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last update 公開日: 2026-01-20 00:37:43

Jamal Zayd William

___ Jamal ? hurle Treize.

Je me retourne brusquement et aperçois le jeune garçon qui pointe une arme sur moi. Avant même que je ne puisse dégainer mon arme, le garçon tire. La balle frappe d’abord mon épaule et je réprime un gémissement douloureux. La douleur brûlante me fait chanceler, mais avant que je ne puisse réagir, une deuxième balle fauche ma poitrine. Je porte instinctivement mes mains à l’impact, le souffle coupé, la vision qui se brouille. Le monde se met à tourner autour de moi, les sons s’éloignent comme étouffés, et je tombe, entraîné dans une brume épaisse où la lumière et l’obscurité se confondent.

Je tombe lourdement, le sol me semble à la fois proche et lointain, comme si je flottais dans un rêve brumeux. La douleur me transperce à chaque souffle, mais elle est étouffée par un voile étrange qui s’étend sur ma conscience. Les voix autour de moi deviennent des murmures indistincts, comme si elles provenaient d’un autre monde.

Je sens le froid m’envahir par vagues, ma poitrine brûlante devient lourde, presque impossible à soulever. Chaque battement de cœur est un écho lointain, irrégulier, et mes pensées s’étiolent comme des volutes de fumée. J’essaie de me concentrer, de me raccrocher à quelque chose, mais le monde se dissout peu à peu, me laissant flotter entre douleur et inconscience.

Je cligne difficilement des yeux, les paupières lourdes et la lumière du jour me brûle. Tout est flou, comme si le monde tanguait autour de moi. Des voix faibles et indistinctes me parviennent, des murmures que je n’arrive pas à comprendre. L’odeur piquante de métal et de poussière me prend aux narines et me retourne l’estomac. Chaque respiration me fait grimacer : mon épaule et ma poitrine me lancent des décharges de douleur. Je tente de bouger, mais mon corps refuse d’obéir, comme si j’étais prisonnier de moi-même.

Je lâche un gémissement en tentant encore une fois de me relever. Mais la douleur au niveau de mon épaule et de ma poitrine est vive. Ma tête retombe sur le coussin, mon regard balaie furtivement la pièce et je réalise que je suis dans un entrepôt, un endroit qui m'est familier.

___ Qu'est-ce que je fous ici, bordel ?

___ Hé, les gars ! Jamal a ouvert les yeux.

Une voix masculine et familière résonne dans l'air. Aussitôt, des pas se rapprochent de moi et là, je reconnais quelques visages : Treize et trois de mes hommes qui étaient avec moi, cette nuit-là.

___ Appelez la docteure ! ordonne Treize en se penchant encore plus sur moi, comme pour s'assurer que j'ai encore toute ma faculté visuelle.

Deux personnes se retirent, certainement pour aller trouver notre médecin.

___ Jamal... Jamal, tu m'entends ? Tu me vois ? continue Treize, un peu perturbé en faisant un signe de main.

___ Ouais... juste que j'ai sacrément mal à la poitrine, réponds-je avec difficulté. En plus, j'ai soif.

___ C'est normal, tu as eu deux opérations, m'explique Treize.

Ses traits faciaux crispés se relâchent faiblement et un sourire étire ses lèvres. Je vois bien qu'il était inquiet pour moi.

___ Et Raven ? demandé-je, en tenant ma poitrine, comme si ce simple geste réduirait la douleur.

Avant même que Treize me donne une réponse, une voix fine se fait entendre.

___ Écartez-vous ! Vous allez l'étouffer.

Tout le monde s'écarte et j'avise une jeune femme à la peau foncée éclatante, le visage ovale avec des traits doux et réguliers. Son front est dégagé, ses sourcils sont fins et bien arqués, soulignant des yeux en amandes. Son nez est droit et harmonieux, et ses lèvres pleines avec une mâchoire délicatement dessinée. Ses braids attachés en chignon bas, portant un jean taille haute en denim clair, un crop-top en maille fine beige clair avec des manches longues et souples et une paire de chaussures Nike blanche. Elle avance vers moi.

Cette silhouette m'est totalement inconnue. Je fronce les sourcils, la scrutant avec méfiance, puis jette un regard interrogatif à Treize.

___ Qui est cette jeune femme ?

___ C'est... c'est le médecin qui t'a opéré.

Je reste bée et reporte mon attention sur elle. Elle pose la paume de sa main sur mon front, pour vérifier ma température. Un frisson me parcourt. Mon corps engourdi réagit mal, entre apaisement et méfiance. Je ne comprends pas tout de suite qui elle est réellement, ni pourquoi c'est elle qui s'occupe de moi. Cette main qui m’effleure me paraît étrangère, presque intrusive.

___ Ne me touche pas ! lui dis-je fermement, presque comme une menace.

Ses gestes s'estompent et une lueur de surprise mêlée de peur traverse ses yeux en amandes.

___ Pardon ? demande-t-elle, de sa voix fine.

___ Je ne veux pas que tu me touches.

Mon regard se tourne vers Treize, qui évite de croiser le mien comme s'il avait fait une bêtise. Je renfrogne ma mine, le fusillant du regard.

___ Où est notre médecin ?

___ Euh... il... il est hors du pays en ce moment. En plus on n'avait pas d'autres choix que de prendre cette jeune femme avec nous.

___ Putain ! lâche-je en fermant les yeux, lorsque je réalise l'énorme erreur qu'ils ont faite.

___ Je sais que ça doit vous sembler étrange qu’une étrangère prenne soin de vous, mais je vous assure que je ne le fais pas non plus de mon plein gré.

Je rouvre mes yeux, choqué. Elle a du répondant et je dois l'admettre. Mes yeux ne la quittent pas et elle ne semble pas se soucier de sa réplique froide. Elle m'ignore totalement.

___ Il est très brulant. Je vais essayer de faire baisser la fièvre, mais vous ne devez pas lui donner de l'eau. Sauf quand je vous le dirai.

___ Mais je meurs de soif...

___ Calmez-vous, vous n'allez pas mourir... enfin tout cas, pas de soif.

Elle enfile rapidement des gants, saisit la seringue, la serre entre ses doigts, puis enfonce l’aiguille dans la tubulure transparente, et d’un geste sec, le contenu de la seringue se mélange à la perfusion qui m’alimente.

Elle jette la seringue dans un seau qui lui sert de poubelle, posé au fond de la pièce. Elle se débarrasse également de ses gants et revient auprès de moi.

___ J'ai fini mon service et j'ai besoin de rentrer maintenant chez moi.

Mon front se plisse d'incompréhension, alors qu'elle ne me quitte pas du regard.

___ Treize, tu m'expliques ?

___ Non, je vais le faire, me prend-t-elle de court.

___ Vos hommes... enfin, celui qui se prénomme Treize m'a promis que je rentrerai chez-moi, une fois que vous aurez ouvert les yeux. Maintenant que c'est le cas, je dois rentrer chez moi.

Je tourne lentement ma tête vers Treize, confus. J'ignore où il est allé dénicher cette femme et quel était leur accord.

Treize vient vers moi et me chuchote à l'oreille :

___ Je vais tout expliquer, d'accord ? Je vais gérer ça.

Il se redresse, racle sa gorge et regarde la docteure.

___ Vous allez rentrer chez vous. Je vais vous commander un taxi.

Elle expire de soulagement, hoche la tête en guise de compréhension, tourne ses talons et s'éloigne de nous. Quand elle est hors de notre champ de vision, je réprime un soupir d'irritation, rien qu'à penser que nous avons mêlé une tiers personne à nos affaires.

___ Aide-moi à me redresser.

Treize et un de mes hommes viennent me donner un coup de main pour que je me redresse.

___ Vous avez pu mettre la main sur ce gamin qui m'a tiré dessus ?

___ Pas encore. Raven est encore là-dessus.

___ En parlant de Raven, où est-il ?

___ Je suis là !

Je tourne ma tête vers l'entrée de l'entrepôt et j'aperçois mon meilleur ami Raven, debout, les mains dans les poches avec une sucette coincée entre ses lèvres. Il avance fièrement vers nous et je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire de le revoir.

___ Alors ? Comment vas-tu, mon pote ?

___ T'étais passé où, toi ? le réprimande Treize.

___ Disons, que je m'occupais du bordel que vous avez foutu, répond-t-il d'un ton amer. Comment t'as pu laissé un gamin tirer sur Jamal ? Hein ? D'ailleurs qu'est-ce que vous étiez aller faire dans ces quartiers taudis ? Si Harold apprend ce qui est arrivé à Jamal, je suis certain que nous allons tous prendre une balle alors que je n’étais même pas au courant de vos plans.

L'expression faciale de Treize change. Son visage se tend, les yeux baissés et les lèvres pincées, comme si chaque souffle pesait trop lourd.

___ Raven, ça suffit. Harold n'en saura rien et puis, c'était pour une bonne cause. Ce gamin m'est échappé des mains, mais tu sais que je ne perds jamais mon objectif de vue. Cette puce, je dois mettre la main sur elle avant Harold et tous les autres détracteurs, dis-je avec un peu de difficulté.

Raven arque subtilement un sourcil, dérouté.

___ Attends, je croyais que tu faisais tout ça pour Harold. Je... Putain, qu'est-ce que j'ai raté ?!

Je m'efforce de me redresser encore plus, mais un pincement douloureux venant de mon épaule me fait grimacer. Néanmoins, je parviens à me trouver une position confortable.

___ Dans cette puce, on ignore ce qu'il y a là-dedans. Harold dit qu'avec cette puce, il pourra contrôler tout Géorgie. Alors que le maire, lui, compte détruire l'empire des Williams avec cette simple puce. À ton avis, qu'est-ce qui pourrait bien être dans cette puce ?

Mon frère de guerre reste silencieux, plisse légèrement les yeux comme s'il réfléchit. Puis, ses yeux s’assombrissent comme s'il commence à être sur la même longueur d'onde que moi.

___ Tu penses vraiment que Harold nous ment ?

___ Je ne dis pas que mon grand-père nous mène en bateau, mais je ne veux pas prendre le risque de laisser la vérité passer sous mon nez.

Il hoche juste la tête. Puis, il fait sortir la sucette de sa bouche, ses lèvres légèrement rosées.

___ Dis, c'est qui cette femme dehors ?

___ C'est la médecin qui a sauvé la vie de Jamal.

___ Elle était très nerveuse quand je suis arrivé, continue Raven avec un grain de curiosité.

Si ça ne tenait qu'à moi, cette jeune femme ne serait jamais venue ici et encore moins me toucher. Ça se voit qu'elle est innocente, alors que nous, nous espérons la clémence du tout puissant un de ces quatre.

Raven fait un soupir bruyant et se masse le bout du nez.

___ Ah Treize, tu fais toujours tout de travers. Tu nous ramènes une inconnue sans même prendre la peine de t'assurer qu'elle n'est pas une agente secrète.

___ Elle ne l'est pas, réplique Treize avec conviction.

___ Comment tu le sais ? Hein ? Dis-moi !

Raven est entrain de perdre son calme, comme à chaque fois que nous devons discuter et que son point de vue diffère de celui des autres.

___ Elle ne l'est pas, OK ? Elles passaient juste dans le coin et elles nous ont trouvé avec Jamal, inconscient. L'ambulance était déjà là. On a essayé de joindre le médecin en vain, puis elle a proposé de nous donner un coup de pouce jusqu'à l'hôpital, vu qu'elle est aussi docteure.

Treize se tait une seconde pour souffler.

___ On n'avait pas d'autres choix que de l'embarquer avec nous. Elle ignorait même qu'on n'irait pas dans un hôpital.

___ Tu crois vraiment qu'elle ne le savait pas ?! Bon sang, qui va dans un hôpital avec un homme blessé par balles ? Si ça se trouve, elle bosse pour le maire ou pour l'un de nos ennemis.

___ Qu'est-ce que tu racontes, Raven ? Je te dis que cette jeune femme est ici, juste à cause de sa gentillesse. En plus, elle a sauvé Jamal, qui était mourant. Elle l'a fait toute seule.

Raven fulmine en faisant les cent pas dans la pièce. Moi, je me contente de rester à l'écart, analysant cette situation avant de trancher.

D'un côté, Raven a peut-être raison. Sur une échelle de 90/100, elle devrait savoir que nous ne sommes pas de personnes ordinaires. Sauf bien évidemment, si elle a vécu toute sa vie dans un quartier loin des armes à feu.

___ On doit se débarrasser d’elle avant qu’elle ne devienne un grand danger pour nous, déclare Raven.

Treize ouvre grand les yeux, surpris. Tandis que moi, je fronce les sourcils, trouvant cette décision brusque.

___ Non, déclare-je.

___ Tu perds la tête ou quoi Jamal ? Tu veux prendre des risques en laissant cette meuf en vie ?

___ Elle a sauvé la vie de Jamal, t'es sourd ou quoi ? Et puis, je lui ai promis de la laisser rentrer chez elle, saine et sauve après tout ça.

___ Je m'en fiche de ta promesse, Treize.

Je ferme les yeux, les laissant se chamailler. On ne peut pas tuer cette femme juste par supposition, alors qu'elle m'a sauvé la vie. Je dois lui laisser une chance de nous prouver qu'elle ne sera pas un danger pour nous.

___ Donnez-lui un téléphone et laissez-la communiquer avec un membre de sa famille, dis-je en ouvrant les yeux.

Ils me fixent tous les deux, interloqués.

___ C'est à travers cet appel, que nous saurons si on doit la tuer ou pas.

___ C'est une perte de temps, râle Raven.

___ Tu te trompes. Si elle a des doutes ou même quelque choses contre nous, elle le dira au téléphone, expliqué-je.

Si jamais, elle dit un mot de travers, on l’élimine.

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