Se connecterRaphaël a toujours fini par la protéger. Il peut être furieux aujourd’hui, il ne prendra pas le risque de s’attaquer publiquement à une femme qui affirme avoir été agressée. Et s’il choisit Élodie, son intervention donnera encore plus d’importance à l’affaire.— Confirme l’interview de vingt heures, dit-elle. On ne prononce pas son nom. On dira seulement que certaines personnes essaient déjà de me convaincre de me taire.*À l’hôtel, André voit la vidéo avant qu’Élodie ait le temps de lui retirer le téléphone.Quelqu’un a ajouté son nom, sa profession et une ancienne photographie prise lors d’une réception à Lausanne. Un bandeau rouge annonce qu’il aurait été « interpellé après une agression sexuelle », alors qu’aucun policier ne l’a encore interrogé.Le téléphone de la chambre sonne.André décroche malgré Élodie.Une voix lui demande s’il reconnaît avoir touché Camille de Valois.Il raccroche, porte la main à sa poitrine et s’appuie contre le bureau. Le verre posé près de lui tombe s
Une heure avant l’incident, Camille prend un café au bar du grand magasin pendant que son agent fait défiler sur son téléphone les dernières propositions reçues.Il n’y en a que trois. Une émission de téléréalité, l’inauguration d’un centre commercial en province et une marque de compléments alimentaires dont le cachet couvrirait à peine le prix de la robe exigée pour la campagne.Camille repousse le téléphone.— Je ne vais pas vendre des vitamines sur Instagram.Son agent ne relève pas. Depuis que les contrats disparaissent les uns après les autres, il a cessé de lui expliquer qu’elle n’est plus en position de choisir.Sur l’écran suspendu au-dessus du bar, une actrice raconte le harcèlement qu’elle aurait subi lors d’un tournage. Son visage apparaît ensuite sur la couverture d’un magazine, suivi de quelques images de la manifestation qu’elle vient de rejoindre.Camille regarde jusqu’au bout.— Elle n’avait plus rien tourné depuis quatre ans, mais apres une plainte, et maintenant, to
Sa mère les attend près de la voiture, elle a pris rendez-vous dans l’espace privé d’un grand magasin du boulevard Haussmann. Depuis leur installation en Suisse, elle porte les mêmes lignes sages, les mêmes couleurs neutres et les mêmes manteaux impeccablement coupés. Elle veut désormais essayer ce qu’elle n’aurait jamais choisi seule.— Quelque chose de différent, annonce-t-elle à la conseillère qui les accueille. Et si je demande du beige, vous faites semblant de ne pas m’entendre.La femme sourit et les conduit dans un salon du troisième étage.Plusieurs tenues ont déjà été préparées : un tailleur vert profond, une robe en soie imprimée, une veste courte couleur bordeaux et un pantalon large dont la coupe fait immédiatement hausser les sourcils à André.— Tu n’as encore rien dit, lui rappelle sa femme.— Je rassemble mes arguments.— Garde-les.Élodie s’installe près du miroir pendant que sa mère disparaît derrière le rideau. Le tailleur vert est le premier à sortir. La couleur lui
André pousse le dossier médical vers le centre de la table.— Vous avez utilisé ma maladie pour contraindre ma fille. Elle cherchait de l’argent pour me garder en vie, et vous avez décidé que cette peur pouvait servir vos affaires.Élodie sent son estomac se contracter.Elle ne veut pas revivre cette période. Pourtant, elle ne quitte pas la pièce. Son père lui a demandé de rester, et une partie d’elle veut entendre ce que Raphaël répondra lorsqu’il ne pourra accuser ni Camille, ni Dunois, ni les circonstances.Raphaël pose son manteau sur le dossier d’un fauteuil.— J’ai utilisé votre maladie pour la forcer à accepter ce dîner. Je savais qu’elle refusait. Je savais aussi qu’elle n’avait plus le temps de chercher l’argent ailleurs.Sa voix reste basse, chaque mot nettement prononcé.— J’ai pris cette décision parce que je voulais le contrat de Dunois. Personne ne m’y a obligé.Élodie relève les yeux.Raphaël a déjà reconnu sa responsabilité devant Dunois. L’entendre le répéter devant s
Le fonds Varenne est suspendu avant la fin de la journée.Les engagements sont annulés, les œuvres placées sous contrôle du comité et une nouvelle expertise doit être organisée. Madeleine a quitté l’hôtel avec l’avocat de Rochemont avant que quiconque puisse l’interroger.Élodie transmet au professeur Valcourt les photographies prises dans le couloir, puis retourne à Nova-Com. Elle a fait ce qu’elle pouvait pour empêcher les pièces de circuler. La suite prendra plusieurs semaines.Le lendemain matin, elle se rend dans une clinique privée près du parc Monceau.Ses parents sont arrivés de Suisse la veille au soir. Le cardiologue qui suit André a demandé une série d’examens auprès d’un confrère parisien. Rien d’alarmant, selon lui, mais Élodie préfère assister à chaque rendez-vous.Sa mère l’attend devant le service, deux cafés à la main.— Ton père est déjà à l’intérieur. Il a refusé que je l’accompagne.Élodie prend le gobelet qu’elle lui tend.— Il déteste qu’on le regarde pendant les
La pluie assombrit les pierres de l’hôtel de Varenne lorsque Élodie franchit l’entrée réservée au personnel.À l’étage, les salons destinés aux investisseurs sont encore fermés. Des employés alignent les catalogues sur les fauteuils dorés, règlent l’éclairage des vitrines et retirent les housses qui protègent les tableaux. La réception ne commence qu’à onze heures, mais les bouteilles reposent déjà dans les seaux d’argent et des bouquets blancs occupent chaque cheminée.Valentin attend Élodie devant une porte latérale.Son costume sombre se fond dans le décor. Seul le badge fixé à sa veste indique qu’il appartient au comité chargé d’examiner le fonds.— Le professeur est à l’intérieur.Il lui ouvre la porte.Le salon privé tranche avec le faste du reste de l’hôtel. Une table, trois ordinateurs et plusieurs dossiers imprimés ont remplacé le mobilier ancien. Le professeur Valcourt travaille près de la fenêtre, ses lunettes posées au bout du nez.Élodie retire son manteau.— Ils ont modi
72 heures. Trois jours de vide absolu.Raphaël ne s'était pas assis depuis le milieu de l'après-midi. Dans le silence cathédral de son bureau, seul le froissement léger de sa chemise en coton égyptien trahissait ses mouvements. Il fixait les lumières de la Défense, immobile, les mains croisées dans
L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régula
Le réveil n'avait pas encore sonné quand l'obscurité de la chambre commença à peser sur Élodie. Allongée immobile, les yeux fixés sur le plafond invisible, elle sentait chaque muscle de son dos protester contre la fatigue. La nuit avait été intense, une étreinte sans âme qui n'avait laissé derrière
— Joyeux anniversaire, Élodie.La voix d'Élodie ne fut qu'un murmure, une vibration fragile aussitôt étouffée par le silence glacial du salon. Face à elle, l'unique bougie plantée dans un cupcake solitaire vacillait, projetant des ombres instables sur la table de marbre blanc. Élodie souffla. L'obs







