislin fronça les sourcils.— La porte ?Quelle porte ?Le souffle répondit :— « Celle qui sépare ce que tu esde ce qui te traverse.Elle existe en chaque être.Mais chez l’enfant…elle est fendue.Il doit la reconstruire. »Hassan posa une ma
Le témoin avait disparu,mais son absence était plus lourde que sa présence.Comme si la vallée respirait différemment maintenant,à un rythme décidé par un autre souffle.Hassan tenait encore Younes contre lui,trop fort peut-être,comme si lâcher son filspermettrait à une autre forcede l’arracher à nouveau.Tislin, les mains tremblantes,approchait la coquille-lanterne du visage de l’enfant.— Younes… tu m’entends ?Regarde-moi, d’accord ?Younes ouvrit lentement les yeux.Il était pâle,mais présent.Et surtout… calme d’une manière étrange,comme si le cri intérieurs’était tu.Le premier souffle était presque immobile,comme figé entre deux états.— « Il a tenu.Il a survécu à la lecture.Peu d’êtres… peuvent dire la même chose. »Le Gardien renifla,un bruit de roches qui s’effondrent.— « Mais il a vu quelque chose.Quelque chose que même un témoin ne devrait pas voir. »Hassan leva les yeux, fébrile :— Qu’est-ce que… ça veut dire ?Il est en danger ?Le premier souffle répon
La silhouette avançait lentement,comme si chaque pas était une décision.Elle ne marchait pas vraiment sur le sol ;le sol semblait plutôt se déplacer sous elle,comme pour lui faire place.Hassan sentit sa gorge se resserrer.Même le vent, habituellement libre dans la vallée,restait suspendu,hésitant à toucher cette présence.Younes, lui,ne bougeait pas.Il observait le point lumineux qui approchait,ses yeux dorés fix&eac







